La fessée appliquée

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Bonne Maman (mais pas toujours)

Peti Luke

par Fred44

Ma grand-mère, dans les premiers souvenirs que j’ai d’elle, était une personne de petite taille, de silhouette arrondie, vêtue de noir, portant les cheveux bien tirés sur la nuque et des lunettes rondes, cerclées de fer. Elle montrait beaucoup d’affection pour ses petits-enfants mais, pour le reste, menait son monde avec beaucoup de fermeté. En permanence, elle savait où elle allait et ne se laissait jamais détourner de ses objectifs.

Sa vie active était partagée entre la cuisine – ma tante se chargeant du ménage – et d’interminables discussions avec sa fille, examinant et portant des jugements sur les personnes infortunées qui venaient se promener sous leurs fenêtres. Mon grand-père, pendant ce temps, portait toute son attention sur la radio et les communications hertziennes qui avaient pris une large part dans son activité professionnelle avant son départ à la retraite au cours des années 20. C’était des gens heureux, sans histoires comme sans besoins, ils avaient toujours vécu dans la simplicité.

Ils vivaient à la campagne dans une maison que je trouvais immense, entourée d’un vaste jardin – toujours à mon échelle. Lorsque nous étions reçus, notre aire de jeux se limitait à la cour pavée servant de lieu de réception et une allée de tilleuls qui bordait d’une part l’accueil et de l’autre le jardin potager. C’était un lieu très accueillant surtout pour des gamins de la ville que nous étions, mais il n’était pas très apprécié que nous nous aventurassions dans le jardin potager ni dans la promenade en dehors de la vue de ma grand-mère ou de ma tante.

Ma grand-mère avait eu, en son temps, une histoire tumultueuse dont seuls quelques détails filtraient. Elle était née en Alsace en 1870 et était devenue allemande, du fait de la guerre calamiteuse conduite contre l’Allemagne par le Second Empire.

La langue allemande était avec l’alsacien son mode d’expression naturel : jusqu’à son décès, elle récita ses prières en allemand et c’est dans la même langue qu’elle faisait tous ses calculs arithmétiques.

Chez ses parents, l’éducation des jeunes avait été placée sous le signe du fouet et du ceinturon du père de famille. Ma grand-mère ne relatait aucun fait particulier – chez elle, comme chez nous, beaucoup de faits demeuraient dans le non-dit. Néanmoins, il semble bien au travers d’allusions, que le martinet ait occupé une place dominante dans l’éducation des enfants. C’est ainsi que, lorsque la famille se trouvait à table, le martinet était toujours placé à droite de l’assiette du pater familias afin de pouvoir corriger immédiatement les caprices et les désobéissances des jeunes par des coups cinglants distribués sous la table en direction de leurs mollets et de leurs cuisses… mais c’était la façon traditionnelle d’éduquer la jeunesse alors.

A l’âge de 18 ans, comme immigrée, elle avait été rejoindre ses oncles qui, refusant de devenir allemands, étaient partis pour les USA ; elle y avait appris l’anglais puis elle était revenue en France où elle s’était mariée – elle parlait le français à la perfection et avait ensuite suivi son mari dans sa carrière aux PTT qui l’avait même emmenée jusqu’en Chine. Bref, c’était une personne qui avait su évoluer au cours d’une existence très variée. Elle avait vécu et avait acquis la certitude d’avoir toujours fait honneur à ses affaires – ce qui la rendait extrêmement sévère dans ses appréciations des hommes en général et en particulier de ceux qui avaient atteint ou dépassé son niveau social sans avoir eu, comme elle, à lutter en permanence contre les autres et contre l’adversité.

Or, ce jour-là, elle en avait contre mon autre grand-mère qui n’avait eu qu’à faire l’effort de naître dans une famille sans histoires et s’était mariée avec un brave homme devenu notaire de campagne et qu’elle taxait en permanence de nullité et de prétention.

