La fessée appliquée

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Education avec ou sans martinet ? 3e partie

Education avec ou sans martinet ? 3e partie Manara-20-9-300x247

par Fred 44

Dommages de guerre, en pension chez les Gamblin

Madame Gamblin nous attendait, silhouette sèche, raide, vêtue de noir, semblable à l’identique à l’image que j’avais conservée d’elle. Les détails de mon séjour furent réglés entre les deux adultes. Mon père était le demandeur et notre hôtesse lui faisait clairement sentir que je n’étais pris que par charité – malgré le dédommagement financier prévu. Là encore, il me fut précisé le caractère provisoire de mon accueil : je n’étais accepté que comme simple invité ; cependant, au même titre que ses propres enfants, je devrais participer aux travaux ménagers… et j’étais naturellement soumis à la même discipline. Ma père acquiesçait sans broncher à toutes ces conditions tant il apparaissait clairement que son interlocutrice avait pris un grand ascendant sur lui : manifestement gêné, il avait perdu sa faconde et son charme habituel et adopté une attitude humble et respectueuse. De toute évidence, je ne pourrais pas compter sur lui pour le cas où un différent surgirait entre la famille Gamblin et moi ! L’affaire se termina par :

- Tu as entendu, Frédéric. J’espère que, pour une fois, tu sauras te tenir à ta place. D’ailleurs dans le cas contraire, je fais la plus large confiance à ta généreuse hôtesse pour te contraindre enfin à l’obéissance et, pour ce faire, à user du martinet que nous aurions dû depuis longtemps adopter à la maison ! Elle a ma bénédiction pour te fouetter s’il le faut et autant qu’il le faudra. Nous sommes bien d’accord, chère Madame.

- C’est bien le moins car je crains qu’il n’y ait beaucoup à reprendre. Sur le plan scolaire, votre fils est un cancre, il n’y a plus grand-chose à faire surtout pendant les grandes vacances mais sur le plan du comportement en société, Frédéric a été mal élevé, c’est un fait. En conséquence, je ne m’occuperai pas de son travail scolaire même s’il a à travailler pour son examen de passage en troisième. En revanche, sur le plan éducation, notamment obéissance et politesse, je serai intraitable. Vous et votre femme avez été trop mous avec lui pendant trop longtemps ! Il n’en sera pas de même ici ! Voyez-vous, en laissant faire sans réagir immédiatement vite et fort, vous avez agi en parents irresponsables. Vous savez, suivant mes conceptions vérifiées par une expérience constante, il n’y a pas que les enfants qui méritent d’être fouettés lorsqu’ils commettent des erreurs mais plus encore les adultes irréfléchis lorsqu’ils ont fait preuve de lâcheté dans l’exécution de leurs devoirs. J’espère que vous en êtes conscient !

- Vous avez raison, je plaide coupable, chère Madame. Croyez que je ferai de mon mieux à l’avenir mais le cas était particulièrement difficile. Frédéric ne met aucune bonne volonté pour obéir et aucun empressement pour travailler.

- Les chiens ne font pas des chats et, connaissant par vous-même les causes d’une situation de fait, c’était bien à vous de prendre toutes les mesures utiles en vue d’y faire face. Je pense qu’il serait profitable que vous passiez me voir au plus tôt vous et votre femme au moins pour en parler ? Les problèmes d’éducation même de celle des adultes sont un domaine privilégié pour moi.

- Excusez-moi, je n’en ai pas le temps aujourd’hui… Mes devoirs professionnels m’imposent des obligations auxquelles je ne saurais me soustraire, mais plus tard, à coup sûr, je viendrai vous rendre visite avec mon épouse. Nous devons en effet changer nos méthodes et je vous sais gré de votre aimable sollicitude.

- J’en prends note ! Ne tardez pas !

