La fessée appliquée

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Éducation avec ou sans martinet ? 5e partie

3 Manara 20-7

Je dois maintenant tenir compte du martinet, chez nous mais aussi chez les autres

par Fred44

Mon incorporation dans le cercle peu enviable des marmots fouettés, par les intéressés eux-mêmes, fut une surprise désagréable mais j’étais loin de penser que mes parents allaient lier des relations avec les parents de deux d’entre eux, ceux mêmes qui m’avaient désigné à la risée générale alors que je circulais dans la rue avec mon pain sous le bras.

Cette anomalie demande une explication plus longue. Ainsi que je l’ai déjà conté, ma mère avait vécu l’année passée loin de chez elle dans une situation proche de la domesticité voire pire d’après elle, l’esclavage. Elle était peu prolixe sur le sujet mais il était patent par exemple que son attitude vis-à-vis des châtiments corporels avait évolué de façon notable, l’usage du fouet pour générer la douleur la plus vive lui semblait maintenant une donnée admissible, faisant partie intégrante de toute punition, même si elle dépassait largement les limites d’une correction enfantine.

De fait, son caractère s’était endurci et elle s’était comme cuirassée contre la douleur d’abord (la sienne et celle des autres) et contre toutes les agressions en provenance de son environnement. Paradoxalement, cette autoprotection lui avait ouvert des horizons nouveaux à son arrivée à son domicile. En effet, la Libération avait fait sauter des contraintes, l’économie repartant à vive allure et des offres d’embauche sur le plan local foisonnant dans tous les secteurs d’activité. A la réflexion, Maman qui avait subi une initiation violente au travail chez les autres, était toute proche de penser que le plus dur avait été accompli et que, finalement, elle n’aurait aucune peine à devenir une salariée convenablement payée. De ce fait, elle avait maintenant le choix entre demeurer femme au foyer et s’ennuyer ferme à la maison sans argent ni perspectives autres que l’avancement administratif de son mari, très mal payé, ou bien trouver un emploi salarié qui lui permette au moins de s’acheter des vêtements à sa convenance – c’était possible à relativement peu de frais chez les fripiers – et de terminer les délicates fins de mois sans avoir à limiter ses choix alimentaires à de la pomme de terre sous toutes ses formes. Mon père n’était pas contre de telles dispositions bien au contraire – le manque d’argent avait toujours été le talon d’Achille du foyer.

Restaient des détails importants : comment faire face aux tâches ménagères multiples en l’absence de la mère de famille ? La solution fut vite trouvée pour le ménage quotidien et les courses. Pendant les grandes vacances, ce serait assuré par les enfants, ils en avaient le temps et elle ne voyait pas de raison à ce qu’ils demeurassent inactifs alors que leurs parents travaillaient dur pour la collectivité familiale, donc en définitive pour eux – et, second point, la surveillance de mon emploi du temps pour éviter que je ne prenne de mauvaises habitudes et, en cas de besoin, me corriger à sa place. Là se trouvait le second problème immédiat. Voilà pour le présent. Plus tard, à la rentrée, les enfants seraient moins disponibles, alors on verrait bien… Au pire, il lui serait toujours possible de revenir à la situation antérieure de femme au foyer.

Donc, en priorité, il fallait trouver une solution pour me garder en après-midi, mon frère s’étant déclaré inapte pour assumer une telle charge ; ma mère s’était donc rapprochée de l’une de nos plus proches voisines, la mère des deux marmots qui s’étaient moqués de moi au sortir de la boulangerie. Cette personne était coiffeuse et son mari travaillait comme riveteur aux Chantiers navals. Comme nos parents, ils avaient besoin en leur absence d’une garde pour leur progéniture, en attendant le retour à la maison de la mère de famille à la fin de sa journée de travail ; ils avaient donc pensé avoir recours à la bonne volonté d’une tierce personne du voisinage qui avait accepté, moyennant rémunération, de surveiller le travail des gosses et leurs séjours dans la rue avec leurs copains en l’absence de leurs parents. Si je me joignais au groupe l’après-midi, mes parents assumeraient leur part des frais de surveillance et leur contribution serait diminuée d’autant pour eux.

La réunion entre les parents eut lieu un soir et les conditions furent arrêtées et acceptées après comparaison des critères éducatifs des deux couples, relativement similaires sur le plan général, y compris l’utilisation du martinet pour maintenir l’ordre et la discipline. Mon frère, supposé grand, fut exclu du dispositif – en cas d’incident grave, en l’absence des parents, il devrait néanmoins en référer à la voisine, Sylvie ou sa représentante auprès des petits, l’une et l’autre avaient donc autorité sur lui. Pour ma part, il fut convenu que serais incorporé au groupe des deux autres enfants. Comme eux, j’aurais à exécuter mes devoirs de vacances dans leur petit deux-pièces et à participer à leurs divertissements dans la rue sous la surveillance de la personne de confiance choisie, la Mère Anne, une bonne grosse dans la cinquantaine qui ne s’en laissait pas trop conter. Les problèmes d’intendance résolus, Maman pouvait dès lors prospecter une place pas trop mal rémunérée.

Le certificat de travail que lui avait remis son employeur lorsqu’elle avait décidé de le quitter pour rejoindre son logement principal, n’était pas élogieux car il se limitait à parler de la durée de son emploi comme femme de ménage sans plus, ce qui ne lui ouvrait les portes que d’emplois non qualifiés. Elle n’en conservait aucune rancœur, le travail assuré chez cet employeur répondait bien dans l’ensemble aux critères de la fonction mentionnée dans le document. Il y avait cependant des besoins en jobs qui ne demandaient pas de larges connaissances techniques. L’éventail allait de manœuvre balai dans l’industrie à la femme de ménage chez des particuliers en passant par l’employée de commerce. Le salaire correspondant allait cependant de 1 à 3 pour des prestations, somme toute, à peu près identiques.

