La fessée appliquée

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Aventures de Lili (partie 2)

Dessin4Lili

par Lili

Raser les murs. Esquiver les têtes familières. Retrouver Locke et les autres. Où peuvent-ils bien être, à cette heure avancée du jour ? Je trottine le long du centre commercial, le nez levé vers les hauteurs, en espérant y percevoir une ombre, un salut, un regard de connivence. A chaque coup de frein ou porte battante, je crois entendre leur sifflement de ralliement. Je louvoie au hasard, un facteur à vélo m’évite, la rumeur des rues passantes me semble un lointain bourdonnement. La première planque, dans un personnage publicitaire en résine, est vide. Dans la deuxième, en haut d’un bâtiment qui offre une vue imprenable sur l’ensemble de notre territoire, je ne déloge qu’une bordée de pigeons. Je rejoins le terrain vague où j’ai appris à conduire la vieille mobylette bleue.

Dans une camionnette Toyota abandonnée, Locke et les siens émergent d’une nuit presque blanche, groggys de sommeil. La chaleur estivale les a tirés de force de leur repos. Les tempes luisantes de sueur, Locke est d’une humeur massacrante et frappe du poing la tôle en sortant. Konrad et Johanne partagent un soda. Salsa chante à mi-voix un air à la mode. Terry joue à uriner dans une boîte de conserve un peu plus loin. Nick se passe la tête sous un filet d’eau. Rupert mâche une barre de céréales le regard perdu dans le vide. Je m’assieds à leurs côtés et enfouis mes mains dans mes poches, sans un mot, la mine déconfite. Après les émotions de la matinée, trahir mes promesses et leurs attentes me semble intolérable.

- Ben alors ? demande Salsa les mains sur les hanches, c’est quoi cette tête ? T’as tout foiré ?

- Hum.

- J’ai gagné ! claironne Nick à l’adresse de Konrad. Désolé, Lili, on a parié. Sans rancune, hein. Mais t’avais autant de chances de réussite que… que ? la fois où Rupert s’est présenté pour être quoi déjà ? Agent de sécurité ?

L’intéressé lui file un coup de poing dans les côtes. Locke ricane et les rires chassent sa mauvaise humeur. Le paquet de cigarette du pari s’échange. La petite vie de la bande reprend.

- Bah raconte, invite Johanne.

Je n’en ai pas la moindre envie et les mots s’étouffent dans ma bouche pâteuse. Les regards de la bande sont braqués sur moi. Je chasse de mon esprit l’idée terrifiante et saugrenue qu’ils devinent tout. Ma déconvenue et mes doutes, sur le visage. La fessée que j’avais reçue, peut-être même à travers mon short de grosse toile. Le marché du lendemain avec le Corbeau, dans mes bafouillages. Locke était diablement perspicace et difficile à berner.

- Il m’a grillée, résumé-je péniblement. J’ai réussi à fuir.

- T’as visé les genoux, c’est ça ? demande Konrad avec une pointe de fierté.

- Ouais, voilà.

Johanne siffle entre les dents. Nick m’assomme d’une bourrade dans le dos.

- Tu vas y retourner, hein ? s’amuse Locke d’un ton qui relève plus de l’affirmation que de l’interrogation. T’as fait ton tour de chauffe, t’as pris tes repères, tes premières armes, et la prochaine fois, BAM ! Tu frappes !

- Euh… oui, m’empourpré-je, me faut juste du temps. J’aurai un oiseau. Je sais pas quand.

Les conversations reprennent et se détournent, à mon grand soulagement, de mes déboires de la matinée. Sans même les suivre, elles me bercent. Dans le presque cercle que nous formions, à l’ombre de la camionnette, j’avais l’impression que les monstres de mes cauchemars n’oseraient pas pointer leur sale gueule. Que Locke ou un autre aurait pris une barre à mine pour leur casser les dents. Une sensation diffuse et sirupeuse d’invulnérabilité.

 On parle d’un repérage pour un plan prochain. Locke a les yeux emplis de fièvre, il raconte comme un film, avec de grands gestes. Les autres sont happés, ils rêvent dans ses rêves à lui. A la tombée du jour, je me lève discrètement.

- A demain, chuchoté-je. C’est un super plan. Je dois y aller.