Mon père, peu après remonta dans sa voiture et m’abandonna à mon malheureux sort. Après cela je ne pouvais plus que m’attendre au pire et me résigner…

L’emprise de Madame Gamblin et de son mari sur mes parents n’était pas de nature à me surprendre. Entre la date de la réception de ma mère chez cette dame courant 1941 et les bombardements, fin 1943, les conversations de mes parents au repas m’avaient fait suivre l’évolution lente mais continue de cette prise en main. Au moment des bombardements, mon hôtesse était devenue, sans aucun doute possible, la personne la plus influente dans le service de son mari auquel était rattaché celui de mon père – et j’avais entendu dire à table que, lors des notations du personnel aux grades supérieurs, elle assistait en personne, auprès de l’épouse du directeur, à la réunion de la commission ad hoc et que ses avis étaient, aux dires d’experts, toujours suivis…

Cette particularité étant connue, une cour d’admirateurs et de leurs épouses papillonnaient  auprès d’elle et mon père ne dédaignait pas d’en faire partie à l’occasion ainsi que ma mère lors des visites aux épouses des collègues de mon père. Annoncer donc froidement à celui-ci qu’il avait mérité d’être battu, n’était donc pas pour lui une simple image destinée à marquer l’esprit mais une réalité nettement plus concrète dans le climat qui régnait alors (et d’ailleurs, des bruits avaient couru concernant certains collègues et les épouses de ceux-ci), mais mon père, lorsque ce sujet était abordé à table, baissait le ton en abrégeant ses commentaires d’un bref

- Je ne t’en parle pas devant les enfants, mais nous reprendrons cette conversation ce soir…

C’est pourquoi mon père n’avait pas réagi aux affirmations de la femme de son collègue, sauf par une fuite sans gloire ; c’était donc à moi qu’il appartenait de démontrer à Madame Gamblin que je n’avais pas été aussi mal élevé que cela….

Madame Gamblin me prit donc en charge et, peu après, je fis connaissance avec mon domaine, en l’occurrence, la grande cuisine de leur logement – la pièce principale de cette ancienne ferme. L’inventaire était vite fait : au centre une très grande table encadrée de deux longs bancs de chêne ciré ; le long du mur, face à la cheminée, se trouvait un lit de 120 centimètres – c’était là où je dormirais avec Gaston, le cadet de la maison. Dans un coin, auprès de la cheminée, se trouvait placé l’espace cuisine, une cuisinière fonctionnant au bois proche de l’évier alimenté par un seau d’eau puisée au puits. De l’autre côté, un buffet deux corps en chêne servait de réceptacle aux denrées alimentaires et à la vaisselle. Sur le mur, près de l’entrée, entre la fenêtre et la porte des patères supportaient des cirés au-dessus de sabots de bois et de bottes en caoutchouc. Enfin, entre le buffet et la cheminée monumentale, juste à l’aplomb d’un lourd tabouret de bois, fixé à un clou et exposé en pleine vue, le solide martinet bien connu laissait pendre ses menaçantes lanières de cuir faites pour maintenir l’ordre et stimuler l’obéissance.]Tout un programme ! Cette fois j’avais franchement la trouille. 

Une certitude s’imposa à moi… De toute évidence, j’allais tôt ou tard faire connaissance avec cet instrument de discipline car le collègue de mon père ne l’avait certainement pas emporté dans ses bagages lors du déménagement dans un but purement décoratif – du reste, c’était sans doute son épouse qui l’avait placé d’office parmi les affaires à emporter. Je ne savais pas combien de temps allait durer ma cohabitation chez ces gens, mais j’avais tout intérêt à demeurer irréprochable, et à tous points de vue !

Cette directive était délicate à appliquer puisque j’ignorais tout des habitudes de la maison. Pire, ma présence faisait l’objet d’un relatif rejet de la part des fils Gamblin. De toute évidence, je n’appartenais pas à leur tribu et, ne venant combler aucun vide, j’étais considéré plutôt comme un intrus qui ne pouvait être qu’à l’origine de perturbations… Après quelques rebuffades essuyées plus ou moins vertement, je pris la décision de prendre mon mal en patience et de rester dans mon coin ou de suivre les mouvements collectifs mais sans chercher à m’imposer- les évènements extérieurs progressant à grands pas, mon séjour ne durerait sans doute pas éternellement. 

