La fessée appliquée

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Aventures de Ruben (partie 2)

Ruben partie 2 début - Al

par Lili

- Rub ?

- Lâche-moi, Pete.

Sur le chemin de l’école, un petit soleil d’hiver, timide, le lendemain matin. Je marche en serrant les sangles de mon sac à dos, la mine butée et sombre. La neige crisse sous les pas. Pete me tourne autour comme un chiot. On évite de prendre le raccourci des bois. Il a fallu se lever dix minutes plus tôt.

- Mais parle ! insiste mon acolyte. T’as réussi à fuir ? les brumes sont montées jusqu’où ?

Qu’est-ce que j’aurais pu lui dire ? Que je m’étais fait fouetter par une espèce de fantôme avec une gueule de renard ? Super.

- Quand l’électricité s’est coupée, ça m’a mis un coup de pression. J’ai couru, un peu au hasard, jusqu’à retrouver ma tante. Voilà, t’es content ?

- Pourquoi tu te retournes pour regarder derrière toutes les deux minutes ?

- Pour rien. Tais-toi ou…

Mon poing se serre, mes jointures blanchissent, mes narines se dilatent. Un paquet de neige tombe d’une branche de sapin. Je sursaute et range mes mains dans mes poches.

- Ou quoi ? s’enquiert mon acolyte avec un filet de voix.

- Ou rien. S’il te plaît, Pete. Laisse-moi tranquille.

A l’école, l’ambiance est navrante. Y’a une tension telle qu’une petite de CP qui ne sait même pas vraiment écrire a dit que c’était elle, pour la porte. Personne ne l’a crue, évidemment. Durite n’est pas revenu. La rumeur chuchote que le médecin lui a ordonné de prendre du repos. Madame Colline nous assomme sous des montagnes de devoirs. La directrice remplace les cours de français et d’histoire-géo. Plus le temps passe et plus c’est difficile. J’ai du mal à me concentrer sur quoi que ce soit.

Je me tiens tranquille et oublie le cauchemar de la forêt.  Enfin, plutôt, je commence à me dire que j’ai rêvé. Un grand délire, la fièvre, tout ça. Quelques jours passent, on reprend le chemin habituel qui nous ramène au village par les sapins. J’évite de regarder vers le cimetière abandonné.

- Dans dix jours, c’est la fête des chaluts, en ville ! claironne Cody un peu plus loin. Les bateaux rentrent au port avant que les glaces prennent le bras de mer. On les fête toute la nuit, comme depuis toujours ! Y’aura du poisson salé à se casser le ventre ! Les troisièmes y seront, mon père aussi, on y va ensemble ?

- Ma mère veut pas, marmonne tristement Pete.                                                      

- Pareil, soupire Halley.

- Je… vais voir, je te dis ça, Cody.

L’idée d’aller trouver mon oncle et ma tante pour leur demander quelque chose me dérange et tourne en rond dans ma tête. Je cherche la bonne fenêtre, le moment opportun. Le soir même, j’attrape mon oncle Éric en coup de vent, alors qu’il rentre de son travail, crevé. Les deux, Adela et lui, ils tapent dans les quarante-cinq ou cinquante ans chacun, je sais pas trop. Ils ont eu trois gamins, qui sont grands maintenant et sont retournés vers la civilisation, enfin, qui ont quitté l’île, quoi.

- Eric, je peux aller à la fête des chaluts avec Cody et son père ?

Mon oncle me regarde, tout déconcerté. Je crois que c’est le premier truc que je lui demande gentiment. Il a envie de dire oui, mais il se retient, il se donne un tout petit délai. Merde, l’effet de surprise n’a pas suffi.

- Je vais y réfléchir et en parler avec ta tante, me répond-t-il.

Je hoche la tête et disparaît dans la chambre à l’étage d’où je ne sors que pour les repas.

