La fessée appliquée

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Aventures de Ruben (partie 3 et fin)

Ruben partie 3 début - Al

par Lili

- Pete ? Réponds ! Pete !

Vingt-deux heures trente, le soir de la fête des chaluts. Le village est déserté. Une moitié est déjà en bas, sur la côte, à la ville portuaire, l’autre dort sous des couvertures chaudes. La tête de Pete apparait à la fenêtre de sa chambre. Il baille et se frotte les yeux.

- Rub ?

- On va à la fête. Prends ton vélo. Expédition nocturne.

Mon acolyte se mord les lèvres, se décompose avec la grimace de celui qui sait qu’il fait une grosse bêtise et qui lutte avec son envie de dire oui.

- T’es fou, Rub. On va se faire griller. Ma mère va me tuer.

- J’ai tout prévu. On descend le col à vélo. On le planque. J’ai mis les affaires de mes cousins, personne ne me reconnaitra. Range ta tête sous un bonnet aussi. On reste pas longtemps. Une heure ou deux. On remonte avant les gens.

Pete disparait quelques minutes et revient habillé pour le froid. Il enjambe la balustrade de sa fenêtre comme un espion de bande-dessinée, en plus maladroit. Il tombe sur un tas de neige et court, surexcité, vers le garage de sa maison.

Mon acolyte a un vélo d’enfer. Une sorte de bmx, avec une selle basse, des renforts en mousse, des cale-pieds vissés sur la roue arrière, des pneus tous terrains un peu larges. On grimpe dessus, moi devant, lui debout derrière, les mains sur mes épaules, et c’est parti.

J’ai mis du journal sous mes trois pulls et ma salopette en jean. Pas d’anorak, trop identifiable avec sa couleur vert kiwi et sa tête de mort. Un bonnet rivé jusqu’aux sourcils. Des gants. Incognito, je ne me reconnaitrais pas moi-même.

On s’engage dans le col, j’essaye de répartir le dosage des deux freins à la fois, tout en faisant traîner mes semelles de chaque côté du vélo.  La route est une patinoire, malgré le sel. On roule dans la neige fraîche, sur le bas-côté. Par-delà les pentes du col et les sapins, la côte en contrebas abrite une petite ville portuaire brillante comme une lanterne. Les chalutiers sont parés de fanaux, de guirlandes lumineuses. Les pontons, aussi. On gueule comme des fous en dérapant sur la neige, parce que ça fait franchement peur. La lanterne de fête se rapproche.

Une voiture remonte pleins phares. Aveuglé, je donne un brusque coup de guidon, on déboule dans la pente, droit sur une plaque verglassée, on slalome entre les sapins, avale un lacet et on finit la course dans une congère. Je ne sais pas comment j’ai réussi à maintenir le vélo droit. Pete se sort de la neige en riant, on compte nos abattis, le bmx n’a rien. On reprend la route des cols.

- T’es trop fou, Rub ! claironne Pete sous la lune. Avec toi, tout est comme un dessin animé, mais en mieux !

- Quand tu veux un truc, tu le prends, c’est tout.

Quatre ou cinq kilomètres plus loin, on arrive à la lisière de la ville. De la musique, de partout. Des petits groupes de gens font des farandoles, des jeux d’adresse ou de force. Avec Pete, on pousse le vélo en quête de jeunes de notre âge. Je farfouille mes poches à la recherche d’un peu de monnaie, on s’achète des brochettes de poisson mariné dans de la saumure, c’est tellement bon que j’en pleurerais.

- Chest meilleur quand chest interdit, mâchonne mon acolyte avec les yeux brillants.

Pete regarde partout en mode fureteur, de crainte de croiser un visage connu. A vrai dire, des visages connus, il y’a que ça. Les huit hameaux et villages de l’île se sont donné rendez-vous pour l’occasion. Mais personne ne fait attention à nous. On se réchauffe à un grand feu où brûlent des messages adressés à ceux que la mer n’a pas rendu au fil du temps. J’aperçois Cody et son père qui joignent leurs voix à des chants marins. Je ne m’approche pas, trop risqué. Le père de Cody connaît bien mon oncle et ma tante, les conversations vont vite.

Et puis enfin, un peu en retrait, près des pontons, un groupe de jeunes. Y’a le grand Adrian, quelques troisièmes de notre école, des lycéens aussi, qui sont en internat de l’autre côté du bras de mer. La sœur d’une fille de notre classe. Des amis à eux. Ils ne se mêlent pas à la fête et aux jeux.

- Ruben, Pete ? Qu’est-ce que vous foutez là ? demande Adrian en nous voyant nous rapprocher du groupe discrètement.

- On est venu pour la fête.

- Toi, passe encore. Mais lui là, c’est un gamin. Tu peux rester mais il se barre.

- ça va, Adrian. Tu casses l’ambiance, intervient un plus vieux.

- Je veux pas d’ennuis, moi !

Pete regarde ses bottes. Il essaie de ne pas pleurer. Je l’attrape par sa manche et le tire vers une caisse libre sur les docks. On s’assoit d’autorité autour du feu qui brûle dans une barrique. Une fille embrasse Adrian, il passe à autre chose, il a le regard fiévreux. Des bouteilles de soda tournent entre toutes les mains. Enfin, il y avait du soda dedans, à une époque, là c’était plutôt, à la couleur, des mélanges d’alcools et de je ne sais quoi. L’une d’elle arrive à moi, j’avale une rasade en retenant ma respiration. Le breuvage me décape la gorge, j’essaie de prendre l’air de celui qui a l’habitude. Je déglutis, une deuxième gorgée, je sens descendre la première jusqu’à mes entrailles. Une approbation du groupe, comme une étape initiatique. Je passe la bouteille à Pete, il me regarde en faisant « non » de la tête.