Finalement Maman opta pour le mieux payé sur le marché, un emploi de manœuvre féminin aux Chantiers navals avec 48 heures de travail hebdomadaire en deux séances journalières. Elle aurait outre son dimanche, son samedi après-midi libres. Papa donna son accord et l’embauche fut fixée au lundi suivant ; elle devrait se présenter à l’entrée du Chantier à 7 heures 30, porte B, munie de vêtements de travail, une cotte à bretelles ou une combinaison et des bottes de chantier, cuir ou caoutchouc, l’entreprise ne fournissant pas de vêtements professionnels mais seulement des tickets d’achat.

Seulement, concrètement, aucun commerçant en produits textiles n’avait plus, depuis longtemps, de cottes de travail en magasin, les porteurs de bon d’achat étaient donc inscrits dans un grand livre avec l’espoir d’être servi lors d’une prochaine livraison (si elle était suffisante). Quand ? Mystère ! Ce défaut allait-il compromettre les projets de ma mère ? Non, car il existait le marché parallèle de l’occasion. Cependant, là non plus – pas de chance – les fripiers s’étaient tous déclarés incapables de faire face à une telle demande ; le travail reprenait dans l’industrie créant une clientèle nouvelle en vêtements professionnels ; cela avait asséché leurs maigres stocks et les apports nouveaux en marchandises de ce type disparaissaient aussitôt arrivés – il y avait une liste d’attente. Seconde impasse. Mais Maman était tenace et cette qualité porta ses fruits. Chez un commerçant spécialisé dans le matériel d’entreprise d’occasion qui rachetait (à vil prix) les biens de sociétés en liquidation, elle eut la chance de trouver une caisse contenant quelques outils à main de base mais surtout un fort lot de vêtements de travail plus ou moins propres et usagés mais encore en état d’utilisation (cirés, cottes, bottes) de diverses tailles pour un prix relativement peu élevé. Cette aubaine provenait d’une petite entreprise artisanale de travaux publics en faillite qui avait, lors de périodes fastes, fourni à son personnel de chantiers les articles chaussants et les vêtements nécessaires pour l’accomplissement de son dur travail ! Il y avait même dans le fond de la caisse accompagnant des marteaux et des burins un martinet encore vaillant (dix lanières lourdes et longues, un objet encore très dissuasif) reliquat sans doute de la présence dans l’effectif de cette entreprise de jeunes apprentis à former mais était-ce sûr ?

Côté vêtements, c’était là un coup de chance inespéré pour Maman mais aussi pour toute la maison dont la garde-robe était parvenue à limite extrême d’usure. Cet apport providentiel changeait tout ! Dès le lendemain, mon père partit pour ses déménagements en combinaison de travail et bottes en caoutchouc – toutes marquées de traces de ciment mais pas trop visibles – ma mère ayant fait le même choix avec une combine un peu graisseuse (cela disparaîtrait à la lessive) et des bottes presque à sa taille. A ma demande, il me fut attribué une cotte à bretelle également pleine de graisse mais malheureusement trop grande au niveau des jambes – il fallait attendre que Maman trouve le temps de la raccourcir – avec une veste en bon état. En matière de bottes, il ne restait plus, après les prélèvements de Papa et de Maman que de très grandes pointures et une paire de cuissards de 42. Je ne pouvais décemment pas me promener dans la rue en cuissards donc je conservai mes vieilles bottes. François, lui, refusa catégoriquement de changer de vêtements et resta dans ses hardes usées. Le second martinet fut suspendu à côté du mien. Circulant désormais en permanence en bleus, mes parents ressemblaient de plus en plus à tous nos voisins immédiats. Nous étions entrés dans le moule d’une population de travailleurs.

Les temps autour de nous avaient bien changé depuis notre départ l’année passée. La ville, malgré les destructions, avait repris une vie nouvelle en utilisant les immeubles encore debout. La guerre était presque terminée ; en conséquence, l’arrêté préfectoral interdisant le séjour de jeunes dans le secteur urbain avait été rapporté et le Lycée allait bien rouvrir ses portes en octobre pour reprendre toutes ses activités dans des locaux plus réduits. Il fallait donc traiter la scolarité des enfants pour l’année à venir. Ainsi, François était parvenu, sans la moindre difficulté, à se faire admettre en classe de mathématiques supérieures au Grand Lycée. Il restait encore une dernière mission à accomplir : mon inscription en troisième au Petit Lycée.

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Pas une mince affaire, compte tenu de mes précédents dans l’établissement ! Nous nous présentâmes donc, Maman et moi, à la porte du Petit Lycée pour la formalité d’usage. Surprise ! L’accueil fut courtois, compréhensif. Nombreuses étaient les familles qui n’avaient pas encore rejoint la préfecture, certaines, faute d’un toit pour y abriter la maisonnée. Les classes étaient donc insuffisamment pourvues en élèves ce qui ôtait toute envie de faire la fine bouche lors des inscriptions : on se limitait donc à des critères objectifs tels que l’âge du candidat et les cours suivis réellement l’année scolaire précédente. J’avais pour ma part largement atteint l’âge requis pour entrer en troisième de plus ma mère présentait des bulletins de notes prouvant au moins que j’avais suivi une scolarité normale en quatrième dans un établissement reconnu. Cela suffisait et peu importaient certaines mauvaises notes et des appréciations peu flatteuses sur mon comportement scolaire, il fallait remplir les vides. Le tri serait effectué plus tard. Prudemment, ma mère ne fit aucune allusion à ma qualité d’ancien élève car cela aurait entraîné des recherches dans les archives et mon image risquait d’en sortir définitivement flétrie. En revanche, pour faire bonne mesure et emporter l’agrément, ma mère avait ajouté :

– Frédéric aura au moins une raison supplémentaire pour bien se comporter. Il y a désormais deux martinets à la maison et il sait ce qui l’attend en cas d’inconduite sur le plan scolaire. N’est-ce pas Frédéric ?

