La fessée appliquée

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Aventures de Lili (partie 3)

Dessin2Lili

par Lili

J’ai toujours aimé courir. Vite. Petite, je pensais pouvoir décoller au bout d’un moment. Je défiais les nuages. Ils faisaient la course avec moi et, beaux joueurs, ils s’arrêtaient quand j’étais immobile. En courant, je me sentais vivre à toute vitesse.

Deux jours avant l’échéance de la rentrée scolaire. Mes affaires neuves sont déjà prêtes. Mes nouvelles baskets couinent un peu.

Je croyais magiquement, à chaque retour de vacances, que rien ne serait comme avant. L’odeur des cahiers neufs, l’ordre éphémère des affaires scolaires bien rangées, avaient le pouvoir de faire de moi quelqu’un d’autre. Un nouveau départ. La réalité me rattrapait rapidement. La magie des cahiers neufs s’envolait. Mes espoirs se commuaient en lutte contre la violence de mes pairs.

Une facilité à retenir par cœur ce que j’entendais me permettait de faire illusion et conserver un niveau passable, sans grand effort. La moyenne me satisfaisait, elle avait quelque chose de confortable. Plus les fondamentaux défilaient, et plus je peinais à comprendre ce que j’apprenais. Je remplissais mes cahiers de petits dessins dans les marges.

- Attention !

Je trébuche, dévale un toit sur les fesses et me rattrape à une corniche. Salsa dérape le long des tuiles à ma rencontre, s’accroche à une antenne et me tend la main. Je saisis son avant-bras, elle fait de même et me tire. De retour sur un support ferme, je lèche mes paumes écorchées comme un chat.

- Mince, Lili. Tu connais les règles. Si t’es pas là, tu sautes pas. Si t’as pris un coup de trop, pareil.

- Je sais.

- Tu veux tomber ou quoi ?

- Non, c’est bon.

- C’est le plan de Locke ? Tu le sens pas ?

- Non, non.

- Si tu ne dis jamais rien, on ne peut pas lire dans ta tête, grogne Salsa en s’asseyant sur le toit. T’es bizarre depuis quelques jours.

- C’est la rentrée.

- Et ?

- …

- Tu fais comme d’habitude, non ? Jouer le jeu, un minimum, et t’échapper dès que tu peux ?

- C’est le plan, oui.

- Alors arrête de penser et saute ! m’ordonne Salsa, les sourcils butés. Vingt balles que t’arrives après moi à la planque !

- Dans tes rêves !

Au coude à coude, nous déboulons dans le terrain vague. Je touche en premier les tôles de la camionnette. Nous nous écroulons, hilares, sur les banquettes éventrées. Nick s’est pris un coup d’épaule au passage et reste tout interdit. Terry fulmine, une collation tombée sur ses tennis. Le reste de la bande nous regarde sans comprendre.

- Tu m’as laissée gagner, protesté-je avec une grimace, tu t’es pas battue pour de vrai.

- Tu es sérieuse ? s’insurge Salsa en me jetant deux pièces de dix francs, tu crois vraiment que moi, je te laisserais gagner ?

- Non.

- Alors prends ton dû et pas un mot de plus.

- Hé, Salsa a perdu une course ? commence Nick, avec de se prendre une claque sur la nuque et se replonger vers son soda en riant sous cape.

Salsa me faisait un peu peur. Elle se montrait beaucoup plus imprévisible que Locke. Elle pouvait passer d’une humeur à une autre en claquant des doigts. Elle était d’ailleurs la seule à s’opposer directement à lui, et la seule dont l’avis semblait lui importer réellement.

- Bon, voilà le plan, expose Locke, une fois le calme revenu. Nouveau magasin de sport. Pas de vidéosurveillance. On nous connait pas, on peut y entrer séparément sans rameuter tout le monde. Lili y va en premier. Tu voles n’importe quoi Lili et tu files en courant, bien visible. Tu sais faire ?

- Euh…oui.

- Ils sont deux. L’un des deux va sans doute te poursuivre. Tu le sèmes dans la rue. Nous pendant ce temps, on s’occupe de la cible. Ce qui est sous vitre. Tu nous fais diversion, je défonce la vitre, on pille le reste, on se répartit les lames, on file chacun dans une direction différente et hop, c’est plié. On se rejoint à la camionnette.