Plus que quelques jours avant la fête des chaluts. Je compte les heures. Un jeudi matin, y’a un temps idéal pour la luge, Halley en a ramené une, on la pousse sur le chemin de l’école, c’est plutôt chouette. Pas un nuage, un grand soleil, un froid sec. Il a neigé pendant la nuit, on dessine des traces toutes fraîches.

On arrive à l’école, ma bonne humeur s’envole. Physique-chimie, je déteste, pour trois heures. On forme les rangs, Cody tire le col de mon anorak et y glisse une boule de neige. Je me retourne vivement pour lui coller un coup dans les côtes mais la cloche le sauve et mademoiselle Lodel nous entraîne vers sa classe.  

On arrive, les fenêtres sont grandes ouvertes. Toute la salle est aérée comme si on invitait l’hiver et le froid de dehors, dedans. Les filles grelottent, les petits râlent en enlevant leurs bottes. On défait les sacs, on prend les cahiers, les chaises se tirent. Mademoiselle Lodel écrit la date sur le tableau.

- Mais pourquoi elle a ouvert les fenêtres ? grogne Pete un peu fort en frissonnant de la pointe des cheveux jusqu’aux orteils.

- C’est normal, elle est en chaleur !

Y’a un blanc terrible et la classe éclate de rire. J’ai dit ça à mi-voix, pas suffisamment bas pour la confidence, pas suffisamment haut pour le revendiquer franchement. Mademoiselle Lodel se fige. Elle a un temps d’arrêt avec sa craie, de dos. Sa main tremble. Elle a du mal à amorcer la courbe du « e » de janvier. Elle fait comme si elle n’avait pas entendu.

J’allais m’asseoir, me cacher derrière mes cahiers, mais une vive douleur à l’oreille me retient debout.

- Excusez-vous sur-le-champ, enfant.

Un frisson glacé me court dans le dos. Les autres me regardent, planté à côté de mon pupitre, pétrifié. Mademoiselle Lodel se retourne. Je suis le dernier debout. M’excuser ? Devant tout le monde ? Jamais. Je ferme les yeux en priant de les rouvrir et de faire cesser le mauvais rêve.

- Ainsi, continue le Renard dans mon dos, votre entêtement vous accable. Incorrigible garnement, vous avez laissé filer votre chance de me voir différer votre punition. Vous tremblez ? Où est donc cette fierté détestable ? Redressez-vous. Retenez vos larmes. Gardez la position.

Ses doigts lâchent mon oreille pour le haut du bras gauche. La prise me soutient à moitié debout, mes jambes commencent à me lâcher. Effaré, je jette un furtif coup d’œil par-dessus mon épaule.  Le Renard a raccourci sa longe de cuir en l’enroulant dans sa paume. La lanière est double.

Pete me dévisage sans comprendre. Il ne voit pas. Il ne peut pas percuter. Comme la classe au complet, comme mademoiselle Lodel qui vient de faire taire le chahut et les derniers rires d’un geste de la main.

- Rub, assieds-toi vite, tout le monde te regarde, couine mon acolyte.

Merde, Pete, je veux que ça, j’ai envie de lui répondre, mais les mots ne sortent pas. J’entends la longe siffler dans l’air, je sens la tension du bras qui cherche l’amplitude et ajuste sa cible.

Un premier coup transperce la toile de mon pantalon, au travers de mes fesses. La douleur survient une demi-seconde plus tard. Je retiens un petit cri. Toute ma volonté se bande pour ne pas sangloter, ne pas partir en courant ou m’effondrer sur moi-même. Un deuxième, je baisse la tête pour qu’on ne voit pas la grimace qui la déforme. Au troisième, je me mets à pleurer, à la stupéfaction de mes camarades. Un sifflement. Un quatrième, ma poitrine a un spasme tandis que j’inspire brusquement, puis un cinquième et un sixième, qui se succèdent sans un temps de répit. Ils m’étourdissent. Le Renard interrompt la correction et attend.