– Oui, Maman.

– Vous avez eu bien raison, Madame, d’avoir faire ce choix ! Une bonne fessée est souvent nécessaire en appui à toute remontrance. Elle en souligne durablement les termes dans la tête de l’enfant et, avec d’autres corrections du même type, constitue une architecture autour de laquelle s’assemblent de façon cohérente tous les détails qui forment l’éducation.

– Cela dit, je tiens en effet à ce que tout le personnel enseignant et surveillant en soit informé et procède lui-même aux châtiments corporels qu’il sera nécessaire de donner à mon fils en cas de manquement quel qu’il soit, politesse, travail, application, assiduité… Je donne mon plein accord pour leur intervention musclée sans aucune exclusive : gifles, coups de pieds dans le derrière, fessée à la main mais aussi martinet, cul nu naturellement.

– Vous faites preuve, Madame, d’une grande ouverture d’esprit, malheureusement rare de nos jours, ce qui nous oblige à nous contenter des punitions habituelles non corporelles dans nos cours, mais les professeurs et le personnel seront informés de votre aval et pourront procéder pendant les intercours aux punitions de votre fils qu’ils jugeraient souhaitables. Ce seront là des punitions non officielles. Bien sûr, la punition ne se substituera pas aux retenues le jeudi qui s’appliquent à tous.

– Ce qu’il faut, ce ne sont pas des punitions de fantaisie pour lesquelles le puni ne ressent ni douleur ni humiliation. Chez nous, j’ai deux fils, les enfants fautifs reçoivent leur fessée, déculottés et demeurent au coin, fesses nues pour avoir le temps de réfléchir sur l’étendue de leurs fautes et en tirer les leçons.

– Vous avez tout à fait raison, je vous le répète. L’idéal serait donc que vous déposiez au secrétariat avant la rentrée un solide martinet avec une étiquette à votre nom en vue de punir Frédéric lorsque le besoin s’en fera sentir. Nous en avons ainsi quelques-uns en dépôt – assez rares, je dois l’avouer – mais je vous prie de me croire si je vous affirme qu’ils servent à quelque chose et que le résultat cherché est largement atteint, ces élèves travaillent plus régulièrement ; il faut punir l’enfant le plus tôt possible après le constat de sa faute, c’est essentiel !

– Mon second martinet sera donc affecté à vos besoins scolaires et je conserverai l’autre pour maintenir l’ordre à la maison. L’éducation requiert un soin attentif quotidien.

– A qui le dites-vous ? Enfin, compte tenu des notes obtenues par votre fils l’année dernière, il serait souhaitable qu’il fasse jusqu’à la rentrée des devoirs de vacances pour fortifier ses connaissances surtout en Français, Latin et Arithmétique, matières où il semble avoir quelque peu perdu pied. Pour les lettres, votre fils devra porter son effort sur les grammaires française et latine, piliers de toute réussite dans ces domaines. Il y va de son propre intérêt.

Sur cet intéressant échange de vues, ma mère et moi, nous quittâmes le bureau du cadre chargé des inscriptions au petit Lycée.

Pour ma part, si j’avais peu parlé, j’en avais suffisamment entendu pour que mes fesses me démangeassent et que, instinctivement, mes mains fussent venues se plaquer en protection sur le fond de ma culotte dès que je fus debout – un choix injustifié car pour le présent, c’était plus les gifles qui étaient à craindre en cas d’attitude jugée insolente.

– Frédéric, dis au revoir au Monsieur, me commanda ma Mère.

– Au revoir, Monsieur.

– Au revoir, Frédéric et tâche d’être sage et obéissant désormais au Lycée comme chez toi.

La porte du bureau d’inscription se referma et, sans préavis, ma mère me donna une paire de tartes… Je n’avais pas eu le temps de remonter mes coudes en protection.

– Je n’ai pas aimé ton attitude sournoise pendant cet entretien ni ton impolitesse au moment du départ. Fais attention si tu ne veux pas être fouetté au retour à la maison !

Dans la foulée, Maman s’était rendue ensuite chez un libraire spécialisé dans les livres scolaires et s’était procurée, d’occasion, un manuel de devoirs de vacances pour l’examen d’entrée en troisième. Nous étions parés.

Voilà donc où nous en étions au moment où, le lundi suivant, Maman quitta la maison en vélo à 7 heures pour prendre ses fonctions aux Chantiers à 7 heures 30.

Au plan domestique, le nouveau schéma se mit donc tout naturellement en place ; l’organisation était comparable à celle que j’avais pratiquée chez les Gamblin. Le matin, nous devions être debout, lavés et habillés pour 8 heures – le petit déjeuner devait aussi avoir été consommé à cette heure-là sinon il fallait attendre midi. Mon père, lorsqu’il était présent, nous quittait en général à ce moment et c’était mon frère qui devenait le responsable et il avait pleine autorité pour me faire respecter les ordres et surveiller leur exécution.