Des couteaux de plongée sous-marine, hors de prix, faisaient baver la bande de convoitise. Quant au nouveau magasin, en lisière de notre territoire, je ne l’avais vu que de loin.

- Et si on me rattrape ?

- Fais tout pour que ça n’arrive pas.

- D’accord.

- On y va le matin. Moins de monde, l’après-midi, y’a un vendeur en plus.

J’aurai du mal à expliquer au Corbeau que j’allais faire une entorse à ma visite matinale pour un plan farfelu dont j’étais la pièce maitresse. Pour autant, cette responsabilité me fait trembler d’excitation.

- Lili, tu y vas faire un repérage. Tu regardes tes voies de fuite. Tu cherches un truc à voler. Tu prends tes marques.

- Maintenant ?

- Oui, tu rêves ou quoi ? On attaque demain matin. Angle de la troisième rue, après de la station-service.

- Et si elle nous voit, la grosse ?

- T’inquiète.

Je me lève franchement et part en trottinant vers le lieu-dit. Je fais un large détour pour éviter la pompe à essence et débarque devant l’enseigne flambante neuve d’un commerce d’articles de sport de quartier.  Autour, peu d’issues. La grande rue est à découvert. Au moins deux cents mètres avant d’atteindre des barres d’immeubles, truffées de planques. Un sacré sprint à tenir.

Je pousse les portes battantes du magasin. Un carillon de pluie signale les nouveaux clients. Je dépasse des portiques plus haut que moi. Un homme et une femme assez jeunes, sans doute en couple, tiennent l’affaire. Il y a une tension entre eux deux, leurs regards sont fuyant. Le commerce sent le neuf, les cartons fraichement déballés, le papier bulle. Les informations se battent dans ma tête. Locke m’a appris à voir les petits détails.

- Un vol, c’est une affaire d’intelligence, m’avait enseigné un soir mon professeur. C’est une partie de cartes entre toi et toi. Je crache sur la chance. Ton but, c’est de limiter le hasard au maximum. Je peux t’apprendre tout ce que je sais, les systèmes antivols, l’aluminium, les trucs qui magnétisent, les trucs qui démagnétisent, les miroirs, dissimuler une lame de rasoir, tout ce que tu veux. Mais au final, c’est entre toi et toi. Inspirer, gérer ton stress, trouver le bon moment, l’opportunité. Et là, tu frappes, tu y vas carrément, sans retour possible.

- Comment on se fait la main ?

- A compter d’aujourd’hui, chaque fois que tu rentres dans un magasin, tu te dis que t’en sors pas, tant que t’as pas pris quelque chose, même un truc insignifiant. C’est comme ça qu’on trace sa route. En se mettant des embuches. Sinon on est mort.

- D’accord.

Il y avait un moment que j’aimais par-dessous-tout. Celui où l’on franchit le portique et les caisses, où l’on met à l’épreuve la stratégie choisie. Tout en contenance, marcher lentement, porter son attention sur quelque chose, une conversation ou un spot publicitaire pour ne pas trahir l’émoi au fond des yeux. L’adrénaline me grisait. Un temps d’apnée, un frisson au creux de l’échine, les mains moites. J’avais l’impression de vivre à toute vitesse, comme mes courses. Et puis, derrière, le sentiment de toute-puissance d’avoir réussi son coup et gagné la bataille d’intelligence, comme disait Locke.

Je crois que la victoire et la défaite m’attiraient presque autant, de façon ambiguë. Une envie d’être attrapée, que la course cesse, comme une volonté de repousser mes limites un peu plus loin. Au magasin suivant.

- Maman, regarde ! Mon copain a la même ! s’agite un petit de huit ou neuf ans dans un rayon voisin, en montrant une gourde de vélo. Tu la prends, hein ?

- Tu attendras ton argent de poche.

Tout en suivant l’échange, je cherche un coup de cœur et le trouve facilement. Une lampe frontale de spéléologie, avec de grosses sangles élastiques. Facile à saisir, légère, transportable, utile pour de futures soirées sur le terrain vague. Elle devenait la pièce manquante de mon identité. Je me voyais sur les toits, funambule, avec ma source de lumière sur le front, comme un poisson-lampion.

- On peut te renseigner, jeune fille ? demande aimablement la vendeuse.