La première raclée à laquelle j’assistai, prit la forme de punition collective pour les trois grands dadais de la famille : les notes du troisième trimestre avaient été transmises par la poste et cette arrivée avait provoqué la colère habituelle des parents – un air bien connu chez moi ! Cependant, compte tenu des prétentions affichées par la maîtresse de maison, ce résultat lamentable était inattendu et de nature à mettre en doute l’efficacité des principes éducatifs mis en œuvre. Comme chez nous, c’était le père, en personne qui s’était chargé du commentaire des notes obtenues et de la correction des mauvais élèves.

Après une année particulièrement calamiteuse au plan des résultats, l’aîné était admis à redoubler sa dernière année au Lycée technique ! Il pouvait caresser l’espoir, observa lourdement le père de famille, d’en terminer avec sa scolarité avec le bénéfice de l’ancienneté avant sa vingt cinquième année si la conjoncture scolaire se maintenait à l’identique. Ce constat fut ponctué d’une grosse paire de claques qui résonna dans toute la salle à manger – imitant les frères d’Etienne, je plongeai mon nez dans mon assiette –, après quoi, ordre fut intimé au mauvais élève d’aller chercher le martinet. 

Malgré ses dix-neuf ans passés, Etienne obtempéra; il alla décrocher l’instrument destiné à le punir et l’apporta docilement à son père manche en avant, puis il monta sur le tabouret ad hoc, défit sa ceinture et propulsa l’ensemble pantalon long et caleçon vers ses babouches; enfin, il releva le pan arrière de sa chemise et prit appui des deux mains sur le mur… Manifestement son attitude découlait d’une longue habitude. J’assistai donc en spectateur atterré au spectacle qu’il m’aurait été donné d’exécuter en tant que victime si ma mère avait donné suite au conseil de Madame Gamblin. J’étais assis sur l’un des bancs de la pièce à vivre et je m’efforçais de me faire tout petit pour ne pas déclencher la colère et la vengeance de ceux qui allaient être punis… mais, c’était bien la première fois, que je voyais un adulte nu de la ceinture aux pieds avec, sur le côté des fesses, des traces rosâtres laissées probablement par une ancienne fessée au martinet. 

La suite fut terrifiante pour moi, âme sensible pas encore aguerrie à ce genre de spectacle. Le père levait haut le manche du martinet et  lançait  de toutes ses forces les lanières vers les fesses nues offertes puis, après un violent impact, le martinet reprenait en bout de bras son attitude menaçante, les lanières pendant dans le vide avant de se précipiter à nouveau pour cingler leur objectif… Le roulement des lanières sur la peau d’Etienne faisant comme un fort bruit de grêle accompagné en crescendo de gémissements puis de cris et, enfin, de sanglots émanant du grand adolescent châtié. J’étais absolument terrorisé ! Après une bonne cinquantaine de coups espacés, Etienne, qui reniflait ses sanglots convulsifs, fut autorisé à remonter son pantalon pour descendre de son piédestal et aller réfléchir, ses fesses nues violacées exposées et les mains sur la tête, face au mur de la cuisine, le nez dans les cirés près de l’entrée. 

Ce fut ensuite au tour de Jules puis à celui de Gaston – ces deux derniers étant, eux, admis à se présenter en fin septembre à un examen de passage. J’eus donc droit à la vision des postérieurs nus portés au rouge brique incandescent des trois descendants de la famille Gamblin, punis au-delà de ce qu’ils craignaient pour un résultat pratique proche du néant car enfin, pour Etienne, les carottes étaient définitivement cuites. Quant à ses deux frères, il y aurait bien la nécessité de faire des devoirs de vacances, comme moi, pour tenter de rattraper le peloton… mais il faudrait que l’horizon s’éclaircît dans la situation du pays avant d’entamer la préparation de l’examen, ce travail ne concernait donc qu’un avenir lointain.