J’avais un endroit où rentrer, et chaque soir, leurs regards silencieux, allumés d’une pointe d’envie passante, témoignaient de cette différence majeure avec le reste de la bande, et de mes difficultés, outre notre écart d’âge, à être traitée en égale.

Etrangère à mon propre foyer, mes pas m’y conduisent machinalement et je m’infiltre furtivement dans la cour de la maison. Une petite bicoque enfermée entre deux voies d’autoroute. Les vitres tremblaient aux heures de pointe. Un peu de lierre habillait des murs ternes. Une paire de mes tennis sèchent, pendue à une corde à linge. Je farfouille mes poches à la recherche d’une clé. Le son du poste de télévision grésille du salon. Les lueurs du tube cathodique frappent la vieille tapisserie vert eau. Je déteste ces lumières. Je déteste le bruit.

- Je suis rentrée.

- Ça a été, aujourd’hui ? lance la voix de ma mère depuis le salon.

- J’ai fait du roller au parc. T’aurais dû voir. Y’a un petit qui m’est rentré dedans, mais j’ai rien. Je passe un trois-cent soixante degrés, facile, maintenant.

- C’est bien. Ne joue pas trop tard.

J’avale un repas laissé sur la table de la cuisine et regagne ma chambre. Un espace au chaos bien organisé. Je me prends les pieds dans les fils emmêlés d’une Nintendo 64. Une tennis vole rageusement vers une étagère, où se trouve le bocal vide d’un poisson sans nom qui a fini dans les toilettes. La deuxième, dans un panier à linge. Des posters de boys band que je n’aime pourtant pas, sont punaisés sur les murs, pour faire comme les filles de mon âge. Le casque de mon baladeur rivé sur les oreilles, je saute au rythme de The Kids aren’t allright, qui prolonge mon après-midi avec la bande et me ramène, au gré des riff électriques, un peu auprès d’eux. Assommée de fatigue, mes dernières ressources épuisées, je rampe jusqu’à mon lit et m’abandonne au sommeil.

 Le lendemain, après un petit déjeuner et un passage express sous une douche, je saute dans mes baskets, attrape mon sac à dos et décampe par les tunnels, sous les voies d’autoroute, vers les entrepôts. Nul risque de croiser Locke et les autres à ces heures matinales. La route est luisante d’un peu de pluie nocturne et de tessons de bouteilles, qui accrochent la lumière. Des rideaux de feuilles débordent aux entrées des souterrains. Les parois sont couvertes de graffitis.

Je rôde autour du hangar du Corbeau, sans trop savoir comment approcher, avec une sensation de déjà-vu et une crainte sourde tapie au fond du ventre. La porte blindée est maintenue ouverte, par une cale en bois. Pas de sonnette, ni d’interphone. En dessous du lecteur de badges, il est seulement marqué « Jalen Osler », fixé par un ruban adhésif. J’ai beau articuler à voix haute l’appellation, en détachant les syllabes, je ne parviens pas à l’associer au Corbeau et cette lecture me plonge dans une perplexité profonde.

- Cinq, quatre, trois…

Je termine mentalement mon décompte et me glisse dans l’entrepôt. Les escaliers métalliques résonnent sous mes tennis. Cette approche peu discrète me fait grimacer. Le Corbeau passe la tête depuis le palier de son atelier.

- Ah, c’est toi, s’étonne-t-il, bonjour. Je suis content que tu sois venue. Monte.

Je termine les dernières marches en trottinant. Comme une photo, l’espace n’a presque pas changé depuis la veille, hormis un grand châssis étalé à même le sol, des pinceaux dans des bocaux, un demi-litre de café lyophilisé dans une carafe. Une odeur de térébenthine, que je ne connais pas. Le Corbeau a des tâches de peinture sur les avant-bras et les genoux.

- Je dois avancer une commande, continue-t-il en me mettant un balai dans les mains. Il y a des sacs sous l’évier. Commence et fais ce que tu peux, on travaillera ensemble après.

- D’accord.

 A compter de ce jour, ma vie devint plus compliquée qu’elle ne l’était déjà, et je dépensais une énergie énorme à faire en sorte de maintenir un fragile équilibre, où chaque bulle ne s’entrechoquerait jamais avec une autre. Incapable de faire des choix, j’essayais de tout concilier. L’atelier, le matin, tôt. La bande, l’après-midi, rarement la nuit. Ma maison, le reste du temps. Je redoutais la fin des vacances et la rentrée qui compliqueraient un peu plus la donne, et m’endormais parfois en tenant mon balai, quand je venais honorer ma part du marché.