Comme représentant des parents, il avait le droit d’utiliser le martinet pour punir mes défaillances. Son premier travail, une fois les directives données, était de se pencher sur les devoirs de vacances que j’avais réalisés la veille chez la voisine – évidemment pas le lundi puisque je ne travaillerai chez la voisine ni le samedi ni le dimanche. Ses corrections écrites complétées, le cas échéant, d’interrogations orales, donneraient lieu à l’attribution d’une note qui serait communiquée à ma mère à son retour à midi. Il était entendu que je devais avoir 14 pour ne pas être puni : ainsi la correction éventuelle suivrait de peu la paresse de la veille ce qui était le gage de son efficacité. Pour ma part, je devais me consacrer au ménage et aux courses alimentaires suivant un programme établi. A 11 heures, tout devait être terminé ; il y avait donc du mou. L’après-midi s’écoulerait pour moi chez les voisins, mon frère ayant quartier libre sauf besoin particulier.

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Donc, le lundi suivant, à 14 heures, lors de mon entrée dans le petit appartement des voisins – impeccablement rangé – je fis connaissance avec l’aire de ma nouvelle activité, leur cuisine. Nous nous trouvions assis autour de la table centrale : Albert, 11 ans, Raymond, 9 ans et moi-même avec devant nous notre travail des révisions à exécuter – face à nous la Mère Anne avait déposé devant elle un tricot en cours de confection avec son matériel de couture ainsi que quelques pelotes de laine ; près de sa dextre le martinet, détaché pour l’occasion de son clou (sous le calendrier des PTT), établissait son autorité. Cet instrument qui avait pour mission de faire régner l’ordre, l’obéissance et le travail, peut-être moins dissuasif que ceux de mes parents, était cependant un outil respectable avec sa bonne dizaine de longues lanières carrées en cuir souple ; il devait être bien cinglant – j’étais bien obligé désormais de craindre toutes les éventualités.

Et j’avais raison car Albert et Raymond étaient de vrais galopins et dès la première séance, j’eus droit, de leur faute, à deux fessées. La première, collective avec les deux autres chenapans qui, pour faire les malins, avaient profité du départ aux toilettes de notre garde pour organiser un chahut auquel j’avais d’ailleurs participé. Conséquence, dès son retour dans la cuisine, la Mère Anne s’était emparée du martinet et nous avait intimé sèchement l’ordre de nous déculotter sur-le-champ pour être punis du désordre ; suivit une exhibition de fesses, toutes marquées comme les miennes par des raclées précédentes. Après une vingtaine de coups chacun, nous avions dû, sans culotte, en reniflant nous remettre au travail et, sur le temps réservé à la récréation, avait été prélevé une dizaine de minutes pour demeurer en pénitence, face au mur, cul nu sur le palier.

– Si vous recommencez, la prochaine fois, c’est dans la rue que vous serez au piquet cul nu, devant vos copains.

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La honte absolue mais la Mère Anne l’avait déjà fait, il n’y avait pas longtemps ! Elle était donc crédible.

Cependant, pour moi, cela ne s’était pas limité là car, pendant la première de ces récréations, j’avais commis un acte répréhensible au vu et au su de tout le monde.

La cour de récréation des garçons était tout simplement la rue où ils rencontraient leurs congénères, tout cela formant une bande d’une dizaine de gamins sous l’autorité d’un chef autoproclamé de douze ans mais plus grand que moi et sûr de lui qui n’entendait nullement me céder la place de dirigeant, « d’ailleurs, chez moi, je suis considéré, comme un grand et le martinet est réservé à ma petite sœur, tandis que toi… ». Il n’empêche qu’il était bien le premier à se carapater lorsque l’une ou l’autre des mères de famille, en courroux, apparaissait munie de son martinet. Lui aussi avait peur des cinglées !

Pour être admis dans le groupe où militaient Albert et Raymond, mes nouvelles relations, il était exigé que le candidat subisse une épreuve de courage dont la conséquence pour l’acteur pouvait être au moins une solide raclée bien cuisante. L’épreuve pouvant consister soit à chaparder une poignée de bonbons dans la boutique de l’une des cinq épiceries de la rue – une aventure à haut risque, les commerçants lors d’une intrusion d’un membre de la bande, se mettaient immédiatement sur le qui-vive – ou bien la blague habituelle de tirer une ou des sonnettes. C’est cette dernière épreuve qui me fut réservée. Il s’agissait d’aller importuner une personne âgée habitant dans une maison en bout de notre rue. Son système pour l’aviser de la présence d’un visiteur, consistait en une simple chaîne, attachée au bout d’une tige pivotante située au-dessus de sa porte d’entrée, l’autre bout de la tige étant relié à une cloche. Ce montage présentait l’avantage de fonctionner même en cas de coupure d’électricité.

Tirer sur la chaîne déclenchait un bruit plus ou moins fort suivant l’ampleur du mouvement. Cependant, la vieille ne se dérangeait pas à tous les coups. Pour que l’épreuve fût validée, il fallait qu’elle sortît de sa chrysalide et si possible qu’elle invectivât le coupable en prenant les passants à témoin. Cependant, à 14 ans, tirer encore des sonnettes, cela n’avait pas de sens ! C’était pourtant l’épreuve imposée et si je me dégonflais, il n’était plus question d’être admis dans la bande avec, en prime, le mépris de tous, y compris celui d’Albert et de Raymond :

« Frédéric s’est dégonflé ! Il a peur du martinet ! C’est bien un minable ! »

Le « chef » m’avait d’ailleurs affirmé :

– Tu n’as aucun risque d’être pris à moins de te comporter comme un imbécile ; la vieille habite dans sa maison à plus de vingt mètres de sa porte d’entrée et elle se déplace avec difficulté. D’ici à ce qu’elle sorte de chez elle et apparaisse dans la rue, tu seras loin, donc hors de danger ! Elle ne te verra même pas !