Ces fessées étaient donc plus le symbole d’une vengeance paternelle qu’une incitation à se remettre immédiatement au travail. Cependant, je n’osais pas me l’avouer, cette séance de punition collective démontrait au moins une chose : c’était que la méthode éducative, fierté de la maîtresse de maison, ne conduisait pas automatiquement au succès et que si la largeur d’esprit de ma mère avait produit un cancre, les méthodes brutales de mon hôtesse en avait généré, elles, trois !

Après un séjour au piquet, les garçons furent autorisés à se rhabiller et quitter leur position pour venir dîner… Mais la fessée n’avait pas éteint tous les griefs et le père continua à gourmander vivement sa marmaille qui mangeait les regards fixés vers le fond de leurs assiettes. Chacun aurait préféré être ailleurs, c’était visible ! Lors d’un creux dans les invectives paternelles – il fallait bien que Monsieur Gamblin dégustât les aliments qui avaient été servis –, j’eus la terreur d’entendre la voix de Gaston s’élever timidement dans l’intention manifeste de faire dévier les débats: 

- C’est pas juste Papa !

 - Qu’est-ce qui n’est pas juste ? Ta fessée pour ton mauvais travail ? Tu cherches une seconde séance de martinet sans doute ? Attends un tout petit peu que je finisse de dîner, je vais te servir la piqûre de rappel puisque c’est ce que tu veux recevoir.

- Mais non, Papa. J’ai mérité d’être fouetté. Mais Frédéric, lui aussi, devra passer un examen de passage pour entrer en troisième, lui aussi aurait dû recevoir le martinet !

- Tu es sûr de ce que tu racontes, Gaston ?

- Absolument certain ! Il me l’a avoué. D’ailleurs, toutes les fois où j’ai été en retenue, cette année, lui aussi était puni et avec tous les tours de cour qu’il s’est payé en punition sous la houlette du surveillant général, il connaît certainement beaucoup mieux les murs encadrant la cour de récréation que l’espace de jeux lui-même ! Il a donc été un très mauvais élève, probablement le plus mauvais d’entre nous et, lui aussi, a largement mérité le martinet ! Alors pourquoi n’a-t il pas été fouetté lui-aussi ? Ce n’est pas juste…

Gaston avait justifié sa réclamation et une fois de plus, un début de trouille m’envahit. Le père se gratta les cheveux, signification apparente de sa perplexité, et consulta son épouse du regard pour solliciter son avis. Celle-ci opina du chef en ajoutant.

- Frédéric a été placé chez nous et l’une des conditions de son accueil stipule qu’il soit traité comme nos enfants, y compris sur le plan disciplinaire. La réclamation de Gaston est donc pleinement justifiée. Reste à savoir ce que porte son bulletin trimestriel or c’est son père qui en est le destinataire.

- Ecoute, Gaston, je vois son père demain au bureau et je lui demanderai de me communiquer le bulletin trimestriel de Frédéric. Il ne pourra s’y opposer. Dès que je l’aurai consulté, je verrai ce que j’aurai à faire pour rétablir la justice ici, car il est chez nous et il est hors de question évidemment qu’il échappe au sort commun. 

Je n’avais plus qu’à bien me tenir !… Le soir venu, au moment du coucher, Gaston me vida du lit d’une bourrade. Il avait besoin de toute la place pour pouvoir se coucher sur le ventre à cause du feu qui avait été allumé sur son arrière-train. C’était lui le plus fort et je dus coucher par terre… 

Le lendemain midi, ce ne fut pas Gaston mais Etienne, l’aîné du clan qui revint à la charge en demandant à table si mon père avait bien voulu communiquer mon bulletin de notes, du troisième trimestre. Les copains voulaient donc qu’à mon tour je me donne en spectacle, c’était évident.