De la fenêtre ouverte de la cuisine, nous parvenaient donc en litanies interminables les violentes diatribes contre mon autre grand-mère avec les réponses de ma tante qui participait à l’hallali par des mots d’encouragement. Mon frère 12 ans et moi 9, dans le jardin, nous nous balancions sur l’escarpolette entourés de ce flot de paroles haineuses. Tout à coup – la cuisine requerrait-elle toute l’attention de ces dames ? – un silence inhabituel s’établit… que je crus intelligent de remplir en lançant, Dieu sait pourquoi, un « Amen » retentissant !

Je n’étais pas mécontent de mon trait d’esprit car mon grand frère daigna sourire – une approbation de mon public de choix. Le silence persistait toujours mais un instant plus tard, ma grand-mère apparut à la porte de la maison, dévala les quelques marches qui la séparait de la cour et tourna dans notre direction dans l’allée des tilleuls.

– Quel est le petit insolent qui s’est permis cette interjection ? s’exclama-t-elle.

Elle paraissait folle de rage, toutes griffes dehors, elle que nous avions toujours connue pleine d’affection à notre égard. J’étais abasourdi et demeurais silencieux mais mon frère fut plus loquace.

– C’est lui, c’est Frédéric…

Ma « Bonne Maman » fondit sur moi et m’agrippa par l’oreille.

Kindinov

– Viens avec moi, tu vas voir ce qu’il en coûte de me manquer de respect.

J’étais demeuré muet, me demandant avec inquiétude ce qui allait m’arriver. Mon avenir se chargeait des nuages sombres de l’orage qui allait éclater, mais je ne trouvais pas les mots pour prévenir la catastrophe, même pas de plates excuses – m’excuser de quoi d’ailleurs ? Je ne discernais pas dans mon mot ce qui méritait un tel courroux. Y avait-il eu même de l’insolence dans mon propos ? Je persistai dans mon silence.

Toujours fermement tenu par l’oreille, je rentrai dans la maison et je suivis ma grand-mère dans un petit local de passage qui faisait la transition entre la salle à manger, le salon et une terrasse qui se trouvait à l’arrière de la maison. Dans ce lieu se trouvait, sous l’escalier montant aux étages, le placard aux balais que je n’avais jamais ouvert où se trouvait tout le matériel servant à l’entretien des lieux.

Elle ouvrit la porte de ce petit réduit dévoilant un assortiment de manches d’instruments dédiés aux nettoyages. Elle se pencha et détacha un instrument, totalement invisible de l’extérieur, un martinet avec un manche cylindrique en chêne ciré sur lequel avait été fixées deux groupes de quatre lanières longues et épaisses ; le tout, comme chaque objet qui se trouvait chez mes grands-parents, était en excellent état d’entretien.

Là, je commençai à avoir peur. Cet ustensile n’était pas en usage chez mes parents mais je n’en ignorais nullement l’application pratique puisqu’il servait à maintenir la discipline chez nombre de mes condisciples à l’école primaire et ils n’en parlaient qu’avec une terreur non dissimulée.

– Tu vas voir, Frédéric, comment je traite les insolents comme toi !

Le suspens avait disparu ; j’allais bel et bien être fouetté pour un petit mot qui avait déplu !

– Mais, Bonne Maman, je n’avais nullement l’intention de te faire de la peine…

Il fallait bien tenter quelque chose pour éviter l’inévitable ! Mais ma grand-mère s’était saisi à nouveau de mon oreille et c’est, tiré par cet appendice, que je fis mon entrée dans la cuisine.

– Tu ne m’as aucunement fait de la peine, je suis bien au-dessus de cela, mais j’ai été trop gentille avec toi et il est temps de t’apprendre la notion de respect pour ta grand-mère ! Déculotte-toi et mets ton ventre sur la table de la cuisine ! Il est grand temps que tu fasses connaissance avec le support de toute discipline sérieuse sur le plan familial : le martinet.