- Dépêche-toi, Pete ; je grogne à voix basse entre mes dents. Si tu fais ton gamin, ils vont se rappeler qu’on est là et nous virer. Tu vas tout faire foirer.

Le petit s’exécute, peine à déglutir, crache à moitié en pleurant. Ça fait rire tout le monde, moi aussi, j’avoue. Les moqueries résonnent. Pete me regarde puis se lève d’un coup, la mine butée. Il attrape la bouteille à deux mains et se la descend comme un soda, à grands traits, sous le regard médusé du groupe. Les rires s’arrêtent, mon acolyte a l’air de tenir le choc, c’est carrément impressionnant. Je me détourne de lui, Adrian et la fille entament une danse endiablée au rythme de la musique que l’on entend au lointain, les autres tapent sur les barils et leurs cuisses. Deux chansons plus loin, les rires reprennent quand mon acolyte s’avance soudain au milieu du groupe pour capter l’attention, lève des yeux confus, essuie sa bouche, lorgne son blouson imbibé d’alcool et peine à rester debout. Il réclame gravement le silence.

- Y’a une poule qui dit à une autre poule…

On attend la suite de la blague mais elle ne vient pas, mon acolyte bute sur chaque mot et reprend du début à chaque fois, sous les éclats railleurs. Je pleure de rire.

- On doit lui filer une autre bouteille, pour avoir la fin de l’histoire ?  s’esclaffe Adrian.

La main de Pete se relâche. Il laisse tomber la bouteille vide et la suit dans sa chute. Nos rires s’arrêtent, tout redevient froid. Chacun se regarde, cherche à se décharger sur l’autre.

- Allez chercher des gens ! intervient une fille, ne restez pas plantés là !

Quelqu’un dégage le col de Pete. Un autre essaie de lui tapoter la joue. Merde, relève-toi, Pete, termine ta blague nulle, on se casse. Adrian et deux autres sont partis en courant vers le centre de la fête, chercher des adultes. Moi, je prends par les docks, vers les pontons, de l’autre côté, en quatrième vitesse.

Je supporte pas. La culpabilité, je peux pas. Ça me rend fou, ça m’étouffe. Ça me donne envie de faire n’importe quoi, juste pour effacer la faute d’avant dans ma tête. Comme si elle prenait la priorité, dessus, je sais pas.

Je cours comme un dératé le long des docks déserts. Les bateaux tanguent mollement avec leurs lanternes de fête. Un instant, je fais volte-face pour m’assurer de ne pas être suivi. Non, personne. Au lointain, on fait vomir Pete qui a repris conscience. Quand je me retourne pour continuer la course, je percute rudement le Renard qui me barre la route.

- Où courez-vous, enfant ? demande-t-il avec une voix sans colère. Où fuyez-vous ?

Il essaie d’attraper mon épaule. J’esquive. Pas ce soir, clairement. Je me décale, passe sur le côté, balance mon poids sur une jambe, resaute de l’autre, comme un zig-zag. Je le prends de vitesse et je trace. J’arrive à la fin de la jetée, les eaux sombres de la baie battent contre la pierre. Il n’y a pas de voie de fuite. Un tout petit chalutier éclairé par une guirlande est à portée de saut. Je prends mon élan et atterrit parmi les filets. Je me love dans un coin, entre une caisse et un tonneau, comme si, en ne voyant plus rien, j’étais caché du reste du monde.

- Sortez de votre cachette, enfant. Je vois à votre mine, vous le savez déjà, votre conduite indigne, ce soir, ne mérite pas de débat.  Levez le nez vers le ciel. Les étoiles de cette nuit m’inspirent une leçon particulière. En pareilles circonstances, qu’aurait fait votre grand-mère ?

Je me sens relevé par les bretelles de ma salopette. Le Renard s’est assis sur une caisse. Il me fait pivoter à demi de sorte de capter mon regard un instant, puis, un quart de tour, encore. Sa main gauche attrape les bretelles et le revers du pantalon juste au-dessus de mon arrière-train et me soulève légèrement. Je me sens comme un chaton qu’on saisit par le cou. Ma résistance cède. Mes bras tombent, je commence à pleurer, la tête rentrée dans les épaules.

- Vous n’avez pas le droit. Pas ça. Vous n’avez pas le droit de parler de ma grand-mère.

- Je le prends, répond le Renard. S’il faut toucher votre mémoire et l’invoquer un instant, alors je vous punirai comme elle le faisait lorsque vous étiez tout enfant.

Je baisse les yeux vers mes bottes, en redoutant la suite.

- Vous avez bravé un interdit et désobéi à votre oncle.

Une tape sèche qui remonte, à la jonction des cuisses et des fesses. Je tressaute.

- Vous vous êtes mis en danger.

Le Renard lève un peu plus les bretelles. La toile se tend, mes semelles se décollent comme pour accompagner le geste. Au nouveau choc, je ferme les yeux.

- Vous avez entraîné avec vous un ami plus jeune.

Une autre claque, encore. Ça ne fait même pas mal, avec l’épaisseur du jean, mais je pleure à gros sanglots.

- Vous avez ri à ses dépens, vous ne l’avez pas protégé quand il était en pleine détresse.

Les mots résonnent dans ma tête comme si la claque qui les accompagne les faisait rentrer de force.

Le Renard s’est tu. Il me bascule sur ses genoux et continue la fessée, lentement. Je revois les images de ma grand-mère, rouge de colère, quand je lui tenais tête, me poursuivre en brandissant un torchon et le faire claquer sur mes cuisses, sans aucun effet sinon la surprise, la vexation et le bruit. Et la menace de passer aux choses sérieuses. M’attraper illico par le revers du pantalon et me tancer, debout, de la même façon, les fois où j’avais foutu un coup de pied à un chat, menti pour une bêtise, tapé un scandale dans une boulangerie et bien d’autres occasions. Je courais vite. Plus vite qu’elle. Mais ça se finissait toujours par un passage sur ses genoux.