- Je regarde, je cherche un cadeau.

- N’hésite pas si tu as besoin d’un conseil.

- Merci.

J’ouvre mon porte-monnaie sous les yeux de la vendeuse et commence à compter les pièces avec lenteur. Elle s’éloigne en souriant.

Dix mètres du rayon dédié à l’escalade et sports extrêmes, jusqu’à la sortie. Au milieu de l’allée voisine, le petit gesticule dans tous les sens et pleurniche.

- Martin, si tu continues, je te donne la fessée devant tout le monde.

La menace me cloue sur place, comme si elle m’était adressée. Le gamin remuant s’entête. Je redoute le pire. Nos deux rayons sont séparés par des étagères et des panneaux ajourés, je fais mine de m’intéresser aux mousquetons d’escalade en rentrant la tête dans les épaules.

Cela devenait vraiment rare d’assister à ce genre de scène. Dans les conversations entre gosses, on n’en parlait jamais. On avait tous un imaginaire plus ou moins vague de ce que pouvait être une fessée, alimenté par les dessins animés et les lectures. Mon expérience récente me fait déborder d’une empathie grandissante pour le petit bonhomme capricieux.

Dessin Lili p3 Magasin alleg

Et puis soudain, le point de rupture. A un énième « Mais, maman, t’avais dit que… », l’intéressée attrape son gamin par le col et le plaque contre sa cuisse, debout. Avec aisance, elle se courbe, baisse en même temps les élastiques du pantalon et du slip au ras des fesses et commence à lui asséner une fessée aussi brève que sonore, tout en l’admonestant. Huit claques, tout au plus. A chacune d’entre elle, je ferme les yeux, le ventre serré. Passé la surprise, le petit pleure à chaudes larmes. La main maternelle fait virer ses fesses blanches à un rose à peine soutenu. Les autres clients du magasin ont levé les yeux un instant puis continuent leurs emplettes dans l’indifférence la plus totale.

- Tu vas te tenir tranquille jusqu’à la maison, continue la mère en prenant la main de son gamin. Je ne veux plus t’entendre. Tu as passé l’âge de faire des caprices.

Le silence revient, entrecoupé par les reniflements précipités du petit garçon. Je me reconcentre sur mes lampes frontales et mes mousquetons avec le cœur qui s’emballe. La scène me donne une image, des sons et des couleurs à transposer. Coup sur coup, à deux semaines d’intervalle, c’était moi qui me tortillais pour éviter la main du Corbeau, les fesses rougissant sous les claques, le visage barbouillé de larmes. Assister à l’incident m’en renvoie un rappel cuisant, mes joues s’empourprent de confusion.

Les circonstances, de surcroit, accentuent mon trouble. A l’orée d’un plan de plus grande envergure, je savais intimement que notre vie de pirates, à la bande et moi, nous entrainait vers des chemins de plus en plus dangereux. Je pressentais une fin, sans trop imaginer laquelle.

Quelque part, savoir qu’une personne se souciait de mes choix et de leurs conséquences était terriblement rassurant et nouveau. Ça me donnait l’impression d’exister pour quelqu’un, de ne plus être un fantôme, inaperçu, qui glisse et s’échappe.

Le défi de Locke. Je chasse les images de l’atelier. Ne pas sortir sans s’approprier quelque chose. Je remarque un panier rempli de brassards-éponge pour le tennis. J’en enfile un, le plus naturellement du monde. Je dépasse les caisses, le plus naturellement du monde. La rue inondée de soleil m’ouvre ses bras. Pas de sonnerie, pas de « hé, toi ! » tonitruant, les limites attendront le prochain portique. Trente pas plus loin, je détale en courant, avec un large sourire de victoire. Le brassard-éponge est le bienvenu pour essuyer mes cheveux collés à mes tempes.

- J’ai tout vu ! claironné-je en exhibant mon trophée à mon poignet. Je mets trente secondes pour atteindre un lieu sûr, j’ai compté. Ils sont deux, la femme a des talons, elle ne courra pas. L’autre, il a genre, un ventre comme ça, le temps qu’il traverse la rue, j’aurais déjà rejoint la planque.

- Depuis quand elle fanfaronne à ce point ? s’amuse Rupert en topant ma paume.

- Respire, Lili. Tu es rouge comme une crevette.

- C’est rouge, une crevette ?