- Non ! Je ne l’ai pas vu ce matin au bureau. C’est un monde ! Moi, il faut que je me rende chaque jour au turbin en vélo, malgré les risques sur les routes, et cela me prend près d’une demi heure ; lui, il habite à l’Hôtel de la gare à moins de trois cents mètres de son lieu de travail et on ne le voit qu’épisodiquement ! Il y en a des qui ne font vraiment que ce qu’ils veulent ! Enfin ! Cela va changer. Bientôt l’internationale remettra de l’ordre et videra les feignants ou les replacera à un niveau hiérarchique plus conforme à leur travail et leurs capacités réelles, toutes relatives. 

- Tu as raison ! Et ce ne sera pas un mal ! Tiens, regarde ce crétin de Frédéric, remarqua aigrement son épouse : tu as pu, comme moi, l’observer de près depuis que nous l’avons reçu chez nous ; c’est un fainéant et un imbécile, c’est de famille, une question de gênes… Et les chiens ne font pas des chats ! Alors, son père appartenant au même gabarit, il serait bien normal qu’il soit sensiblement rétrogradé au soir de la libération…

Et dire qu’il m’était demandé de demeurer sagement dans cette charmante ambiance ! Je me sentais vraiment isolé, une brebis au milieu des loups.

J’attendis le soir avec une terreur grandissante ; j’avais tort car, exceptionnellement, le chef de famille était en retard. Nous avions terminé le dîner, lorsque le maître de maison fit son apparition, ivre comme toute la Pologne ! Madame Gamblin fronça les sourcils. D’un seul coup, il y eut de l’électricité dans l’air et elle considéra son époux d’une mine sévère. 

- Chérie, je vais t’expliquer, bredouilla celui-ci… conscient d’être pris en flagrant délit et connaissant les suites habituelles de son ivresse.

- Pas la peine, j’ai tout compris ! répondit-elle. Tu vas avoir ta ration habituelle, la précédente, la semaine dernière ne t’a probablement pas suffi ! Allez ! Apporte-moi le martinet tout de suite et déculotte-toi sur le tabouret ! Je m’en vais te rappeler, une fois de plus, ce que risquent les ivrognes chez moi !

- Mais non, Chérie, dit Monsieur Gamblin, d’une voix pâteuse, je ne suis pas ivre il a seulement fallu…

Sans répondre, Madame Gamblin, lui indiqua d’un doigt impératif le tabouret. Elle n’eut pas besoin d’insister car son mari avait admis le bien fondé de la sentence ; il se dirigea en titubant vers la cheminée, décrocha le martinet, le remit à son épouse, se hissa tant bien que mal sur le tabouret et, face au mur, déboucla sa ceinture ; le pantalon tomba sur les tiges de ses bottes en caoutchouc… bientôt suivi par un slip en mailles bleu marine, faisant apparaître dans la pénombre une paire de fesses recouvertes d’une puissante pilosité sombre. Là encore, on ne pouvait relever aucune fausse note dans la partition, sans doute maintes fois répétée par les deux protagonistes. Obscurément, je sentis que la situation devenait dangereuse. Je me retournai sur mon banc ; le groupe des garçons avait disparu subrepticement sans doute depuis longtemps. Mon mouvement avait attiré l’attention de Madame Gamblin qui me dit : 

- Reste Frédéric. Cette fessée complétera ton éducation : à savoir ce qu’il peut en coûter dans une maison digne

de cXRenderer-1-200x300e nom à boire de l’alcool plus que de raison comme mon mari… ou ton père. 

Elle leva le martinet et en abattit les lanières de toutes ses forces sur les fesses offertes.  C’en était trop, dans ma cervelle vibra, assourdissante, la sonnerie d’une cloche d’alarme et, sans bruit, je retirai mes sabots et je pris la poudre d’escampette alors que la poignée frémissante de lanières de cuir s’abattait pour la seconde fois.   Je retrouvai le groupe des garçons terrés dans le fond du jardin, hors de vue de la salle de séjour. 