Le chalutier tangue, les lanternes s’entrechoquent, les feux de la ville vacillent, tout bouge et participe à ma confusion. Je perds la mesure du temps. Lorsque le Renard me redresse sur mes jambes, je cache mon visage dans mes bras comme un petit pris en faute.

- Vous avez le droit de faire des erreurs, enfant. C’est un trait bien humain, le propre de l’enfance. Il vous revient d’apprendre d’elles, d’en tirer des enseignements. Songez à tout ce qui vous a fait grandir, les messages qui vous ont élevé, l’amour qui a séché vos larmes. Et fort de tout cela, cessez de fuir, retournez-vous.

- Ma grand-mère… elle peut venir, elle peut parler ?

- Non, je n’ai pas ce pouvoir, enfant. Mais adressez vos vœux et vos messages au vent. Il trouvera le chemin, comme votre chant, dans la forêt, m’est parvenu. J’apprécie l’intention et dois vous remercier. Mes oreilles n’avaient… jamais connu de telles sonorités. Allez, filez, maintenant, les étoiles médisent. Il se murmure que je vous ai un peu trop ménagé.

Je me hisse sur les docks à l’aide d’une échelle de corde. Le chalutier est vide, quand je me retourne. Je reviens à pas de crabe vers les lueurs de la ville. On me cherche. Les grands se font passer un savon. Pete dort dans les bras du père de Cody. Je louvoie dans les ombres. J’entends le grincement de la voiture utilitaire de mon oncle, il descend fou de colère et d’inquiétude. Il lui faut peu de temps pour saisir la globalité de la situation. Je sors d’une cachette et apparait comme une surprise au pire moment possible. Il me voit fringué comme ses propres fils et ça lui fait, genre, un air de déjà-vu, retour dix ans en arrière.

- Monte dans la voiture, on s’expliquera à la maison, toi et moi, gronde-t-il en m’y invitant d’une bourrade sur l’épaule.

Autour de nous, les gens rigolent. Ma tête penaude, une peur fugace dans mes yeux, la façon dont je saute dans la voiture pour me cacher de tout le monde. Cody a l’air de compatir et me fait un au revoir de la main en grimaçant. Son père installe Pete sur la banquette du milieu, à l’avant du véhicule.

- Allez, Eric, ne sois pas trop dur avec le petit, on l’a tous fait. Toi le premier.

- C’est trois ans trop tôt, grogne mon oncle en chargeant le vélo à l’arrière.

- T’as cru que tu étais tiré d’affaires quand tes gamins se sont barrés de chez toi, et là, tu rempiles, mon vieux, plaisante un autre.

- J’en peux plus de ce gosse ! s’emporte mon oncle à la cantonade. Il est là depuis un mois. Il tire la gueule tout le temps. Tu peux rien lui dire, il se braque !

Éric grimpe à son tour dans la voiture et démarre. Le retour est glacial sur la route des cols. Au village, la mère de Pete attend sur le seuil de sa maison, je m’enfonce au plus profond de mon siège. Les deux se passent mon acolyte de bras en bras. J’entends mon oncle s’excuser platement et ça me peine qu’il le fasse. On arrive à la maison vers minuit ou une heure du matin, je ne sais pas. Ma tante Adela soupire de soulagement, un téléphone en main. Ils ont un bref échange de regard, un instant de connivence. Quelques marches plus haut, mon oncle me pousse dans ma chambre, ferme la porte et m’attrape par le bras.

- Celle-là, je crois que tu l’as appelée, gronde mon oncle en s’asseyant sur mon lit. Et je peux te dire que ma main me démangeait depuis un moment.

Ruben partie 3 retour - Al

Une bretelle saute. L’autre. Ma salopette un peu ample tombe sur mes chevilles. Le journal coincé sous mes pulls, par terre. Avant que je ne réalise que mon oncle est en train de me déculotter pour une fessée des grandes occasions, je me retrouve couché sur ses genoux. Éric me maintient d’un bras, le haut du torse collé contre mon lit, et abat une fessée crépitante de l’autre, avec la force de l’habitude. Rapidement, mes fesses et mes cuisses s’embrasent, je sanglote tout ce que je peux, sans aucune retenue. Un temps mort, la fessée reprend. Mon oncle appuie une dizaine de claques retentissantes en guise de conclusion et s’arrête.

- Ecoute-moi bien, Ruben, dit-il en cherchant un peu ses mots. Tu peux faire toutes les conneries que tu veux. C’est chez toi, ici, maintenant. Et tes bêtises n’y changeront rien. Mais je peux te dire que ça va chauffer pour toi si tu dépasses les bornes.

Je crois que j’ai secoué le menton en guise d’assentiment. Message bien reçu. Je remonte mon slip et ma salopette, je déteste ces vieux trucs, je m’emmêle avec les bretelles, ça fait un paquet de vêtement informe au niveau de la taille. Mon oncle sourit, mais pas méchamment. A me voir sangloter comme ça, si vite, il doit se demander s’il n’y est pas allé un peu fort, pour une reprise.

- Au lit, petit. Il est tard. Finies les aventures pour ce soir. A-t-on idée à ton âge, un coup pareil ?

Le lendemain il a fallu passer voir Pete. Et sa mère. Bon, mon acolyte, il ne disait rien. Il avait la tête de celui pour qui le petit-déjeuner a été aussi amer que la fin de soirée pour moi, hier. On s’envoie des signaux, il a une tête contrite. Il se cache derrière sa mère.