- Orange, c’est pareil, on a compris.

- On se rejoint cinq minutes avant l’ouverture, derrière la grande rue, au parc, conclut Locke. Ce soir, on dort tôt.

- Compris.

Le lendemain, je sautais dans mes tennis qui font courir le plus vite, même si leurs lacets commençaient à s’effilocher et la semelle se décoller sur les devants. Ma mère les avait déjà jetées deux fois, et je les avais sauvées in extremis du camion-benne. Avec mes genouillères, mes coudières et un bandana qui retient mes cheveux, j’ai l’air de partir en guerre.

En obliquant vers le parc, à la sortie des souterrains, j’évite la vision des entrepôts au lointain. Je rejoins les autres par les chemins de traverse.

L’atmosphère est tendue, le silence pesant. Locke serre un poing américain, qu’il dissimule sous une chemise trop grande. Il bande son bras droit avec des morceaux de chambre à air, en s’aidant avec les dents. Je le regarde sans comprendre.

- C’est risqué de défoncer une vitre avec le poing, Lili, m’explique-t-il comme s’il lisait mes pensées. Pas tant l’aller, mais le retour, quand tu retires la main. Tu peux t’ouvrir le bras salement. Si t’as à le faire un jour, note.

- Ok.

- T’es prête ?

- Oui.

- Alors c’est parti. On rentre après toi. On attend ton signal. Dès que tu te sauves du magasin en courant, c’est notre tour, on fonce. T’ouvre la voie.

Pas de retour arrière. J’oublie la bande et me concentre sur ma tâche. J’avale les dizaines de mètres qui me séparent du commerce. Je passe sous l’enseigne, le carillon tinte. La porte battante est maintenue ouverte, c’est mon jour de chance. Je gagne deux ou trois grosses secondes. La vendeuse porte toujours des talons, elle consulte un registre. Son compagnon réceptionne des colis devant les caisses.  L’étal vitré où reposent les couteaux est bien verrouillé. Je décroche la lampe frontale de son socle et joue avec elle quelques instants, appréciant son poids.

- Respire. Calme-toi.

C’est parti. Mes talons enfoncent le revêtement plastique, je décolle de mes appuis. Je déboule du rayon escalade, droit devant les caisses, vire à quatre-vingt-dix degrés brusquement. La caissière lève des yeux ahuris. Je saute par-dessus les cartons et les colis.

- Mais qu’est ce que… ? Attrape-la ! réagit-elle à mes oreilles.

Le vendeur tend la main vers mon bras et ne saisit que du vide. Je glisse sous les obstacles, mes genouillères ripent sur le lino. L’homme se prend les pieds dans les cartons à ma suite. Je me relève, franchis le portique, l’alarme hurle, je manque de tomber. La sonnerie m’agresse les oreilles. Merde, je n’ai jamais rien fait sonner de ma vie ! Animée d’une lucidité incroyable, je débarque dans la grande rue avec une poignée de secondes d’avance.

J’ai toujours aimé courir, vite. Le sprint vers l’immeuble démarre. Mon poursuivant me talonne, j’entends son souffle, ses imprécations, le bruit de ses semelles sur le macadam.

- Arrêtez cette petite ! gueule-t-il aux passants incrédules.

Pas un ne m’entrave le chemin. Ils sont spectateurs de notre bataille. Le vendeur commence à gagner du terrain. La peur ravive mes forces. Je dérape vers la route à contresens, louvoie au milieu des voitures et regagne ainsi un peu de temps. Les klaxons fusent. Nos capacités sont inégales. Mes jambes sont trop courtes. Il me faut gagner des hauteurs, vite. Les voies aériennes, là où le commun des hommes ne se risque pas. Le territoire des chats.

J’enfonce les portes d’un hall d’immeuble et me jette dans les escaliers. Mes poumons me brûlent. Les sources de lumière artificielle pétillent dans ma vision. Les marches mordent cruellement mes cuisses. Mon poursuivant peine tout autant que moi mais son obstination est tenace.

- Arrête-toi, c’est fini, bordel ! hurle-t-il entre deux inspirations.