- Je… je suis désolé. Je… je voulais pas dire ça.

Le serpent de cuir retombe. L’esprit de l’hiver me tient toujours debout par le bras.

- Je n’en ai pas fini avec vous, enfant. Mais je suis fort aise de vous voir revenir à de meilleurs sentiments.

En quinze secondes, je viens de perdre l’image de trois semaines d’intimidation. Et toute l’aura que je pouvais avoir auprès des autres. Mademoiselle Lodel a ouvert des yeux ronds. Personne ne comprend pourquoi je tremblote et pleurniche.

Ruben partie 2 école -  Al

- Donnez-moi votre carnet de correspondance, Ruben, et sortez vous calmer.

Je lui fais « non » de la tête, avec un air au supplice. Seul, dehors, avec le Renard ? Non, revenez sur ces mots, laissez-moi m’asseoir, me cacher sous mes cahiers, derrière le tableau périodique des éléments…

- Sortez ! rugit-elle en pointant la porte, comme si la tension de trois semaines accumulées se libérait en un souffle.

Trois semaines à m’engouffrer dans ses failles, relever ses tics de langage, son manque de confiance, éprouver ses limites.

Je me sens étranger à mon propre sort quand j’extirpe mon carnet de mon sac, le dépose sur son bureau et prend la porte, les joues et les fesses brûlantes. Le Renard m’emboîte le pas, me pousse quand je rechigne à marcher. On contourne le vieux bâtiment, jusqu’à un appentis où dorment des stères de bois de chauffage.

- Respectez vos aînés, ceux qui ont à cœur votre éducation. Enfant, mais quel vent de folie souffle une telle rébellion ? Vous heurtez, vous ruez, vous blessez ceux qui vous tendent la main. Et ensuite, vous fuyez ! Une retraite, quatre pas en arrière ! Vous vous cachez, vous feignez l’inconscience ? Prétendez-vous ne pas avoir, de vos actes, mesuré la portée ? Je hais par-dessus-tout l’ingratitude et la grossièreté. Six mots, âprement payés, aujourd’hui. Et vous n’avez pas, à ma sommation, aussitôt, obéi. Approchez.

Je fais un demi pas dans la direction du Renard, enfin, mes jambes bougent toute seule, sans attendre mon ordre. Il me saisit par les hanches, me courbe sous son bras et appuie une douzaine de claques sur le fond de mon pantalon. Pas si fort que ça, mais la fessée ravive la douleur de la première correction. La peur et la honte s’y mélangent, je sanglote rapidement. Le Renard me redresse sur mes jambes et se détourne. Il saute, s’accroupit sur un tas de bois et me regarde en penchant la tête sur le côté. Le jour détaille les coutures de son costume élimé, le pelage blanc qui saupoudre ses avant-bras, l’or pâle de son regard. Il a l’air d’être sorti d’un livre d’images. On s’observe. Il y a un long silence, que je brise en chuchotant, parce qu’il me pèse.

- S’il vous plaît, partez. Rendormez-vous, retournez dans la forêt, d’où que vous venez.

Le Renard répond sur le même ton, tout doucement, comme un secret.

- Cela, enfant, vous appartient, c’est vous qui êtes hanté, là est votre partition. Trouver les bons chemins et les résolutions. Laissez-moi à ma part, ma course ici-bas, à convoquer les vents d’hiver et veiller sur vos pas.

Il disparaît vers la forêt, effleurant la neige sans la troubler. J’erre dans les alentours sans savoir comment et quand rentrer dans la classe. Un coup d’eau sur le visage. J’attends la cloche de la récréation, caché près des stères de bois, atterré à l’idée d’affronter les moqueries de mes camarades. C’est Pete qui me trouve, il a suivi mes traces de pas dans la neige, il pourrait faire un espion de bande-dessinée, tellement il a le sens du détail.

- Rub, ça va ?

- ça a l’air ?

