La fessée appliquée

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De l’influence d’une fessée sur la destinée

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par Laurent

Mon frère qui était au collège avait eu un cours de sciences sur les réflexes. Le prof leur avait notamment parlé du réflexe cutané plantaire : chatouiller la plante des pieds provoque un fléchissement des orteils. Il leur avait aussi parlé des réflexes innés et acquis et de la possibilité de les contrôler. Ainsi, il avait indiqué que le réflexe plantaire est plus net chez un sujet endormi que chez quelqu’un d’éveillé qui se maîtrise.

A cette époque nous avions une petite sœur, (une dame maintenant !). A sa naissance, j’avais 7 ans et mon frère 9. Elle dormait dans une chambre, et nous les garçons en partagions une autre. Ce qui, ce soir-là, fit de moi le cobaye tout désigné (mais non prévenu) d’une « expérience » hautement scientifique.

Mon frère était un gros dormeur et il lui suffisait généralement de s’allonger pour s’endormir instantanément. Forçant sa nature, il attendit que je m’endorme avant de se relever, de faire un peu de lumière et de déborder ma couverture pour dégager mes pieds. Puis, muni d’une plume, il entreprit d’en chatouiller les plantes.

Il paraît que mes orteils ont effectivement fléchi. L’expérience était donc concluante. Le prof n’avait pas menti et mon frère s’était bien amusé. Mais pour longtemps ?…

Nous devions être couchés de bonne heure, et nous n’avions pas intérêt à nous relever et à faire les fous au risque de nous faire punir. Notre mère, qui se rendait à la salle de bains, étonnée de voir la porte de notre chambre entrouverte, la poussa pour voir se qui se passait. Le spectacle qu’elle découvrit la laissa interdite. Il y avait de quoi : le bout de mon lit défait et moi allongé, l’air ahuri et les pieds à l’air, mon frère muni d’une plume pour me les chatouiller !

Elle nous demanda ce qu’on « fabriquait ». J’avais la manie de dire « Chais pas » pour éviter les questions gênantes, aussi je contribuai à alimenter sa colère en lançant tout penaud un sincère : « Ben, chais pas Maman ! ».

Réveillée par le bruit, notre sœurette vint aux nouvelles. Sommé de rendre des comptes, mon aîné, se lança alors dans une explication confuse, essayant de justifier le haut intérêt scientifique de son expérience, récitant son cours, s’embrouillant dans des détails, à se rendre incompréhensible.

Notre mère, qui avait du mal à se contenir, finit par exploser. Elle se dirigea vers notre grand frère et, sous nos yeux effarés, le saisit par la taille, le courba sous un bras et lui abaissa promptement son pantalon de pyjama lui mettant les fesses à nu. Puis, avec une énergie décuplée par la colère, elle se mit à le fesser d’une vingtaine de claques retentissantes !

Durant cette brève mais vigoureuse fessée, ce grand dadais de 13 ans déculotté et fessé à derrière nu devant son petit frère et sa petite sœur, resta hébété et les bras ballants. Et quand notre mère le renvoya se coucher sur-le-champ après avoir remonté le pyjama sur des fesses toutes rouges, il lui obéit sans discuter en hoquetant de petits sanglots.

C’est ce moment-là que j’eus la stupidité de me relever. Elle me demanda aussitôt si je souhaitais moi aussi recevoir la fessée. Inutile de dire que je ne perdis pas mon temps à lui expliquer que c’était pour ne pas dormir les pieds à l’air !

La suite est un paradoxe : sachez qu’après une rapide incursion dans des études scientifiques, mon frère est aujourd’hui… professeur de philosophie. Comme quoi la destinée peut tenir parfois à… une fessée !

Une conséquence eut lieu le surlendemain. Notre sœur qui, malgré son jeune âge n’avait pas sa langue dans sa poche, accompagnait notre mère venue nous chercher au judo. Nous portions bien sûr la tenue requise pour ce sport : kimono blanc fermé par une ceinture et pieds nus.

Alors devant tout le monde, elle a demandé à notre aîné s’il avait aussi chatouillé les pieds nus de nos copains de judo !

Il se mit alors à rougir et à bredouiller n’osant avouer en public qu’il s’était pris une bonne fessée déculottée l’avant veille…

2 commentaires »

  1. Jean-Jacques dit :

    De l’influence d’une fessée sur la destiné ou :

    « C’est ainsi que le destin frappe à ta porte… »

    Est-ce que la maman ou la nounou de Ludwig Van Beethoven le fessait par séries de quatre ? Voilà la question.

    En tout cas le grand frère l’avait bien méritée. Et cela lui a fait le plus grand bien.

  2. Laurent dit :

    Merci pour votre commentaire Jean-Jacques. Évidemment, il est difficile de dire si c’est uniquement cette fessée qui a déterminé l’orientation de mon frère. A cette époque, c’était la filière scientifique (le bac C) qui était considérée comme la meilleure, aussi les bons élèves y étaient orientés. Mais son goût pour les lettres et l’écriture ont probablement contribué à l’amener à choisir par la suite de suivre des études littéraires, en plus de cette raclée mémorable !

    Quant à dire si ceci était mérité, je dirais que ceci faisait partie d’un ensemble. Nous avons tous réussi nos études, résultat sans doute de dispositions, mais aussi d’une bonne éducation. Nous étions une famille unie, mes parents étaient attentionnés, mais nous devions respecter les règles, leur obéir, faire sérieusement nos devoirs, ne pas trainer les rues, nous coucher tôt, … Toute dérive était sanctionnée, punition, fessée, martinet! Car bien que ne roulant pas sur l’or, ils nous ont payé nos études, ainsi que des activités sportives (le judo comme je l’ai indiqué) et musicale, que nous pratiquons encore (mon frère est violoncelliste, ma sœur pianiste et moi violoniste). Il était donc normal qu’ils nous demandent d’être sérieux et appliqués. En particulier une fois où mon frère, pré-ado, amoureux d’une fille avait « séché » le judo pour rencontrer sa belle, et que mon père l’a surpris, je ne vous dis pas la raclée qu’il s’est prise, le martinet a cinglé ses fesses et ses cuisses avec force !

    Pour cette histoire, j’aurais peut-être tendance à trouver que c’était un peu exagéré, la bêtise n’était pas bien grave. Mais sans être injustes, je trouvais que mes parents avaient peut être tendance à être plus sévères avec nous qu’avec notre sœur (la petite dernière, seule fille après deux garçons) et encore plus avec mon frère, l’ainé !

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