Il est un principe en matière de sécurité : ne pas s’en remettre aux avis des autres et vérifier soi-même avec soin le détail de l’opération avant de passer à l’exécution. Je passai outre cette directive de prudence. En effet, il fallait faire vite puisque la fin de notre récréation écourtée approchait. J’avançai donc hardiment vers la porte de la dite dame pendant que tous mes complices disparaissaient de la rue, à l’abri dans les couloirs des immeubles. L’objectif, c’était une porte cochère peinte en gris clair dans laquelle avait été découpée une petite porte percée elle-même par un carré grillagé pour permettre au visité d’identifier le visiteur. Arrivé sur place, je pris en main la poignée placée en bout de la chaîne et imprimai un mouvement rapide sur le plan vertical ce qui déclencha le tintamarre habituel. Mission accomplie ! Je tournai des talons et repris le chemin de mon refuge au pas de course, mais pas bien vite cependant, mes bottes trop longues et trop larges ne le permettaient pas.

Je n’avais pas fait vingt mètres lorsque j’entendis une porte s’ouvrir violemment et une voix de femme criant dans ma direction :

– Espèce de petit chenapan, attends-moi, tu vas voir le sort que je réserve aux petits voyous comme toi !

J’avais donc été vu mais je n’étais pas encore pris car je n’avais justement pas l’intention d’attendre la dame, le salut, la porte desservant l’immeuble d’Albert et Raymond se trouvait proche et une fois atteint ce havre de paix, bien malin qui pourrait me découvrir. En effet, la vieille avançait péniblement appuyée sur sa canne alors que moi, je galopais, malgré mes bottes. J’entrai donc en voltige dans le couloir d’accès à l’appartement, lieu où je marquai un temps d’arrêt pour écouter, hors de vue de la rue, les suites de mon escapade. Lors de ma disparition de son champ visuel, j’avais distancé la vieille de plus de cent mètres !

J’avais cependant commis une erreur énorme. Sur mon trajet de fuite, tapie derrière sa fenêtre, il y avait la Mère Guillou, la concierge de tout ce qui se passait dans le quartier et, la première chose que fit ma victime, ce fut d’exposer ses déboires à cette interlocutrice de bonne volonté, un papier buvard qui aimait s’imprégner de tout ce qui se passait dans le quartier. Ceci fait, elle demanda à la Mère Guillou si elle avait reconnu le coupable.

– Pour sûr, Madame Thomas, répondit la Mère Guillou. C’est Frédéric, le fils de la Josiane, ma voisine d’en face, celle qui vient d’être embauchée comme ouvrière aux Chantiers. Une pas grand-chose prétentieuse tout comme son mari. Ils ont une auto ! Frédéric est gardé cette après-midi par la Mère Anne, dans l’immeuble à côté de celui de la Josiane, chez la Sylvie, la coiffeuse, avec ses enfants, deux petits voyous comme Frédéric, Ah ! C’est du beau monde ! De la pègre ! Qui se ressemble, s’assemble ! De la mauvaise graine de gibier de potence !

Une description haineuse, clairement anti-jeunes ! Cependant, après ces informations, je n’avais plus aucune illusion à me faire et la réalité en effet dépassa toutes mes prévisions. La première fessée se passa alors que j’avais sagement pris ma place derrière la table de la cuisine, lorsque Madame Thomas vint heurter l’huis en réclamant haut et fort réparation de mon forfait. Elle ne quitta la pièce qu’une fois avoir observé par elle-même ma punition, une grosse cinquantaine de coups de martinet jointe à l’obligation d’accompagner la vieille en vue de rattacher la cloche sur son support ; j’avais tiré trop fort.

C’est l’oreille basse et les paumes des mains sur des fesses brûlantes que je raccompagnai donc Madame Thomas chez elle. En passant devant la fenêtre de la Mère Guillou, la vieille la remercia de son précieux renseignement et l’informa que j’avais déjà reçu le fouet de la part de la Mère Anne.

– Bien fait pour lui, complimenta la Mère Guillou, cela devrait l’inciter maintenant à être plus sage. Notez que j’en doute. Frédéric, chez lui, est fouetté plusieurs fois par jour et voyez, c’est toujours un chenapan. Pour sûr, il finira en prison !

– Oh ! Il n’en a pas fini avec le fouet, la Mère Anne m’a dit qu’elle informerait sa mère lorsqu’elle viendrait le reprendre chez la Sylvie. Quant à moi, j’ai exigé qu’il vienne remettre en place la cloche qu’il a déglinguée, sachez que je n’hésiterai pas une seconde à lui donner aussi le fouet si son travail ne me convient pas !

– Vous aurez bien raison, Madame Thomas et vous devriez également exiger des excuses de la Josiane ainsi que de son mari qui ont mal élevé leur sale gosse ! Les parents sont responsables de la mauvaise éducation de leur progéniture ! Non ?

– Je ne manquerai pas de le faire, Mère Guillou.

Tout un programme de réjouissance pour une bagatelle minuscule, devenue affaire d’état pour ces vieux inoccupés ! La cloche fut rapidement revissée sur son emplacement – la chute était simplement due à un défaut d’entretien de la fixation et non à une traction trop violente de la chaîne. Ensuite Madame Thomas exigea que je me déculotte une fois de plus pour être fouetté – elle avait un vieux martinet qui datait de la jeunesse de ses enfants. Désormais il ne servait plus que contre les petits voyous comme moi, me dit-elle. Je pus constater qu’elle avait conservé la main souple et ferme et cette troisième fessée en moins de deux heures me fit un mal de chien. Ensuite je passai un quart d’heure à pleurnicher cul nu dans la rue, face à la porte de la vieille, celle-ci me surveillant le martinet à la main. Une honte totale ! Puis je la quittai en sanglotant, pour retourner chez la Sylvie, en lui promettant de ne plus recommencer. Pendant la durée de mon exposition, j’avais pu voir certains copains de la bande, hilares, mais ils passaient au large, craignant de se faire prendre et de faire partie également de la charrette.