- T’as, genre, des crampes ? Tu veux aller à l’infirmerie ?

- Non.

- Mademoiselle Lodel te cherche.

Je la rejoins à contrecœur. Elle termine de remplir mon carnet de correspondance puis elle me le tend. C’est fini, elle n’a plus peur de moi. Je lis en diagonale la double-page ouverte. Quatre heures de colle. Un mot à faire signer pour le lendemain. « … perturbe la classe… propos injurieux…. Doit se reprendre… ». Mon oncle et ma tante vont s’étouffer avec leur café du soir.

- Vous réintégrez le cours après la récréation.

Le reste de la journée se passe presque normalement, à ma grande surprise. D’autres préoccupations, un devoir de français, accaparent les esprits. J’ai du mal à rester assis sur ma chaise, je grimace, transfère mon poids d’un côté ou de l’autre, en silence. Ça n’arrange rien. J’évite les questions sur ma drôle de réaction du matin, évasif et distant.

A l’heure du café du soir, le moment où mon oncle Eric et ma tante Adela se détendent, en rentrant, avec un épais breuvage noir, un feu dans l’âtre et un programme télé humoristique, je leur donne mon carnet, résigné.

- Ah, tu voulais ma réponse pour la fête des chaluts ? s’emporte mon oncle en le signant, eh bien c’est non !

- Je m’en fous de cette fête ! Des marins bourrés, des filles moches, des bateaux pourris !

- Toi, tu vas baisser d’un ton et filer dans ta chambre !

- T’as pas besoin de m’y inviter ! Regarde, je monte déjà les marches !

Je presse tout de même un peu le pas, de peur qu’il enrage pour de bon. Je n’ai jamais vu mon oncle Eric perdre patience. Ma tante le retient. Je referme la porte sans la claquer. Je les entends se disputer en bas même s’ils essayent de parler en sourdine. Être au centre de leur attention a quelque chose de plaisant.

Quand j’étais vraiment petit, on était venu deux fois, pour les vacances, ici, avec ma grand-mère. L’été. Y’avait des collines, des maisons colorées, des falaises avec des plages cachées, accessibles seulement par l’eau ou par des grottes. Tout était sauvage et vert sombre. Mes cousins déjà grands m’apprenaient l’île en me trimbalant sur leurs épaules. Et puis, une dispute, que je n’ai jamais comprise, et on n’est plus revenu. Ma grand-mère ne voulait pas me mêler à des histoires d’adultes.

C’est elle qui m’a élevé. Aussi loin que je me rappelle, elle était là. Une toute petite grand-mère. A ma taille, quand le reste était trop grand. Pas haute, un peu large.  Elle savait un tas de choses. Le nom des fleurs, calmer la peine, inventer des réparties terribles. On se faisait des jeux pour tout. Je n’arrivais jamais à lui dire au revoir, pour partir à l’école, on avait un jeu pour ça. Elle restait derrière la porte, je faisais semblant de partir, je revenais pour vérifier et là, hop ! Elle ouvrait, m’embrassait, je repartais, et on remettait ça. Parfois, elle me gribouillait des mots d’excuse parce que le jeu me mettait carrément en retard pour l’école.

Et puis un jour, j’ai réalisé que la porte ne s’ouvrirait plus. Quand elle est partie et qu’on m’a demandé : « Ruben, tu voudrais aller vivre où ? », j’ai pensé à l’île en premier. Ma grand-mère disait qu’un peu d’elle était restée là-bas. Éric et Adela ont été surpris mais ils ont dit oui.

Je n’ai pas pu aller à son enterrement. Les gens ont insisté, mais non. Je ne pouvais pas lui dire au revoir. J’aurais peut-être dû, elle était tellement farfelue qu’elle aurait sans doute trouvé un moyen d’ouvrir la porte une dernière fois.