- Tu as eu raison de te tirer observa Gaston, car, à la fin de l’affaire, après la mise au piquet, Papa est toujours d’une humeur massacrante et malheur à celui qui lui tombe sous la main ! Il a tôt fait d’être expédié sur le tabouret pour se payer à son tour la grosse fessée.…

Nous restâmes ainsi longtemps silencieux dans la nuit tombée car les fils de la famille connaissaient la suite du scénario : Madame Gamblin refusait de recevoir un ivrogne dans sa chambre de peur de devoir supporter les vomissements inhérents à l’absorption d’un excès de liquides alcoolisés par son mari. Monsieur Gamblin devait donc coucher, comme d’habitude, sous la grange sur une botte de paille. Il fallut donc attendre qu’il prît ses quartiers pour la nuit avant de réintégrer prudemment nos chambres. 

Le lendemain matin, la cervelle d’ivrogne de mon hôte avait dû conserver quelque souvenir du drame de la veille car, lorsqu’il m’aperçut terminant mon bol de lait, il marcha sur moi et m’expédia sans préavis une grosse paire de gifles. 

- Disparais de ma vue, me dit-il, sale voyeur ! Je ne veux plus te voir de la journée !

Et il m’accompagna jusqu’à la porte en me bottant furieusement le derrière. Et une fois parti, il claqua à la volée la porte derrière moi. Une fois encore, je maudis mes sabots de bois qui imposaient une limite basse à la vitesse de mes déplacements. Un dernier regard derrière moi m’avait montré la progéniture Gamblin, manifestant par un large sourire leur soutien à mon exclusion « manu militari ». Le courant ne passait toujours pas…

Cet interlude de soûlographie eut au moins un avantage : plus personne ne fit la moindre allusion à mon bulletin de notes trimestrielles. L’affaire était enterrée. Est-ce à dire que j’étais définitivement passé au travers des gouttes sans avoir été mouillé ? Non ! Bien entendu.

Il avait été dit que je devais participer aux travaux du ménage, à l’instar des autres garçons. Pour accomplir cette tâche, il existait deux binômes ; l’un, celui de Jules et Etienne qui dormaient dans une chambre à part, et l’autre Gaston et moi qui couchions dans le même lit de la salle. Chacun des deux groupes devait entretenir son domaine de telle manière qu’à neuf heures au plus tard, leur secteur soit parfaitement propre et rangé. A cette heure-là, le petit déjeuner devait avoir été pris et la toilette devait être achevée depuis longtemps. Mais il existait d’autres occupations dans l’intérêt général : mettre la table, la débarrasser, faire la vaisselle, la ranger et passer le balai dans la salle commune, ces travaux étaient exécutés par roulement par chacun des groupes Dans chaque binôme, l’âge avait désigné le responsable ; dans le mien c’était Gaston qui avait donc autorité sur moi pour l’organisation et la répartition des tâches ; il m’avait donc été signifié que, dans le cadre des corvées, il était parfaitement admis qu’il utilise, si le besoin s’en faisait sentir, de la manière forte qu’il jugerait appropriée, cela allait des tartes à des cinglées du martinet sans déculottage… mais il pouvait aussi rendre compte à sa mère et alors j’y aurais droit sur le tabouret de cuisine.