Lorsque deux heures plus tard, Maman passa me reprendre, la Mère Anne lui resservit mon fait d’armes ; ma mère eut un mouvement de colère et me fila une paire de tartes en me promettant que cela ne se passerait pas comme cela et qu’elle en parlerait à mon père dès son retour ; je pouvais m’attendre à une très grosse fessée.

– Vous aurez raison, Josiane, fit la Mère Anne, votre fils n’est pas sage ; il a besoin d’être solidement dressé. Je l’ai fouetté deux fois cette après-midi.

– Vous avez eu raison ! Excusez-moi, Mère Anne.

– Il faudra également vous excuser auprès de Madame Thomas, la victime de la gaminerie de votre voyou de fils.

– Ce sera fait, vous pouvez y compter. Excusez-moi encore.

Donc, le soir même, je reçus le martinet donné par mon père et je passai la soirée au piquet au pain et à l’eau, une première !

– Bien fait ! me dit mon frère en passant auprès de moi. Je te savais nul mais pas au point de tirer des sonnettes comme un sale mioche. Tu verras que ton affaire stupide ne s’arrêtera pas là et tu seras à nouveau fouetté ; à croire que c’est ce que tu cherches !

Puis, Maman était allée aussi présenter ses excuses à Madame Thomas. J’étais encore au coin à son départ, le nez dans les cirés, dans l’entrée.

L’entrevue n’avait pas dû se passer sans nuage, car elle ne revint qu’une demi-heure plus tard, le visage rouge, les yeux humides, manifestement de très mauvaise humeur. Sans me dire un mot, elle me prit un poignet et je fus entraîné à sa suite dans la cuisine et elle me fit grimper sur le tabouret. Ceci fait, elle me fit tâter du nouveau martinet ! J’étais fouetté pour la quatrième fois pour ma gaminerie ! Mes fesses étaient en capilotade. Ceci fait, je retournai en pénitence et Maman se dirigea vers la salle à manger pour informer mon père qui écoutait la radio, des résultats de mon inconduite : Madame Thomas exigeait, outre sa propre démarche, la venue du responsable de la famille – mon père – pour solliciter sa clémence. Apparemment, le timing ne correspondait pas aux projets de mon père pour la soirée.

– Tu as vu l’heure ?

– Bien sûr et après ? Il vaut mieux en terminer avec cette affaire avant que Madame Thomas ne se rende à la Police. C’est une personne de qualité, appartenant à un milieu très supérieur au nôtre que nous devons respecter. C’est d’ailleurs, en partie de notre faute ; nous aurions dû éduquer Frédéric pour qu’il ne commette pas avec désinvolture de telles méchancetés envers de personnes âgées.

– Embêtant, en effet, pour cette dame ! Mais Frédéric m’a raconté toute l’affaire, c’est simplement un enfantillage, un petit peu compliqué par l’âge de notre fils, mais sans la moindre gravité. La plupart des gosses dans leur jeunesse ont tiré des sonnettes. Cela ne porte pas à conséquence, sauf une bonne correction au martinet et il l’a reçue. Basta, c’est terminé et on passe à autre chose ! A la Police, ta Madame Thomas se fera éconduire sans ménagement. Non ! Pas ce soir. Peut-être à l’occasion. Je verrai… si j’y pense.

– Mais tu sais, les descendants des grandes familles bourgeoises ont le bras long dans cette ville. Madame Thomas risque de nous compliquer la vie notamment avec la Police – elle m’en a menacée – alors que, en présentant de plates excuses, elle tournera la page. Vas-y donc ! Ce sera plus correct.

– Pas question ! J’écoute une émission intéressante ; on verra cela à tête reposée.

Le gros bon sens de mon père avait donc prévalu !

C’était la Mère Anne qui avait raconté le lendemain à la Sylvie devant ses enfants et devant moi, le déroulement de l’entrevue entre Madame Thomas et ma mère. Elle tenait sa version authentique de la propre bouche de la Mère Guillou, toujours parfaitement informée. D’ailleurs, c’était Madame Thomas qui s’était rendue chez la Mère Guillou pour lui raconter les suites de son renseignement.

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Madame Thomas avait reçu ma mère froidement, le martinet à la main, dans l’allée qui serpentait sous les arbres en prolongement de la porte d’entrée demeurée ouverte. Elle l’avait gratifiée d’un savon de première grandeur où ses talents d’éducatrice avaient été évalués à leur vrai niveau, plus bas que terre. En outre, Madame Thomas ne lui avait pas caché qu’elle et sa famille étaient la honte d’une rue, anciennement bien fréquentée et qu’à la prochaine occasion, elle irait se plaindre au commissariat de police des nuisances découlant de cette regrettable promiscuité. Il existait des maisons de correction et c’était ce qui semblait convenir pour dresser des chenapans tels que moi ! Mais les parents étaient aussi responsables de ce relâchement ; eux aussi devraient normalement être punis de leurs négligences, peut-être pas encore la prison, tout au moins au début mais par des travaux de solidarité envers les personnes âgées, l’entretien de la chaussée souvent malpropre, il y avait des crottes de chien partout… avec naturellement, en plus, une bonne peine publique de fouet bien cul nu afin rendre publique leur infamie.

– Qu’en penses-tu, Josiane ?