- Je… C’est mon oncle et ma tante qui m’envoient, je… suis désolé d’avoir emmené votre fils avec moi et le reste.

- Ruben, me dit notre voisine, Pete m’a tout raconté, ce matin. Qu’il y avait des problèmes avec des camarades, qu’on lui volait ses affaires, que tu l’as défendu. Je n’en savais rien. Je vais régler cela avec votre école. Ça vaut pour cette fois. Mais si tu remets mon fils en danger et qu’il est assez bête pour te suivre, je lui interdirai de te fréquenter, c’est bien clair ?

- Oui.

L’idée de perdre mon copain me fait une sacrée secousse. En fait, l’éventualité ne m’était même pas venue à l’esprit. Depuis mon premier jour d’école, mon acolyte s’est tenu dans mon dos. Sa place normale.  Toujours rieur, toujours solaire. À se demander qui protège qui.

Au village, tout le monde parle de nos prouesses, à Pete et moi, de notre déconvenue et on a les oreilles qui chauffent. Heureusement, une nouvelle extraordinaire en emporte une autre. Deux jours plus tard, le naufrage d’un ferry au large des côtes et des difficultés d’approvisionnement, nous ont remplacé dans les conversations.

J’ai séché l’école, le lundi matin suivant, tout seul, cette fois-ci. Je me suis rendu, en luge, dans un village proche, vers les hauteurs, après une enquête digne d’un héros de bande-dessinée. Trouver la bonne maison, celle qui a des rideaux bleu ciel, une toiture d’ardoise. Deux croisements sur la droite en suivant la route principale, après la borne de poste, selon mes sources. Faire les cent pas, caché dans les sapins alentours. Rassembler le peu de courage qu’il me reste. Frapper à la porte.

- C’est pour quoi ? demande une vieille dame en ouvrant.

Je passe par toutes les couleurs.

- Je viens voir monsieur Duriss. Est-ce qu’il est là ?

- Oui, répond la vieille dame, dans le salon. Ian ? Il y a un petit jeune homme qui veut te voir.

Elle s’écarte, m’invite à entrer. Je traverse un couloir avec des photos de famille, des visages sur du papier jauni, un banc avec des cases pour ranger les chaussures, un chien qui bouge, affreux, en résine. Dans le salon qui donne sur la vallée, le vieux Durite se repose dans un fauteuil, une couverture sur les genoux, un journal à la main. Ça me fait un décalage terrible, entre le grand-père fatigué et le prof passionné d’histoire. C’est presque irréel. Je m’approche, il me regarde, il a très bien compris à ma tête de quoi on parle, avant même que je ne dise quoi que ce soit. Je fais un pas de plus, jusqu’à pouvoir le toucher. Il tend la main vers moi doucement, comme pour me dire de me taire, de faire le silence, et ça me fait craquer. Je fonds en larmes, je prends sa main, je la serre en sanglotant, j’articule un « je vous demande pardon » presque inintelligible.

- Vous êtes un idiot, Ruben, gronde gentiment le vieux Durite visiblement touché. Un idiot maladroit. Vous me prêtez une épaule ? Je vous ramène à l’école où vous devriez vous trouver ? 

On a fait la route en voiture et la suite est navrante. Bon, tout le monde a été heureux de me voir ramener le vieux Durite, pas l’inverse. Et je dois avouer que j’étais bien content de me cacher derrière lui dans le bureau de la directrice. L’école a pris des sanctions. J’ai été renvoyé trois jours. Mon oncle et ma tante ont été convoqué. La suite logique. Les trois jours, on m’a refilé à monsieur Hans pour déneiger toutes les allées et les accès de l’école, y compris ceux qu’on n’utilise pas. On a décapé la porte de la salle d’histoire-géo, on a remis un coup de peinture et de vernis. J’ai tout fait pour qu’on n’ait rien à redire. Et au quatrième matin, la vie à l’école a repris son cours normalement, ou presque. Le lundi suivant, Pete va peut-être avoir son hamburger triple. Le vieux Durite est revenu et il attaque par un contrôle d’histoire.

A l’approche de la fin de l’hiver, un soir, ma tante et moi on regarde une émission après le repas, enroulés dans une grosse couverture. Tout d’un coup, comme ça, elle prend la télécommande et éteint pendant les pubs. Je grogne un peu, par principe.

- On avait dit jusqu’à la fin !

- Je voulais te parler, Ruben, hésite-t-elle. Voilà, j’ai voulu comprendre. Te voir malheureux, agressif, t’entendre pleurer la nuit, je ne savais plus quoi faire. J’avais le souvenir d’un petit garçon turbulent et joyeux. Je ne te reconnaissais pas.  J’ai appelé toute la famille, j’ai essayé de retracer ces derniers mois, ne m’en veux pas.

- Je vois pas de quoi tu parles, Adela. Ça va mieux, là.

- La sœur d’Eric m’a raconté. Ce qu’elle t’a dit, juste avant l’enterrement de ta grand-mère. Ce n’est pas vrai, Ruben. C’est faux. Personne ne peut t’accuser de ça. Je t’en prie, crois-moi. Les adultes aussi font des erreurs. Parfois, la peine et le chagrin font faire n’importe quoi, t’en prendre à tout ce qui passe pour essayer de soulager la douleur.

Je la regarde, un peu choqué, incapable de parler.

- Elle t’a trouvé, caché pour éviter l’enterrement, tout le monde te cherchait partout, la cérémonie prenait du retard, continue ma tante avec difficulté. Elle t’a dit « Encore à pleurer ? Tu ne vois pas que tu l’as crevée d’épuisement à pleurnicher, tout le temps dans ses jupes ? ». Des mots terribles. Injustes. Elle les regrette. Ce n’est pas ta faute, Ruben. Tu as éclairé la vie de ta grand-mère, elle t’adorait.