Swatty mod. - -

Aussitôt placé dans la position exigée, ma grand-mère posa sa main gauche sur mes reins et la danse commença. Je subis ce que supportaient couramment mes camarades de classe en vastes cinglées enveloppantes à un rythme lent. Cela ne dura certainement pas une minute mais dès les premiers coups, je sentis comme un brasier allumé sur mon derrière pendant que mes cris, accompagnés de sanglots incoercibles remplissaient la pièce. Cela fut bref mais interminable pour moi. Lorsque la correction cessa, ma grand-mère reprit la parole :

Sassy det

- Maintenant tu vas t’agenouiller devant moi et me demander pardon !

Puis, je dus me rendre dans un coin de la cuisine, fesses nues, pendant que ma grand-mère allait rependre le martinet à sa place et reprenait ses épluchages.

A la fin de ma séance de piquet, je fus autorisé à retourner dans le jardin pour continuer à jouer avec mon frère. Celui-ci avait pu entendre ce qui s’était passé dans la cuisine, puisque la fenêtre était demeurée ouverte : le bruit des lanières sur ma peau, mes cris et mes pleurs ; il était donc très au courant ! Il se contenta d’un commentaire :

– Le petit favori a reçu le martinet ! Bien fait pour toi ! Cela t’apprendra ! Ah ! Tu dois savoir une chose : tu viens de franchir une porte. Désormais, Bonne Maman te fouettera pour toutes les bêtises graves que tu auras commises.

Il avait naturellement raison et pendant tout le reste de mon séjour, il n’y eut pas de semaine où je ne fus pas contraint de me déculotter dans la cuisine pour subir au moins une séance de martinet délivrée par Bonne Maman ou ma tante. Les lisières de ma culotte courte laissèrent donc souvent apparaître des marques rouges ou roses laissées par la caresse des lanières – comme tous les autres gosses du coin. J’avais acquis la peur du martinet.

En marge de cette correction, j’avais appris deux faits importants : d’abord le martinet était en excellent état mais d’un modèle relativement ancien, il avait donc été acheté longtemps auparavant et avait certainement servi pour l’éducation de mon père et de ma tante mais il avait dû continuer à être utilisé – contre qui ? Ma tante, mon père, ma mère ? Car ma grand-mère n’était pas une personne à conserver des objets devenus obsolètes ou inutiles ! Deuxième observation : mon frère était très au courant – trop même pour ne pas avoir lui-même tâté de ses lanières. Or, il ne s’en était jamais vanté mais comme il portait des pantalons longs, les fessées pour lui étaient moins repérables !

 

Illustr. : 1) Peti Luke – 2) Kindinov – 3) Swatty mod. – 4) Sassy det.

2 commentaires »

  1. CLAUDE dit :

    Bonjour Fed 44. Oui, votre insolence méritait le martinet. Vous avez orgueilleusement défié votre Grand mère en proférant un ironique »Amen » au cours d’un conflit familial entre adultes. Ces derniers avaient été éduqués avec la plus grande sévérité: le fouet et le ceinturon ! Et bien sûr l’incontournable martinet. Si, comme vous le dites vous avez été fouetté au martinet une fois par semaine par votre généreuse Grand mère,je ne doute pas un instant que vous l’aviez bien mérité. Très sévèrement. CLAUDE

  2. Fred 44 dit :

    De toute façon, je conserve un immense souvenir de ma Bonne-Maman, une personne de devoir sur laquelle on pouvait toujours compter. Que son personnage comporte quelques scories, qu’importe ! Tout le monde possède son propre lot d’imperfections mais, pour moi, elle est demeurée jusqu’à sa mort à 86 ans la référence absolue. J’ai, pour ma part, dépassé cet âge depuis quelque temps et je travaille à laisser un tel souvenir à ma postérité… mais ce n’est pas gagné. Bon ! Alors, ma petite aventure m’est venue comme un souvenir lointain, marquant cependant, car chez mes parents le martinet n’existait pas ; il était remplacé par des gifles ou des fessées paternelles (non déculottées) ou la tapette à tapis maternelle plutôt illusoire… Cela n’a marqué que mon dernier séjour dans la maison de mes grands parents – ceux-ci, à la guerre, s’étant retirés dans la banlieue parisienne.

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