Là aussi, il fallait faire preuve de diplomatie, la mégère avait conservé son fouet à la main. Ma mère se crut bien avisée de répondre :

– Peut-être ; vous me prenez à court ; enfin je n’y ai pas réfléchi, Madame Thomas. D’ailleurs une telle décision n’incombe-t-elle pas aux pouvoirs publics, seuls compétents en la matière ?

– Voilà justement la cause du problème, l’irréflexion, l’égoïsme et l’abus de droits, le mode de fonctionnement habituel de la lie du peuple ! Enlève ton bleu d’ouvrière, Josiane, je vais te faire tâter du martinet. C’est bien la moindre des choses ! N’est-ce pas ?

Maman avait dû s’exécuter et retirer aussi sa petite culotte et elle avait reçu une énorme fessée, bien méritée. Eh quoi ! Elle était bel et bien coresponsable et en plus, on n’avait pas idée de se présenter chez une Dame, vêtue en bleus de travail !

Puis, ma mère, en pleurant avait dû remercier Madame Thomas de l’avoir punie, celle-ci l’ayant alors autorisée à repasser sa combinaison. Enfin, elle lui avait indiqué du bout de son fouet le chemin de la sortie en recommençant à la fouetter. Maman avait alors battu précipitamment en retraite poursuivie par la maîtresse des lieux qui lui cria :

– Comme cela, Josiane, tu n’auras pas l’impression d’être venue pour rien et sache que j’en ai autant pour ton mari quand il viendra se présenter chez moi pour s’excuser ! Dis-le-lui !

– Je le lui dirai, Madame Thomas. Excusez-moi ! Mes respects ! Ouille ! Ouille ! Ouille !

La Josiane avait-elle fait la commission ? En tout cas, Madame Thomas n’avait pas vu son mari ce soir-là.

– Ah ! Il ne perd rien pour attendre. Lui aussi y aura droit, vous pouvez me faire confiance !

C’était là un témoignage accablant ! Cependant, dans un but d’exactitude scientifique, la Mère Guillou avait questionné l’une de ses amies, la Lucie qui, de sa fenêtre, voyait tout ce qui se passait dans le jardin de Madame Thomas. La Lucie n’avait pu que confirmer le récit fourni. Malheureusement elle n’avait pu entendre les paroles échangées mais elle avait clairement vu ma mère recevoir une paire de gifles puis, se déculotter, se retourner pour présenter ses fesses, écarter ses jambes et se pencher en avant pour être fouettée, une très, très grosse fessée avait-elle précisé. Poussant plus avant son enquête, la Mère Guillou avait obtenu le témoignage d’une autre voisine, la Jacqueline, qui avait assisté à la fin de la scène – elle passait devant le portail de Madame Thomas au moment des faits ; elle avait observé la fuite sans gloire de ma mère poursuivie par Madame Thomas qui lui cinglait les fesses avec vigueur et avait entendu les dernières paroles échangées entre les protagonistes. Cela correspondait mot pour mot au récit de Madame Thomas.

– Tout était donc prouvé et la Josiane, à la fin de sa première journée de travail en usine, a bien reçu une grosse fessée de Madame Thomas.

– Et oui, Mère Anne ! Aucun doute que la Josiane a reçu ce qu’elle méritait. Madame Thomas a une réputation de grande rigueur, c’est une personne très sérieuse qui est cliente du salon où je travaille, tout le monde, même la patronne la traite avec considération et respect. Nos voisins, eux, ont une certaine apparence du fait de leur voiture et parce qu’ils occupent une vaste maison mais sait-on seulement qui ils sont ?

– Maman, demanda Albert, qu’est-ce que c’est qu’une maison de correction ?

– C’est une prison où l’on enferme les jeunes délinquants.

– Ils sont fouettés ?

– Bine sûr, lorsqu’ils le méritent. Bon ! Je vous laisse car à ce train, je vais être en retard. Je ne veux pas être punie ; la patronne du salon ne rigole pas sur les heures de prise de service !

Ma misérable gaminerie avait donc provoqué non des remous mais un vrai raz-de-marée mais était-ce terminé pour autant pour moi ? Non ! Car la première livraison de mes devoirs de vacances n’avait pas été achevée du fait des circonstances et je ne pouvais pas espérer que mon frère en tienne compte demain pour l’attribution de ma note de travail. Je devais donc craindre une nouvelle grosse fessée pour le lendemain ! Vraiment, cette affaire avait suivi un enchaînement catastrophique !

Mais cet incident avait implanté des images nouvelles de ma personne. Pour la petite bande dont je faisais partie maintenant, malgré le chef qui avait jugé, pour sa part, que j’avais saboté la mission, tout le monde avait estimé que je m’étais débrouillé au mieux et que sans cette garce de Mère Guillou, toujours à l’affût derrière sa fenêtre, tout se serait passé sans encombre. De plus, j’avais été fouetté, même à plusieurs reprises, Albert et Raymond et d’autres pouvaient l’attester, donc j’étais admis comme membre actif de la bande. En revanche, pour la Mère Anne et les parents des deux galopins, j’étais assurément devenu un voyou à surveiller de près et à ne pas louper à l’occasion ; d’ailleurs, j’étais le plus grand, je devais donc en toute circonstance montrer l’exemple et, à l’inverse, en cas de faute, subir une punition majorée ! Mes parents avaient une opinion malheureusement très voisine si bien que le tarif des fessées en nombre de coups de martinet suivit une inflation qui n’avait rien à voir avec l’évolution monétaire.

Néanmoins après cet avatar, la vie reprit son cours dans des conditions plus normales. Ainsi notre bande, à l’unanimité, avait stigmatisé l’attitude de la Mère Guillou et jugé que des représailles étaient nécessaires. Malheureusement cette personne avait bec et ongles et, de notoriété publique, elle possédait elle-aussi un martinet avec l’énergie suffisante pour s’en servir de façon efficace (certains éléments de la bande en conservaient même un cuisant souvenir). Il fut donc décidé de la laisser tranquille. La prudence la plus élémentaire conseille à ne réserver les agressions qu’au détriment de personnes incapables de se défendre.