Je l’ai laissée me prendre dans ses bras et me serrer contre elle. J’ai blotti ma tête dans son cou et on est resté longtemps, devant le poste éteint, sans bouger. Elle a une odeur d’amande. C’est resté entre elle et moi, on n’en a pas reparlé, mais quand je me suis réveillé dans mon lit, le matin suivant, j’étais un peu plus léger.

En bas, il y a les bruits des bols contre la table, le poste de radio en fond. La cuisine est pile en dessous. Je me glisse, pieds nus, au bas du lit, le parquet grince un peu. A pas de loup, vraiment discrètement, j’ai défait mes trois sacs de voyage, j’ai rangé les affaires pêle-mêle dans l’armoire de ma chambre et puis j’ai sauté dans l’escalier, prendre un petit-déjeuner.

Avec Pete, on a commencé à construire une méga-luge en secret, enfin, ce n’est un secret pour personne, mais on fait tout comme. Une terrible, avec une sorte d’essieu et un guidon, capable de tenir les pentes d’enfer de l’île, notre poids, mon sens du pilotage. Pete choisit le nom. Moi, la couleur de la peinture. Vert kiwi.

Halley m’apprend à jouer de la guitare, parfois, le soir, à l’étude. Mais en fait, la guitare, je m’en fous. Mais elle n’en sait rien.

Cody s’est trouvé un petit boulot en dehors de l’école, il fait des courses dans les villages et les hameaux de l’île, on le voit moins, mais il ramène des tas de nouvelles fraîches.

Aux derniers jours de l’hiver, comme un sursaut, j’ai pris le chemin de la forêt, en courant. Le vieux cimetière est couvert de neige où s’entrecroisent des traces de bestioles. Ça luit de partout, ça goutte un peu aux branches. Petit soleil. Personne. Tout est paisible, silencieux. Je ramasse un bout de bois et gueule.

- Montrez-vous, maintenant !

- Allons, enfant, ne savez-vous toujours pas saluer gentiment ? demande une voix venue des branches d’un sapin.

- Ce qui a commencé par l’épée doit se terminer par l’épée ? Je tente, le ton dramatique, une grimace espiègle.

- Ce n’est pas tout à fait cela, mais j’en conçois le sens, s’amuse le Renard en sautant de sa branche et en ramassant une arme de fortune. En garde, enfant, pensez à vos jambes. Elles vous soutiennent, les malheureuses, et raide comme vous êtes, vous n’allez brasser que du vent. La main déliée, le poignet souple ! Soyez un souffle, enrobez, décalez, glissez, sans heurt. Dispensez vos forces, à l’impact seulement !

On échange, on danse, les épées de bois s’entrechoquent avec des sons joyeux. Je me prends au jeu, je tente des feintes terribles, une grande gerbe de neige pour aveugler, suivi d’un coup d’estoc. Le Renard se dérobe en riant, riposte. Les oiseaux s’envolent, le calme est foutu.

- Vous regardez là où votre frappe, l’instant suivant, se porte, enfant.  Vous êtes si prévisible qu’il…

Une ouverture, un tout petit instant, je lâche ma branche et j’enserre sa taille de toutes mes forces. Le Renard reste interdit et muet. Il n’a rien à dire, pour une fois. Ça le désarme, il abandonne son épée de bois et il passe sa main dans mes cheveux.

- Vous n’avez plus besoin de moi, enfant. Votre serviteur se retire au repos dont vous l’avez tiré. Je ne suis pas contre quelques offrandes, des noix, du pain. Guettez les premiers flocons, qui sait ?

Le Renard disparait et il se met à neiger, je remonte la capuche de mon anorak.

Et j’ai repris le chemin de la maison, là où les frontières de la forêt et du monde des hommes se confondent.

Et puis, comme ça, subitement, d’un coup ! Le printemps est venu.

 Fin

Illustr. : Lili

14 commentaires »

  1. CLAUDE dit :

    Bonjour Lili. Le caractère faible que vous décrivez vous met sous la coupe de vos lâches compagnons, prétendument virils !Et pourtant ils vous fascinent! Voilà bien un comportement immature typique de l’adolescence. Je ne suis pas convaincu que la « fessée des grandes occasion » ait servi à vous aider. Certes, sur le plan disciplinaire, elle s’imposait. mais je pense qu’il faut toujours tenir compte de la psychologie d’un adolescent avant de lui infliger un châtiment corporel. Dans votre cas, il me laisse sceptique ! Toutefois, je suis heureux de lire sous votre plume « le printemps est venu ». Très chaleureusement. CLAUDE.

    • Lili dit :

      Bonjour Claude, à nouveau !
      Je prends la suite de mon précédent commentaire !
      Dans les aventures de « Ruben », j’ai voulu parler, d’une certaine façon de la culpabilité, du deuil, de l’adaptation à un univers nouveau.
      Très basiquement, le petit héros un peu lâche que j’ai imaginé, a peur de tisser des liens, de s’attacher, par crainte de la perte. Ainsi, sa violence, sa façon de rentrer en contact très brutale, est une façon de provoquer le rejet, de montrer le pire, comme pour dire à son entourage : « et ainsi, sous ces abords les plus sombres, m’accepterez-vous quand même ? ». J’imagine que la violence dont il fait preuve n’est pas vraiment dirigée, elle est plus l’expression de sa détresse.
      Au fil du récit, tel que je me l’imagine (mais je peux me tromper, la clarté n’est pas toujours mon fort, surtout quand il s’agit de parler de sentiments humains !), les apparences tombent, laissant voir dans le fond, l’enfant apeuré et malheureux dessous l’armure.
      Dans le cas précis de l’intervention de son oncle à la fin du 3ème récit, elle est presque, de mon point de vue, la concrétisation d’un retour à la normale. On oublie les aléas du personnage, son arrivée dans un environnement nouveau qui sert d’excuse, ses problématiques autres, c’est juste un événement presque banal qui sanctionne une désobéissance directe (son oncle lui interdit de se rendre à la fête dans la 2ème partie). Et qui, d’une certaine façon, entérine le rôle d’autorité qu’endosse le nouvel entourage. Adaptation des deux côtés.
      Je suis entièrement d’accord avec vous. Administrer un châtiment corporel n’est pas anodin. Celui qui y recourt devrait prendre en compte à la fois le contexte, le message qu’il veut délivrer, le sens, la psychologie de l’enfant/ado.
      A bientôt,
      Amicalement,
      Lili