La dispute s’est calmée, en bas, les conversations se poursuivent mais ne sont plus audibles. Ma tante appelle « à table », je descends. Le repas du soir est étrange. D’habitude, c’est moi qui fais la tête et mange sans un mot, là c’est réciproque.

 

Deux jours plus tard, de bonne heure, j’attrape Pete au sortir de sa maison, encore endormi, avec une trace d’oreiller sur la joue.

- J’ai besoin de toi, Pete. Tu connais l’île ?

- Moui ?

- Trouve un plan. Faut faire quelque chose. J’en peux plus. Je…

- Quoi ?

- Je suis hanté.

Je m’attends à ce qu’il rigole, mais en fait, pas du tout. Le mot « hanté » le réveille pour de bon. Il reste la bouche ouverte, figé. Des associations dans son crâne. C’est comme si ça expliquait tout dans sa petite tête.

- Le vieux cimetière, c’est ça, Rub ?

- Ouais.

- L’esprit du renard que t’as cassé la statue ?

- Ouais.

- Trop cool ! sautille mon acolyte, les yeux brillants. Il est où ? Il parle ? Je peux le toucher ? Il me voit ? Comment il s’appelle ?

- Ça n’a rien de drôle, Pete ; je chuchote en lorgnant autour de moi. Il est sur mon dos. Il me lâche pas.

- Faut que tu trouves ce qui le fait apparaître. Les conditions !

- Je sais déjà, ça.

- Dans les livres, explique mon acolyte les sourcils barrés par la réflexion, quand tu contraries un esprit, tu répares sa maison, tu remets des offrandes fraîches, t’allume une bougie, tu chantes, tu balaies un peu pour remettre en état. Et là, ça l’apaise, il retourne au repos.

J’ai envie de danser. C’est tellement simple et évident que je n’y avais même pas songé moi-même. Je repasse à la ferme en coup de vent récupérer de la nourriture, des bols, des outils, une bougie, un briquet. Mon sac d’école pèse deux fois plus lourd. Adela me regarde courir, intriguée. 

La journée est terriblement longue jusqu’à la cloche qui nous délivre à seize heures. Je suis d’une oreille le cours d’allemand. Les conditions d’apparition, disait Pete ? Je cherche la logique, il n’y en a pas vraiment. Tout au long de la semaine, le Renard n’est pas venu quand j’ai haussé le ton avec mon oncle, quand j’ai éparpillé le contenu du sac d’un gars qui s’en prenait à Pete dans la neige, – et le gars aussi mais pas trop fort -, lancé une boule de neige sur monsieur Hans qui engueulait un petit pour détourner son attention, fait tomber toute la poudreuse du toit de l’appentis sur un groupe que j’aimais pas, en la fragilisant.

J’ai fait des efforts, aussi, enfin trois. Refuser le baladeur d’Adrian, qui voulait que j’aille casser la gueule pour lui à un gars que je connais même pas, en échange. Dire à Halley que c’est bon, j’allais me débrouiller pour les devoirs qu’elle me faisait, dorénavant. Ça l’a rendu triste, comme si elle pensait qu’elle pouvait traîner avec moi qu’à cette condition.

Hier soir, j’ai cédé à ma tante Adela. J’ai accepté de me mettre sur le dos les vieilles affaires de mes cousins. J’ai l’air de rien, mais ça passe, tout le monde est comme ça. Pulls, polaires, vêtements de pluie, la totale. Il y a deux raisons ! Valables ! La première, c’est que j’avais franchement froid et que mes propres vêtements, trempés tous les jours, n’avaient pas le temps de sécher. La deuxième, c’est que les pantalons de mes cousins sont carrément plus épais que les miens. Certains sont même doublés au niveau des fesses et des genoux. Pas de commentaire.

J’en suis venu à la conclusion que le Renard apparaissait quand il le voulait, peut-être pas pour les petites choses courantes.