Le souffle lui manque et il s’est tu. Les étages défilent, l’appel des hauteurs est mon seul objectif, la seule issue possible.  Tenir coûte que coûte, une marche après l’autre. Lorsque le jour frappe à nouveau mon visage, le soleil m’éblouit. J’avale les derniers mètres jusqu’à la corniche du toit de l’immeuble, appréciant le vide, le vent et l’ivresse des grands espaces.

- C’est fini, répète mon adversaire à bout de souffle, tu vas rentrer… avec moi… au magasin… et on va appeler…

Je me retourne un instant. 

- Perdu, m’exclamé-je en dévoilant toutes mes dents.

Une course d’élan, une prise d’appel et j’étais un immeuble plus loin.

Vomir dans un buisson, calmer le feu dans ma gorge et mes poumons, enlever mon bandana, ébouriffer mes cheveux, changer de t-shirt, frictionner mes cuisses, cacher la lampe dans mes grandes poches, tout ça pas forcément dans cet ordre.

J’attends longtemps, tapie dans un coin, que les minutes passent. Lorsque je prends le chemin du terrain vague, la matinée tire sur sa fin. Au lointain, Locke frappe des coups sourds sur la tôle de la camionnette, Salsa et Konrad essaient de le maitriser en le ceinturant par la taille. Rupert tourne en rond. Nick se cache le visage. Johanne fume comme si elle n’était pas là. Mon arrivée fige la scène, je reste à quelques pas, terrifiée. Locke s’accroupit et se prend la tête entre les bras.

- Terry ne reviendra pas, annonce Salsa en enserrant doucement son ami. Il s’est fait prendre. Tu peux avoir sa part, t’as assuré, Lili.

L’incompréhension et le désarroi me submergent. Je regarde la place vide où Terry aime poser ses fesses de façon rituelle. Je l’entends dire « Si on mange pas avant, moi je fais rien. J’suis comme une voiture, je roule pas ».  Je le vois rire tout seul quand, blague sans cesse renouvelée, il éclate son paquet de chips vide en croyant me faire peur, avec la joie de la première fois.

- Il n’était pas d’ici, il venait d’une autre ville, loin, continue Salsa en chuchotant, comme si les vies personnelles des uns et des autres étaient taboues. Un jour, il s’est barré de chez lui et il a pris un train. Retour à la case départ.

On a perdu Terry pour une poignée de couteaux. Ça vaut pas. Lorsque Salsa me met dans les mains une lame toute neuve, j’ai envie de la rendre en courant au magasin, remettre la lampe frontale sur son socle, récupérer notre copain et remonter le temps.

- On ne perdra plus personne, je jure, gronde Locke avec une lueur sauvage dans les yeux. On va devoir changer de planque. Ici, c’est trop visible.

Je m’assois à l’ombre de la camionnette en lui disant au revoir. Sans Terry, le cercle protecteur n’est plus fermé, il tire une sale gueule et je ne sens pas à l’abri du tout.

- Je vais y aller, chuchoté-je. Demain, c’est la rentrée, je sais pas comment…

- Profil bas quelques temps, ordonne Salsa. Faut qu’on nous oublie. Fais ce que tu as à faire, Lili. On te retrouvera et on te donnera l’emplacement des nouvelles planques, ne t’en fais pas. Bientôt, on reprend la course.

illustr. : par Lili

(à suivre partie 4)

10 commentaires »

  1. MARCO dit :

    Bonjour Lili,
    fascinante cette série de 3 récits. Ici, c’est toute une atmosphère qui détonne. Les fessées mesurées qui ponctuent chaque texte ne sont pas omniprésentes mais rappellent le prix normal des mauvaises actions ou servent d’alarme quand on y assiste et en lien avec le site.
    En faisant abstraction de ces punitions, on pourrait se croire transporté dans un film d’anticipation-documentaire ou dans une BD avec sa petite héroïne intrépide et ses univers familiers et étranges. On sent sa quête de repères rassurants pour contrer ses angoisses et ses facultés d’adaptation et d’intelligence affûtée.
    Si elle était en jupe, Lili pourrait ressembler à une petite Zazie, non ?
    Félicitation pour vos aventures !
    Cordialement.