  2. CLAUDE dit :

    Bonjour Lili. Je suis heureux que nous ayons la même approche des châtiments corporels. Mais le plus important pour moi est votre analyse, une fois de plus remarquable de la personnalité de votre héros ainsi que de l’environnement dans lequel il se trouve brutalement plongé. Et là c’est bien sombre : culpabilité deuil… Pourquoi cette culpabilité ? Souvent les victimes retournent contre elles les injustices qu’elles subissent. La psychologie est une science qui a toujours inspiré en moi retenue et questionnement. Questionnement car chaque individu est unique et il n’est pas évident qu’un tiers, même dûment formé, puisse éclairer de sa science les ténèbres des inconscients plongés dans une sourde douleur. Douleur elle-même refoulée et en conséquence source de culpabilité ! Votre héros se sent lâche, alors même qu’il est surtout confronté à de profondes douleurs morales. Encore un paradoxe ! Et c’est par la violence qu’i exprime sa détresses. Quelle souffrance ! Décidément Lili, vous ne « ménagez » pas vos héros ! J’ose espérer que vous n’êtes pas à leur image. Si c’est le cas, vous méritez beaucoup d’affection. Mais c’est peut-être cette affection qui vous a manquée au moment crucial de l’adolescence. Ce qui me fait émettre cette hypothèse c’est précisément l’omniprésence de la violence dans tous vos récits. Dieu merci, in fine vous avez rencontré la lumière d’une affection que vous n’attendiez plus !

    • Lili dit :

      Re bonjour Claude !
      J’ai l’impression de sauter de commentaire en commentaire ! Alors oui, moi aussi, j’ai une défiance farouche et beaucoup de questionnement vis-à-vis de la psychologie. Je n’ai pas de notion dans le domaine, alors je fais gaffe et j’essaie, autant que possible, de ne pas tomber dans quelque chose de l’ordre de la « psychologie de comptoir ».
      Ma solution, c’est de partir du réel pour créer la personnalité de mes personnages. Soit de ma propre histoire, auquel cas, c’est presque facile ! Je convoque de vieux souvenirs et je les transforme. Soit de l’observation que j’ai pu faire, ces dernières années, sur la jeunesse, les gamins que j’ai pu rencontrer.
      J’aime bien, comme vous le dites, ne pas ménager mes héros ! Pour les aventures de « Lili », comme de « Ruben », les situations initiales sont des impasses. Il faut trouver des solutions, des chemins différents, accepter de vivre, se relever, et ça passe par des épreuves, parfois brutales, comme dans la vie.
      Alors je vous rassure, je n’ai pas eu la vie la plus calme du monde (sinon, je n’aurais pas grand-chose à raconter !), mais aujourd’hui, elle est farfelue et colorée.
      Amicalement,
      Lili

      • CLAUDE dit :

        Bonjour Lili. Ce vers célèbre du poète Paul Valéry dans le « cimetière marin: »Le vent se lève, il faut tenter de vivre »,s’applique bien , à mes yeux au parcours sentimental de votre héros. C’est une interprétation personnelle que peut-être vous ne partagerez pas: ne suis je pas, à mon tour en train de faire ce que, non sans humour, vous qualifiez de « psychologie de comptoir »? J’ai tendance à voir dans la »défiance farouche » de vos personnages une forme de « catharsis »,ou plus simplement de « dépassement » de certaines souffrances refoulées de son auteur.De son « autrice »pour suivre le canon féministe! Vous partez du réel pour créer vos personnages, c’est ce qui donne à votre récit une extraordinaire vérité ainsi qu’une puissance émotionnelle inégalée à mes yeux. C’est du moins ainsi que je le ressens; avec ma propre psychologie qui, elle aussi, a été quelque peu »tarabustée » par la vie…Des « impasses » quel adolescent n’en a pas connu ? Et si, comme vous le dites vous ne « ménagez pas vos héros »n’est ce pas une façon de vous défouler? De régler quelques comptes avec une adolescence qui a peut-être été aussi ingrate pour vous que pour ces personnages fictifs ? Mais en toute chose il faut considérer la fin, et celle de votre récit est lumineuse:si vous n’avez pas eu la vie: »la plus calme du monde », du moins la vôtre, la vraie, est aujourd’hui: »farfelue et colorée »! Je suis curieux de savoir, si vous y consentez, en quoi votre vie est farfelue. Et si elle est: »colorée », puisse cette couleur être celle de votre fleur préférée:celle de l’ Amour! Très chaleureusement. CLAUDE.