Je m’efforçai donc d’être obéissant et soigneux dans l’exécution de ces tâches et de ne pas relever les anomalies constituées par la répartition un peu léonine des besognes entre Gaston et moi. Il ne pouvait cependant pas aller trop fort dans ces inégalités ; sa mère patrouillait dans le secteur pendant nos travaux ménagers et elle avait tôt fait de remarquer son inactivité pour lui donner une nouvelle fonction dans une assistance matérielle non prévue ; épluchages, lessive…

Je fis donc de la main de Gaston l’apprentissage du martinet par de rapides cinglées extrêmement douloureuses sur les cuisses ou les mollets et même sur mes fesses au travers du tissu de mon short en coton, la douleur était très vive et perdurait de longs moments…

Plus rude fut l’expérience d’une grosse fessée sur le tabouret suite à une visite du garde champêtre. Encore un incident dû à la vie à la campagne ! Un paysan avait vu de loin notre groupe de garnements parcourir les rangs espacés de vignobles où ils n’avaient rien à faire. Vérification faite, les dommages étaient minimes mais le garde avait été interroger les gamins du coin qui avaient été reconnus par le témoin et ils avaient avoué en caftant par la même occasion les prénoms des autres complices qu’ils connaissaient… dont Jules. D’où l’intervention du représentant de l’ordre pour rappeler les règles à observer en rase campagne par les jeunes mais surtout à rappeler les parents à leurs devoirs éducatifs.

Cette mission de routine aurait pu être expédiée en quelques instants, mais le garde avait tenu à placer Madame Gamblin face aux conséquences tant sur le plan civil que pénal de déprédations des cultures. Il n’avait dressé aucun procès verbal par mesure de bienveillance mais sa mansuétude avait ses limites et, en cas de récidive… Madame Gamblin n’aimait pas qu’on se permette de lui faire la leçon mais dans le cas présent, il avait bien fallu qu’elle prenne sur elle de présenter des excuses puis elle avait enchaîné :

- Croyez-bien, Monsieur le garde-champêtre, que je ferai le nécessaire pour éviter de semblables errements ; cependant vous savez bien que je ne puis me trouver derrière chacun de mes garçons à contrôler toutes leurs actions mais puisque vous me dites que Jules faisait partie du groupe de petits voyous, je vais le fouetter devant vous. Jules apporte-moi le martinet et grimpe immédiatement sur le tabouret !

Il y avait des intonations auxquels les membres de la famille Gamblin ne résistaient pas. Devant le garde champêtre demeuré face à la maîtresse de maison et qui ne manifestait aucune velléité à prendre le large, sa mission accomplie, Madame Gamblin cingla avec la plus grande violence les fesses et les cuisses de son fils qui rapidement se mit à pleurnicher malgré la présence de ses deux frères et de moi-même en train de terminer notre petit déjeuner. Il ramassa une bonne cinquantaine de coups avant d’être autorisé à rejoindre le coin.

- Un instant, intervint le garde champêtre, alors que Jules gagnait le coin habituel situé près de la porte d’entrée. D’après ce que m’a dit Claude, le petit voyou qui a été reconnu par le témoin, votre fils Jules était accompagné dans son forfait de cinq autres jeunes dont ce Claude ne connaissait pas les nom et prénom. Peux-tu me renseigner ?

Certes, il le pouvait puisque dans le groupe figuraient ses deux frères et moi-même mais après la solide correction qu’il venait de recevoir, il était évident que le garde n’insisterait pas, dès lors, il pouvait se taire sans risque… C’est pourquoi, je fus abasourdi et terrifié d’entendre Jules répondre :

- Oui, Monsieur le garde champêtre, j’étais accompagné de Frédéric, le petit qui termine son petit déjeuner.

Après cette dénonciation, Il n’y eut, ni commentaire, ni jugement et Madame Gamblin du bout de son martinet me montra le tabouret… Pour la suite, je connaissais parfaitement le cérémonial et cinq minutes plus tard, le garde nous quittait en me laissant, proche de Jules au piquet près de la porte d’entrée les fesses ravagées par un cyclone de feu !