J’avais l’impression d’endosser un manteau différent pour chaque espace.

Chez moi, il fallait faire comme si tout allait bien, tout le temps. Des conversations lisses, sans heurt, sans écueil, sans relief. Maintenir la grande illusion d’une vie heureuse.

Au contact de Locke et des autres, quelque chose de l’ordre de la prestance. Grandir vite, ne pas perdre la face, cacher ses larmes, apprivoiser les interdits et se jouer d’eux.

A l’atelier, je soufflais un peu. Les corvées, qui n’en étaient pas vraiment, la découverte des outils et des couleurs, m’occupaient, empêchaient mes pensées de courir à cent à l’heure dans mon crâne. Passer le matin tôt voler une petite heure de calme, était devenu un rituel, un repère dans le temps. Le Corbeau ne me demandait pas d’être quelqu’un d’autre.

Pour autant, dans la rue, désormais, à chaque fois que je sautais d’un toit, j’imaginais que le Corbeau allait me voir, m’associer à la bande, que cela me vaudrait un aller direct au travers de ses genoux et, peut-être pire, qu’il serait simplement déçu.

- Mais Lili, qu’est-ce que tu fous ? hallucine Konrad, un après-midi, en me voyant me jeter à plat ventre sur le toit du centre commercial, calculer les angles de vue, rouler vers une grille d’aération, me coller le dos à une enseigne publicitaire et aller ainsi de cachette en cachette jusqu’à notre objectif.

- T’avais dit que je devais trouver mon style, hein ? J’ai choisi. Je veux être un ninja.

- Ça te va bien, rigole mon comparse.

Il avait fallu quelques jours pour que les oiseaux de la terrasse reprennent une fière allure. Je redoutais la fin de la parenthèse et mon zèle déclinait, pour faire durer illusoirement les réparations. Nos échanges reposaient sur des fils ténus, des histoires de confiance et de transmission que j’aurais été bien incapable de nommer. Le dernier jour, au moment de partir, le Corbeau avait simplement dit : « à demain ».

Il parlait peu, et ça m’allait très bien. Beaucoup de choses se comprenaient tacitement. Elles passaient par le regard ou la chaleur d’un sourire. Ses mots étaient un peu décalés, parfois bancals, à l’image de ses oiseaux. Un fer à souder devenait un pinceau de feu.

Je n’en oubliais pas pour autant le défi de Locke. Il restait un fil conducteur. Sur le trajet du matin, je m’armais de fermes résolutions.

- Aujourd’hui ! C’est le jour !

Trouver parmi les amoncellements d’oiseaux hétéroclites un plus petit que les autres, un qu’on ne remarquerait pas, et le glisser dans ma poche à un moment propice. Je me disais que ça payerait le ménage que je continuais à faire, malgré la fin des réparations. Et puis, dès que je passais la porte de l’atelier, mes fermes résolutions s’effondraient. Le Corbeau était ce qu’il créait, tout entièrement. Chacune de ses créations lui coûtait, mordait son sommeil, le hantait jusqu’à ce qu’il lui donne une note finale. Attaquer un oiseau, c’était l’attaquer lui, et j’en étais incapable. Je remettais mes funestes projets au jour suivant.

Le Corbeau ne s’énervait presque jamais, excepté pour une poignée de sujets où il se montrait intraitable, ce que je n’allais pas tarder à apprendre à mes dépens.

Vers la fin des vacances d’été, un matin, il avait devancé ma venue et se tenait devant la porte de son atelier, un sac sur l’épaule.

- Il y a des friches et un sous-bois derrière les entrepôts. Veux-tu m’y accompagner ? Prends ça comme une chasse au trésor. J’ai besoin de branches qui t’évoquent un bec ou des pattes. Des pierres notables. Ce qui retient ton attention.

- Y’en aura autant tellement qu’on les portera pas tous !