        • Lili dit :

          Bonjour Claude,
          J’aime bien votre citation « Le vent se lève, il faut tenter de vivre ».Je la trouve particulièrement à propos pour l’histoire de Ruben. Elle m’évoque ce choix de la vie qui l’emporte, finalement, sur tout le reste.
          Le côté cathartique de l’écriture, oui, j’en suis convaincue. Vous disiez que la violence est un peu le « fil rouge » de mes écrits, j’en conviens mais dans une logique de transformation. Comment prendre un sujet difficile et en tirer quelque chose de positif, des issues ? Dans les « aventures de Lili », en pointillés, je parle du harcèlement scolaire, par exemple. C’est un sujet terrible, la cause de bien des ravages, très dur pour moi à aborder de façon directe. Mais finalement, raconté en arrière-plan, ainsi, avec un choix de la petite héroïne à la fin de sortir du silence et aller vers le dialogue, c’est une transformation.
          Ensuite, il a ce côté (en tout cas pour moi et les lectures qui m’ont accompagnée) où les héros fictifs vivent à notre place, pour nous, de grandes épreuves et que la résolution qu’ils trouvent en les dépassant, indirectement, profite à celui qui s’y identifie.
          En lisant les récits de ce blog, j’ai apprécié principalement la façon dont des thèmes universels sont évoqués çà et là : affection, tendresse, liens, passage à l’âge adulte, peurs enfantines, culpabilité et pardon, entres autres. J’ai essayé, autant que possible, d’écrire quelque chose qui vienne faire résonner un peu de tout cela.
          Alors je n’ai pas l’impression de me défouler sur mes petits personnages, au contraire ! Vous m’avez fait rire ! Je leur trouve mille excuses, je ris toute seule en décrivant leurs frasques, je joue à voix haute leurs dialogues ! Et quand je relate un châtiment corporel, comme ceux qui jalonnent le fil de l’histoire, je me pose mille questions sur la portée, l’adéquation de la punition au moment où elle survient ou son sens.
          Pourquoi ma vie est « farfelue » ? Humm… Parce que je m’amuse beaucoup. J’oscille entre plusieurs mondes avec la création, les arts vivants, l’image. Désormais, j’écris et je diffuse sur le site mes récits, c’est nouveau pour moi, avant mes textes s’entassaient dans des tiroirs, je n’aurais jamais imaginé les partager. Je vis dans un endroit incongru, un peu hors du temps, entourée de bien des fleurs colorées, comme vous le dites si joliment !
          Amicalement,
          Lili

          • CLAUDE dit :

            Bonjour Lili,
            Si je vous ai fait rire, j’en suis heureux. Le rire, comme les larmes d’ailleurs, est la marque la plus puissante des émotions. Et d’émotions, fussent-elles celles de vos héros imaginaires, votre récit en foisonne. C’est pour cela que je ne suis pas surpris de deux convergences entre nous :1) le vers fameux de Paul Valéry, 2) le côté cathartique de vos récits. Il est par ailleurs exact que la violence qui est présente dans vos textes débouche sur du positif. Et tout comme vous, c’est pourquoi, j’apprécie ce Blog où tant d’entre nous font partager leurs expériences ou leur fantasmes aux lecteurs, bienveillants, (du moins pour la plupart !). Cependant, LILI, je vous dois un aveu : quand pourrons nous enfin lire du début sa fin, -(celle-ci fût-elle provisoire ?)-ce brillant « roman » ? Un lecteur frustré qui attend avec émotion, ce jour béni où il pourra enfin connaître la couleur de votre fleur préférée ! CLAUDE.

  3. Anne-Sophie dit :

    Bonjour Lili,
    Merci de ce conte magnifique, mystique et très émouvant dans le fond, où nous voyons un enfant à la dérive, pris dans ses propres souffrances et incompréhension, exaspérant les siens par son comportement rebelle qui traduit une fragilité causée, par une perte de repères.
    Le Renard a su appuyer là où ça fait mal… en évoquant sa grand-mère… apparemment la seule référence affective… Car on ne parle pas de ses parents… A t’il été abandonné ? Est-il le seul rescapé d’un accident ? Sa seule référence parentale, affective était sa grand-mère qui savait autant lui donner de l’amour et autorité, comme tout parent le fait.
    Le renard le prend sous son aile, avec tout ce que cela comprend, en le faisant réfléchir, l’interpellant sur ses erreurs et le châtiant comme l’aurait fait sa grand-mère… La fessée du Renard s’avérant plus psychologique que physique, lui rappelant sa grand-mère et comment elle aurait agi et ce qu’il a appris d’elle… il aura eu une autorité morale.
    La fessée de son Oncle est tout aussi symbolique… mais dans une autre dimension… Son oncle dépassé par ce gamin faisant la gueule et se braquant (selon ses propres termes), se fâche pour de bon, cette fois-ci après cette monumentale bêtise, de ce fait, il lui parle et le corrige comme si c’était son propre gamin, d’une fessée des grandes occasions… Preuve qu’il a une certaine responsabilité mais aussi et surtout une certaine affection, envers l’enfant… il aura une autorité paternelle.
    Au final, qu’on soit en accord ou pas avec les châtiments corporels, ce n’est pas tant la question ici, mais plutôt la signification… D’ailleurs, le lendemain, l’enfant va s’excuser auprès de la famille de Pete, et auprès de Mr Duriss…
    Sa tante, lui avoue les malheureuses paroles de la sœur d’Eric, les erreurs que peuvent faire les adultes… font froid dans le dos, car très culpabilisant et destructrice pour un enfant. Elle a été attentive à son mal être (agressivité, pleurs la nuit) et a fait son enquête. Elle a su lui expliquer la souffrance de la perte, du deuil, entraînant ses paroles malheureuses et surtout, qu’il n’y était pour rien dans le mort de sa grand-mère. Elle a eu un rôle Maternel.
    Ruben, le lendemain, se sent mieux et déplie ses valises… hautement symbolique, sur le fait qu’il se sent accepté dans cette nouvelle Famille… et fabriquant une luge avec Pete… où on voit qu’il reprend sa place d’enfant…
    Derrière son caractère de dur, de rebelle, sans émotion, se cachait une fragilité, une culpabilité, ne voulant pas « s’attacher » par peur de la « séparation », comme il a eu à vivre avec la mort de sa grand-mère, se cachait une grande souffrance.
    Enfin, une tante, une cousine, une nounou peut câliner, consoler un enfant mais, la Sanction physique, notamment par une fessée, peut concerner que son propre enfant ou alors et c’est le cas échéant, un gamin que l’on considère comme son propre enfant… Si par pudeur les choses n’ont jamais été posé avec des mots, par cette fessée, Éric asseoir son autorité, mais surtout derrière ça, qu’il se sent responsable de Ruben, comme un papa…
    Nous voyons l’évolution de chaque personnage et que chacun reprend sa place… oncle et tante, en tant que parents et Ruben, reprendre sa place d’enfant
    Lili, vous avez de l’or dans les doigts, vous avez su nous faire passer tellement d’émotions… fortes. Merci de votre magnifique Récit.
    Anne-Sophie.