    marco

  2. Lili dit :

    Bonsoir Marco
    Merci pour votre retour!
    A ma grande honte, je n’ai pas percuté tout de suite pour la référence, n’ayant pas lu ledit bouquin. Mais après quelques recherches, le côté irrévérencieux et décalé du personnage me plaît beaucoup !
    J’ai essayé d’écrire quelque chose à l’image de la littérature jeunesse d’autrefois, qui m’a toujours fait vibrer. Ces histoires empreintes de morale, de bons sentiments, où la fessée plane dans l’atmosphère… On connaît l’issue : les méchants gamins finissent toujours par être châtiés, les bons peuvent faire preuve d’héroïsme et de bravoure, ils n’en sont pas exempts ! Il y a ce côté latent et inéluctable à la fois.
    A bientôt,
    Lili

  3. Marco dit :

    BBonjour Lili,
    Merci pour votre réponse rapide. Je n’avais pas pensé au bouquin (d’où est tirée l’histoire) mais au film tourné par Louis Malle en 1960.
    C’est tout un monde avec des personnages hauts en couleurs avec lequel la petite provinciale Zazie fait connaissance lors de son bref séjour à Paris. Et je rappelle d’une de ses phrases <>
    L’histoire ne dit pas si, devenue grande, elle les a effectivement ennuyés, car ironie de l’existence cette jeune actrice est ensuite devenue prof ! Pour revenir au sujet du blog, ce seraient les romans d’une certaine Comtesse de Ségur qui vous ont inspirée ? Entre autres personnages de vos récits, j’ai un faible pour le Corbeau, pas seulement pour ce qu’il vous administre mais pour sa personnalité.
    Quant à la fessée en plein magasin très bien décrite, on voit nettement l’avantage du pantalon à élastiques, (je l’ai appris à mes dépens dans ma jeunesse – sourires).
    Je vous souhaite une bonne journée. Et au plaisir de vous relire dans les commentaires ou lors de votre prochain récit ?

    marco

  4. Lili dit :

    Bonjour Marco
    Je ne savais pas qu’il y avait eu une adaptation en film. La petite actrice a un sourire communicatif ! Oui sans nul doute, les romans de la Comtesse de Ségur ont dû m’inspirer même si je leur préférais, à l’époque, les héros intrépides de Mark Twain. Ces auteurs, entre autres, sont un peu le terreau de mes affinités en lien avec le site… De longues recherches, autrefois, dans les bibliothèques en quête des moindres mots qui s’y rapportaient! Et je suis sûre désormais de ne pas avoir été la seule ! ;)
    Pour les récits publiés sur ce blog, au cours de leur rédaction, ce sont plutôt, dans un autre registre, les images de « Mon bel Oranger » et la bd « Amer Béton » (1993?) qui me sont venues en tête.
    Contente que le personnage du Corbeau vous plaise. J’ai essayé de me mettre à sa place, en me disant : bon, ok, comment je réagirais moi-même, aujourd’hui ? Curieux décalage et exercice que de s’adresser, adulte, à une version de soi, enfant.
    Bonne journée et à bientôt
    Lili
    ps: il y a un côté expéditif et facilitant à ces fameux élastiques qui m’amuse beaucoup ;)

  5. Marco dit :

    Bonjour Lili,
    j’aurais du donner toutes les sources au lieu de le faire par bribes, mais c’est bien la ptite Zazie du film « Zazie dans le métro » (de Louis Malle d’après le roman éponyme de Raymond Queneau) qui m’a sauté aux yeux avec une telle évidence que j’avais l’impression que tout le monde la connaissait.
    Je trouve donc, par l’image que vous donnez de Lili et aussi par les illustrations agrémentant vos 3 récits, que vous lui ressemblez.
    Et j’aime bien cette petite fille bien délurée qui n’a pas la langue dans sa poche.
    Avec d’autres adultes plus « comme il faut » et dans un autre milieu ce qu’elle disait dans ses répliques serait passé pour de l’impertinence et aurait pu lui valoir des ennuis, et sur son envers car dans les années 60 ça se pratiquait encore souvent.
    Ah vous m’en apprenez sur Mark Twain.
    Alors comme ça vous étiez rat de bibliothèque quêtant dans les ouvrages les termes ou allusions se rapportant à la fessée ? Quel travail de Bénédictine !
    Mais rassurez-vous ! Vous n’êtes pas la seule. La technologie merveilleuse d’internet nous facilite les recherches. Merci d’avoir révélé vos sources d’inspiration. Je ne les connais pas non plus et ferai la démarche pour les découvrir. Vous me donnez des pistes bibliographiques.
    J’aime aussi vos autres personnages, mais l’artiste solitaire dans son vaste atelier qui vous prend un peu sous son aile ça me touche. Vous vous regardez, vous décentrez. Je vous imagine graphiste, ou évoluant dans le milieu du cinéma ou de la littérature.
    Me trompé-je ?
    Les élastiques sont redoutables.
    Les adultes nous déculottaient « plus vite que leur ombre » (autre allusion de bd) et on se retrouvait trop vite prêts pour la fessée, à réaliser avec retard qu’on était déjà dénudé!
    Merci encore pour vos beaux textes.
    A bientôt.
    Permettez-moi svp que je vous fasse la bise.