Je cours dans la direction, ravie. Nous quittons la zone des entrepôts et franchissons une ancienne ligne de chemin de fer abandonnée. Quelques années auparavant, des engins de terrassement avaient creusés les fondations d’un immense complexe commercial. Le chantier, avorté, avait laissé de grandes béances, sur plusieurs niveaux, envahies désormais abondement par la végétation. Nous allons de trouvailles en trouvailles. Des bouts de bois lavés par la pluie. Des morceaux de quartz, des pierres bosselées. À chacune d’entre elles, le Corbeau imagine des formes et raconte.

Au milieu de la matinée, un éclat brille dans mon champ de vision. Je m’élance vers un talus partiellement effondré et commence l’ascension à sa poursuite.

- Reviens, Lili, m’interrompt la voix du Corbeau dans mon dos. Ce chemin-là est trop instable.

J’obéis à contre-cœur et fais volte-face. La butte est ridiculement petite, par rapport aux hauteurs que je côtoie quotidiennement. L’intervention me laisse un goût d’inachevé et une intense frustration. Je fourre mes mains dans mes poches, shoote dans un caillou et continue la progression d’un air maussade. Les bouts de bois et les pierres perdent de leur intérêt, une profonde lassitude me gagne.

- Ça ne te va pas vraiment, de faire la tête, plaisante le Corbeau.

- Je ne fais pas la tête.

- Une pause ?

Nous nous arrêtons dans une clairière en demi-cercle. Les frondaisons des arbres se penchent sur des rochers dispersés çà et là comme si on avait jeté du sable. Le Corbeau s’assied sur l’un d’entre eux, farfouille dans son sac déjà lourd, et fait jouer les trouvailles entre ses doigts. Son désintérêt me heurte, je me saisis d’une brindille et, à quatre pattes, commence à creuser des petits sillons dans la terre meuble dans mon coin.

- Ecoute ça, Lili. C’est une poésie. Je l’aime beaucoup. Ça devrait te plaire.

Le Corbeau sort un petit carnet et commence à lire à voix haute, lentement. Des premiers vers de Leconte de Lisle résonnent dans la clairière. Je feins d’écouter d’une oreille.

Une rose lueur s’épand par les nuées ;
L’horizon se dentelle, à l’Est, d’un vif éclair ;
Et le collier nocturne, en perles dénouées,
S’égrène et tombe dans la mer. *

J’aperçois un gros scarabée bleu au reflet magnifique. Je le saisis délicatement et le place dans un de mes sillons. Il suit le chemin, j’ai un léger rire de ravissement. Je m’empresse de prolonger sa route. Je déloge sous une pierre un autre, tout petit et moche, d’un gris-vert incertain. 

Toute une part du ciel se vêt de molles flammes
Qu’il agrafe à son faîte étincelant et bleu.
Un pan traîne et rougit l’émeraude des lames
D’une pluie aux gouttes de feu.

Je place mes deux scarabées côte à côte pour une course dans mon labyrinthe improvisé et leur fait un top-départ. Les vers sont une musique dans le lointain, dont je ne retiens que les sonorités chantantes et colorées. Mes deux scarabées s’élancent, mon favori part en tête, dérape dans un virage, sème son adversaire de toute la force de ses courtes pattes, sous mes acclamations muettes. Je lui fais un petit tunnel avec les doigts. Je relève la tête un instant.

… Par les sentiers perdus au creux des forêts vierges
Où l’herbe épaisse fume au soleil du matin ;
Le long des cours d’eau vive encaissés dans leurs berges,
Sous de verts arceaux de rotin ;

Quand je reprends le fil de ma course, mon favori est en train de perdre de l’allure. Le petit moche gagne du terrain. J’encourage le bleu du bout du doigt en me mordant les lèvres. L’autre le dépasse subitement. Je me saisis d’une petite pierre plate pour l’alourdir avec une charge, mais le handicap ne l’affecte pas et il trace sa route vers la victoire.

Je lui enlève une patte discrètement. L’insecte gris trésaille mais ne faiblit pas. Une autre encore, il s’est arrêté, s’est tourné sur le dos et convulse.

…Les bruits cessent, l’air brûle, et la lumière immense,

Le dernier vers ne vient pas. Le Corbeau a refermé son carnet et marche vers moi.

- J’écoutais, m’excusé-je comme à l’école, tirée d’une rêverie. Ça parlait d’une panthère et de papillons.