    • Lili dit :

      Bonjour Anne-Sophie
      J’ai été, une fois de plus, très émue à la lecture de votre retour, et je vous remercie. J’ai eu l’impression que vous me racontiez cette histoire et ça m’a fait bizarre de la lire différemment, sous votre angle, très juste et sensible par ailleurs. Les petits symboles planqués, les rôles de chacun… que dire, sinon que votre vision rejoint la mienne ?
      Dans ma vision, le Renard se pose en « barrage », à la violence que déverse Ruben dès le départ. C’est très frontal, presque en réaction (symboliquement, la scène du combat lors de la rencontre : un coup porté, un coup reçu, comme un retour de force). Dès lors, cela oblige le petit héros à trouver des solutions autres : introspection, débuts de dialogue, tentative d’apaisement avec la scène du cimetière. La suite devient possible. Et oui, la fessée du Renard dans la partie 3 est symbolique… un rappel à la mémoire corporelle, peut-être, aussi ?
      Quant à l’oncle, il lui dit, dans le fond, ce que le gamin a besoin d’entendre. Qu’il est accepté dans son entièreté, y compris ses imperfections, son sale caractère. Il peut s’épuiser à faire toutes les bêtises qui lui passent par la tête, cela ne remettra pas en question l’affection que son oncle a pour lui.
      Je me suis beaucoup amusée à écrire cette histoire, même si elle n’est pas particulièrement gaie ! Je crois que c’est Marco qui avait noté, dans un commentaire sur « les aventures de Lili », « Ah, ce Corbeau, plus fort que le Renard de la fable ! ». Et je me suis dit, à l’instant même : « Ok ! Prochain récit, je fais un Renard ! »
      Et ce Renard, il ressemble aux personnages grandiloquents, à l’aspect théâtral, que je pouvais m’inventer enfant, tout droit inspirés de mes lectures. Alors j’ai pris un héros le plus antipathique du monde, agaçant à souhait mais aussi malheureux et triste, et je lui ai, d’une certaine façon, prêté une figure d’autrefois. ;)
      Au plaisir de vous recroiser,
      Lili

  4. CLAUDE dit :

    Bonsoir Anne Sophie. Votre commentaire lucide et chaleureux résume parfaitement le r&cit de Lili.. Avec toutes les émotions, souvent plus nég

  5. Marco dit :

    Bonjour ou bonsoir à tous et à Lili son auteur.
    Quel roman fantastique !
    (Je reviens sur le blog après des mois d’absence.) Certes il y a les éléments propres à ce blog, mais comme ils sont surnaturels, à part la punition du tonton, et cependant tous bien ressentis, cela rappelle aussi Fantasia (le dessin animé de Walt Disney ) et ses balais magiques ou la verge qui s’agite seule en l’air dans je ne sais plus lequel des épisodes d’Harry Potter.
    Bravo à Lili.

    • Lili dit :

      Bonjour Marco
      Ravie de te revoir sur le site! J’ai été moi aussi absente quelque temps, mais je suis avec plaisir les récits et interventions des contributeurs du blog ;) que je salue au passage !
      Merci pour ce petit message, contente que ce récit un peu surnaturel t’ait plu. Je prépare une troisième histoire qui avance… doucement!
      Je revois parfaitement, des années après, la scène de Fantasia avec l’apprenti sorcier ! Et je la revisionnerais volontiers ! Magique !
      A bientôt, amicalement
      Lili

  6. CLAUDE dit :

    Bonjour Lili. c’est avec plaisir et émotion que je viens de parcourir une nouvelle fois votre récit,ou plutôt votre roman. Vous avez une belle plume ! Un sacré caractère aussi !
    Vos dernière lignes me rappellent par leur fraîcheur printanière Werther : »Pourquoi me réveiller au souffle du printemps »? Bien chaleureusement. CLAUDE.

    • Lili dit :

      Bonsoir Claude
      Merci pour votre petit mot! Quelques préoccupations m’ont tenue éloignée du blog un moment mais je travaille désormais sur une nouvelle histoire. J’ai pensé à vous en écrivant les premiéres pages (et à nos échanges!): il s’agit de quelque chose de plutôt joyeux, loin des thèmes parfois un peu sombres que j’ai pu aborder dans les deux premiers récits.
      Une nouvelle histoire sur les amitiés d’enfance, où les châtiments corporels qui sanctionnent les bétises font partie du même lot que les jeux, les disputes, les goûters, les petites peines ou les éclats de rire, bref le quotidien, une vie d’enfant.
      Il me tarde d’échanger avec vous sur le sujet!
      Amicalement
      Lili

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