Mon séjour s’acheva peu après. Le coin avait été libéré de l’occupant Allemand sans que l’on n’ait pu assister à une passation de pouvoir. Un jour, les troupes d’occupation étaient encore là, bien présentes, et le lendemain, elles étaient parties, sans combat. Un signe, les avions alliés cessèrent de patrouiller dans le ciel à la recherche de victimes… La préfecture avait également été libérée et le service de l’eau (non potable, pompée directement dans le fleuve) allait être rétabli. Nous avions tous hâte de nous retrouver en famille, chez nous, après de si longs mois de précarité où nous étions demeurés séparés…

Mon père demanda à Monsieur Gamblin de me transmettre un billet de chemin de fer qu’il avait pris pour moi à destination de la préfecture où ma mère était déjà revenue pour y occuper la maison. Mes derniers moments chez les Gamblin ne furent marqués d’aucun fait particulier. Fidèle à mon personnage, je demeurais respectueux, poli et obéissant pour éviter de grimper à nouveau sur le tabouret. A mon départ, je remerciai la maîtresse de maison de son accueil et des soins qu’elle m’avait prodigués; elle ne répondit pas – le courant n’avait jamais passé entre nous. Puis, je partis à pied vers la gare, une trotte de cinq kilomètres environ à parcourir en sabots en transportant mes affaires sur mon dos, mais que n’aurais-je fait pour rentrer enfin à la maison ! Mon exil était enfin terminé.

En principe, la famille Gamblin aurait dû emprunter le même chemin que moi à quelques jours d’intervalle ; seulement, pour eux, il y avait un hic. Contrairement à mon père qui faisait de fréquents allers et retours à la préfecture et qui avait entretenu une apparence d’occupation de la maison, leur appartement avait été totalement abandonné pendant près d’une année. C’est ainsi que Monsieur Gamblin avait appris, un beau jour pendant l’hiver, que son logement avait fait l’objet d’une réquisition en faveur d’un sinistré ; il lui faudrait donc attendre le départ de cet intrus pour réintégrer son bien – or son locataire forcé avait le bras long d’où la probabilité d’être contraint de rester dans sa fermette jusqu’à ce qu’il ait offert à ce squatter un logement équivalent et que celui-ci ait accepté de déménager… Pas une sinécure. Depuis lors, il s’était employé à rechercher une solution mais il régnait à la préfecture une grande pénurie de logements suite aux bombardements et ses efforts n’avaient pas été jusque là couronnés de succès. Le ménage Gamblin continuerait donc à occuper la fermette après mon départ.

Pour moi, la fin de ce break était le moment des bilans. En pratique, mon séjour n’avait duré qu’un peu plus d’un mois, délai largement suffisant pour me faire acquérir une terreur viscérale du martinet, jointe au désir de ne plus jamais me retrouver dans une situation aussi précaire.

 

Illustr. Manara et Xrenderer

3 commentaires »

  1. Loulou dit :

    Beau récit très bien écrit et agréable à lire.
    Merci à toi.

  2. CLAUDE dit :

    Bonjour à tous. C’est avec un intense plaisir que je retrouve ce blog. Au-delà de l’aspect « ludique », il est aussi un moyen de réflexion sur la morale et les valeurs fondamentales bien négligées jusqu’ici. Je ne suis pas un « maniaque » du martinet. Cependant, je pense que s’il retrouvait une place même modeste (pas de brutalité), dans le champ des méthodes d’éducation, peut-être verrions-nous moins de violence et d’actes de délinquance sanctionnés par… l’impunité, et tout particulièrement dans nos écoles. CLAUDE.

  3. claude. dit :

    Bonjour Frédéric 44. Votre récit est déroutant. Je suis supris que le martinet puisse être une « vengeance ». Ce n’est pas l’idée que je m’en fais. De même l’emploi de ce dernier par l’épouse pour combattre l’alcoolisme de son mari me surprend. Il est vrai que votre récit se situe dans les année 40;je ne ferai donc aucun commentaire. Par contre le point poistif pour vous est que vous avez acquis à la faveur de ce séjour: »une terreur viscérale du martinet ». C’est un bon point pour vous qui vous a sans doute évité des fautes par la crainte du martinet. Cordialement. CLAUDE.

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