Je m’interpose entre sa vision et le champ de course, il me pousse rudement sur le côté. Le Corbeau ferme les yeux un instant pour contenir sa colère. Il achève l’agonie du scarabée gris-vert en l’écrasant. Le bleu fuit. Avant que je ne me relève, il m’a déjà saisi par le bras et me traîne jusqu’à son rocher. Je commence à pleurer par anticipation.

- Je te pensais beaucoup de choses mais pas une gamine cruelle.

- C’est un insecte. Il y en a pleins, partout, articulé-je d’un seul souffle, je peux en trouver un autre.

Dessin Lili ext.p2 alleg

Le Corbeau se rassoit, dégrafe l’attache de mon short, le baisse sèchement et m’expédie au travers de ses genoux. J’essaie de retenir vainement ma culotte, son bras gauche verrouille ma main contre mes hanches. La fessée tombe comme la pluie de feu de la poésie. Chaque claque sur mes fesses nues appelle la suivante, l’instant d’après. Le rythme est furieux, sans temps mort. Mes pleurs sont une plainte ininterrompue jusqu’à ce que le Corbeau s’arrête, me relève par le bras, me plante droit devant lui et colle son visage encore blême à vingt centimètres du mien.

- Ecoute-moi bien, Lili. Tu peux crier ta colère à tue-tête, lancer des cailloux ou ce que tu veux. Mais tu ne dois jamais la transformer en cruauté. Respecter la plus petite des vies, c’est reconnaitre qu’il y a un peu de toi dans chacune. Une étincelle commune. Je déteste la méchanceté gratuite.

Je sanglote, le visage baigné de larmes, pétrifiée. La brûlure de la fessée contraste avec la fraîcheur du matin et se dissipe petit à petit. Il me vient des images d’un football – avec un crapaud en guise de ballon – qu’on avait fait la bande et moi, dans le terrain vague, quelques jours auparavant. Jusqu’à ce que Locke l’éclate. Ou de pétards dans des fourmilières. Je ne savais plus quand est-ce que j’avais perdu cette capacité à m’émouvoir pour les petites bestioles. Toute enfant, je pleurais si on écrasait une fourmi. En grandissant, je ne pleurais plus. Cette empathie s’était lentement émoussée. La leçon sonnait un curieux rappel de qui j’étais autrefois.

Il n’y avait pas d’oiseaux à recoller cette fois-ci pour réparer le pas de trop. Le scarabée gris était mort et j’étais inconsolable. La colère dont parlait le Corbeau, c’était une tempête coutumière qui m’agitait intérieurement, refrénée sans cesse, et que je ne savais pas exprimer. J’ai l’impression d’épuiser des larmes trop longtemps retenues. Comme je ne bouge pas, une nouvelle fois arrêtée et ramenée dans un temps autre, le Corbeau m’aide à me rhabiller, puis récupère ses propres affaires. Il m’ébouriffe les cheveux en passant à côté de moi.

- Il y a d’autres chemins, tu verras. Allez, rentrons. Je ne t’en veux pas.

Je marche dans son dos en reniflant à moitié et en me massant l’arrière-train. L’incident a l’air d’être oublié ou plutôt, clos. Mon souffle s’apaise, ma poitrine cesse de se soulever entre deux hoquets. Je rattrape sa hauteur. Nous traversons sans un mot les anciennes fondations, les rails abandonnés et les entrepôts déserts.

- A demain, lance le Corbeau avant de regagner son antre. Merci pour ton aide.

- A demain, de rien. Ça va faire des oiseaux terribles.

J’agite ma main en guise d’au revoir et disparaît en courant.

(à suivre dans la partie 3)

Illustr. : par Lili

* La Panthère noire, Leconte de Lisle

Un commentaire »

  1. CLAUDE dit :

    Bonjour Lili. Enfin un rayon de soleil dans ce 2° récit! Certes il y a encore beaucoup d’ombres : « étrangère dans votre foyer », vous ne reculez pas devant la violence; Ce qui vous vaut une salutaire fessée du Corbeau Poète. Votre récit qui, je ne l’oublie pas est une fiction, traduit merveilleusement l’angoisse d’un jeune adolescent livré à lui même, sans repères et du coup inconscient de sa malfaisance; »apprivoiser les interdits et se jouer d’eux »! Tel est la « morale » de cette jeunesse en perdition faute d’amour et d’écoute. Je lis tout de suite votre 3° récit.
    Bien Amicalement. CLAUDE.

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