A la sortie, on reste un peu, on laisse Cody et Halley partir devant, puis, de sapins en sapins, on s’infiltre jusqu’au vieux cimetière, mon acolyte et moi. Il est tel que je l’ai laissé, quelques jours plus tôt. La statuette du renard blanc fait deux petites bosses dans le manteau de neige. Je farfouille dans la poudreuse à la recherche de la pierre du cairn. Pete attrape une branche de sapin et balaie les tombes. On assure.

Quand tout est dégagé, je colle à la colle contact la statuette, je la ligote avec un fil de cuisine pour être sûr et je la plante là où elle était. Je remets la pierre gravée en haut de son cairn et dispose tout autour mes bols et la nourriture. Je protège la flamme de la bougie du vent, entre mes paumes.

- Faut vraiment chanter ? je grince entre les dents.

- Oui ! assure Pete.

- Pete, si tu parles de ça, je…

- Je dirai rien, je jure.

J’ignore pourquoi mais mes pensées vont vers Halley et sa voix éraillée. Parfois, à l’étude le soir, elle apporte sa guitare et chante, ça fait d’elle quelqu’un d’autre. Elle a une chanson préférée, que je connais par cœur, à force de l’entendre, sans en connaître le titre. Ma voix tremble un peu, mon timbre est trop haut.

 

Are you going to Scarborought Fair?

Parsley, sage, rosemary and thyme

Remember me to one who lives there

She once was a true love of mine

 

On the side of a hill in the deep forest green

Tracing of sparrow on snow-crested brown

Blankets and bedclothes, the child of the mountain

Sleeps unaware of the clarion call *

 

Je m’arrête. Un silence. Il ne se passe rien. Pas d’effet, pas de brume ou de rafale de givre. Un oiseau s’envole d’une branche.

- C’est bon, m’encourage Pete. Moi, si j’étais un esprit, je serais apaisé, sûr.

- Ok. On rentre. J’ai fait tout ce que t’as dit. Tout le monde est content. Fin de l’histoire.

- Ouais !

Je chasse un vieux doute. On fait la course avec Pete pour rentrer.

(à suivre, partie 3)

* Scarborought Fair/ Simon and Garfunkel (1966)

 Illustr. : Lili

4 commentaires »

  1. CLAUDE dit :

    Bonjour Lili. Vous me donnez l’impression d’une fille dominée : »lâche moi Pete »! et à la fois consentante. la sévère fouettée reçue en classe n’a pas atteint son but! Dieu Merci! Car dans votre cas un châtiment corporel vous traumatiserait.Votre personnalité est trop fragile pour donner du sens à un tel châtiment.Amicalement. CLAUDE.

  2. Lili dit :

    Bonsoir Claude
    J’avoue avoir un peu de mal à comprendre le sens de votre commentaire, ni comment le prendre du coup! Dans ce récit, je conte les aventures d’un jeune garçon, un personnage fictif.
    Pas d’amalgame ou de confusion avec le réel, (ou moi même) on est bien dans le registre du conte,du fantastique même.
    J’écris ce que j’aime lire : des histoires empreintes de morale, souvent de bons sentiments; en ayant en mémoire la littérature jeunesse que je prisais plus jeune.
    Amicalement
    Lili

    • CLAUDE dit :

      Bonjour Lili. De fait, après avoir relu votre récit, je constate que mon commentaire est « à côté de la plaque » ! J’ai confondu les mésaventures de votre personnage fictif avec vous ! De fait, on est bien dans le registre du conte fantastique : « pas d’amalgame ou de confusion avec le réel » donc. De plus vous écrivez ce que vous aimez lire et ces lectures sont empreintes de morale, et souvent de bons sentiments. Avec mes excuses. CLAUDE.

  3. Lili dit :

    Bonjour Claude
    Pas de soucis, si tout est clair désormais ! Je poursuis à la fin des deux récits, c’est peut être plus simple pour centraliser nos échanges :)
    Amicalement,
    Lili

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