    marco

    • Lili dit :

      Bonjour Marco,
      Oui, Internet rend les recherches plus faciles mais… il y a un certain charme à lire tout un bouquin avec la fébrile espérance d’y voir trois lignes dédiées ! Imaginez ma tête quand je suis tombée sur ce blog il y a quelques années ! L’abondance ! Vous vous trompez à moitié. Je n’exerce pas dans ces métiers de l’image ou des lettres mais je travaille à un projet qui concilierait le tout et me permettrait de vivre de mes passions. Donc ce n’est qu’une question de temps !
      « Les adultes nous déculottaient « plus vite que leur ombre » et on se retrouvait trop vite prêts pour la fessée, à réaliser avec retard qu’on était déjà dénudé »
      Exactement cela ! Le côté « sur le vif », avant même que l’information ne fasse son chemin, la main a déjà trouvé le sien !

      A bientôt,
      Lili

  6. Marco dit :

    Re bonjour Lili,
    Je viens de vous répondre pour le 5ème récit. Ce blog est très riche en récits et foisonne de commentaires. (J’ai commis quelques récits d’ailleurs.)
    En relisant Germinal d’Emile Zola je me suis rappelé des courtes évocations de fessées et cela me troublait, de même que la bataille des lavandières bien décrite dans Gervaise ou plus ancien dans Candide de Voltaire la procession religieuse. Toutes ces évocations me titillaient et je m’étonnais que cela puisse se trouver si facilement dans les ouvrages de la « grande littérature française » sans avoir à s’infiltrer dans les rayons des « enfers ».
    Alors vous exerceriez dans les « Start up » ? C’est passionnant. Oh oui ! la main… impossible de la faire dévier. On avait beau se tortiller, elle savait toujours où tomber. Vous n’avez peut-être jamais reçu de fessées mais vous les avez fort bien décrites !
    Bises

    marco

  7. Chris B dit :

    Bonjour Lili,
    La mère du gamin de 9 ans n’a pas tenu sa promesse de le fesser s’il continuait. Comment un parent pourra-t-il lui dire qu’il ne doit jamais mentir ? C’est vrai que l’on ne sait pas ce qu’il a vraiment fait. Mais vu sa phrase « Mais tu avais dis…. ». Enfin, pour lui cette fessée déculottée n’était pas justifiée.
    Chris B.

    • Lili dit :

      Bonjour Chris B
      Merci pour votre retour et votre réflexion.
      Dans ma vision du déroulement de la scène, le petit fait un caprice pour un truc dans un magasin, sa mère intervient et le menace d’une punition. Le garçonnet n’en tient pas compte, sans doute peu habitué à ce genre de méthodes ou n’imaginant pas qu’elle passerait à l’acte en dehors du cadre de la maison. Et finalement, la fessée tombe !
      Indépendamment de cette situation un peu banale et de son bien-fondé, c’était surtout un « décor » pour mettre en lumière le trouble de ma petite héroïne, à cet instant à la frontière d’une action franchement répréhensible. Une sorte de rappel des conséquences possibles!
      A bientôt,

      Lili

  8. CLAUDE dit :

    Bonjour Lili. Et de 2 ! Vous avez la plume facile ! Ce récit évolue entre ombre et lumière. Ombre parce que un vol prémédité et qui a bien failli échouer n’est pas un rayon de lumière ! Et vous prêtez à Ruben ces mots glaçants : »l’adrénaline me grisait »! Quant à la lumière je la trouve dans cette idée de chahut amical. Et dans le une certain retenue dans la violence; Si je me trompe, merci de me le dire. Amicalement. CLAUDE

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