Il m’arrivait aussi, pour ma part, de croiser Madame Thomas, la propriétaire de la sonnette défaillante et je ne manquais jamais de la saluer avec respect. On ne savait jamais… Dès fois qu’elle vienne se plaindre à mes parents d’insolences de ma part ou aille baver Dieu sait quoi à la Police. Elle me jetait un regard hautain et passait outre. J’avais été une fois pour toutes catalogué comme un malfaiteur en herbe.

6 punish book 1

Dans ces conditions, l’arrivée du martinet à notre domicile avait conduit à de si nombreuses fessées qu’un carnet de punition avait été ouvert à mon nom relevant les fessées reçues de la part de mes parents, de la Mère Anne ou de tout autre adulte avec le motif de la sanction – je devais conserver sur moi ce précieux calepin et le présenter lorsque j’étais puni pour le faire compléter ; hebdomadairement, en fin de semaine mes parents exigeaient de le voir ce qui donnait lieu à une appréciation générale de ma conduite pouvant donner lieu à une nouvelle fessée immédiate, la piqûre de rappel en quelque sorte.

Ainsi, en peu de temps, le martinet était entré dans les mœurs familiales et était devenu sans effort un élément prédominant de mon éducation.

Illustr. : 1) Manara – 2) Unknw – 3&4) martinet – piquet –  5)   Unkn E. Brownrigg – 6) Punishment Book

 

16 commentaires »

  1. Rémi dit :

    Bonjour,
    Quelles punitions ! Quatre fouettées en une seule après midi (j’en ai même compté cinq), tout ça notamment pour une malheureuse sonnette, c’est chèrement payé.
    Il est vrai que l’on parle de la loi des séries et souvent j’ai eu l’occasion d’en vérifier la justesse.
    Une fessée donnée dans la précipitation pour punir une bêtise sans délai se transforme par la suite en punition plus conséquente au martinet pour bien faire passer le message.
    Entre temps un tour au piquet permet au fautif de mesurer l’étendue de ses méfaits.
    Pour Frédéric, compte-tenu de l’adoption de mesures disciplinaires strictes, cet enchaînement a présenté une progression inexorable.
    J’imagine que vos mésaventures ont connu des prolongements et que vos fesses furent rougies par la suite.
    Cordialement, Rémi

  2. CLAUDE dit :

    Bonjour Fred44. Il y a dans votre récit deux choses qui me plaisent :
    1) »Ordre Obéissance et Travail ». Ce sont des valeurs que l’on ferait bien de mettre au goût du jour !
    2) Le »Carnet de Punitions » Incontournable pour un bon suivi éducatif (entendez corrections corporelles).
    Par contre, je suis surpris du décalage entre votre incivilité (avoir dérangé autrui uniquement par jeu) et les multiples corrections que vous avez écopées. Vous deviez être bien soumis pour accepter cette discipline de fer ! Cordialement, CLAUDE.

    • fred44 dit :

      Etais-je alors très soumis ? Sans doute pas plus qu’un autre, mais vraiment le martinet était alors la norme pour les habitants de ma rue et aucune des personnes qui m’ont donné le fouet n’a vraiment dépassé la punition généralement admise… mais il y avait multiplicité d’autorités qui se croyaient avoir le droit d’exercer leur droit de punir : la personne qui m’avait en garde, la victime, mon père puis ma mère, chacune ayant exercé une sentence limite pour des faits de gaminerie. Il y avait aussi mon âge qui aurait dû m’inciter à ne pas commettre de telles stupidités, la fessée encourue était donc plus soignée. J’ai tout lieu de penser que si le coupable avait été un gamin de 10 ans, quelques cinglées auraient suffi pour que le droit à vengeance soit considéré comme éteint.
      Maintenant, plus de vengeance individuelle autorisée ! Est-ce pour cela que les attaques sur la voie publique se font de plus en plus nombreuses ? Les agresseurs ne risquent pratiquement rien et en cas de réaction de la victime ou de l’environnement, ces intervenants ont du souci à se faire pour tenter de justifier leur réaction devant les tribunaux.
      A choisir, je préfère l’ancienne sévérité au nouveau laxisme !

      • CLAUDE dit :

        Bonjour Fred44. Je suis bien d’accord avec vous. Et il n’y a pas que les attaques sur la voie publique qui se multiplient. Les profs ne sont plus respectés, quand ils ne sont pas menacés,voire agressés. Et bien souvent les parents défendent leur rejeton ! On a l’impression que la société fonctionne à l’envers. Les »Enfants Rois » font la loi à la maison et dans la rue. Les parent sont, pour la plupart, indifférents devant ces mauvaises conduites. Quand,par leur passivité, ils n’en sont pas complices ! Malheureusement, le retour de l’autorité, notamment dans beaucoup de familles, reste problématique, vu le dénigrement, voire l’interdiction, des châtiments corporels,même modérés. Pourtant,d’après mon expérience, je peux dire qu’une bonne correction quand elle est méritée et entourée d’affection fait réfléchir avant de commettre la même faute. Cordialement. CLAUDE.

  3. fred44 dit :

    Bonjour Rémi,
    Merci de votre commentaire.
    Oui. Vous avez fort bien analysé la progression suivie.
    Maintenant où se trouve l’éducatif dans toute cette violence : comme cela, tu ne recommenceras pas ! A tirer une sonnette ? A importuner une vieille dame ? Vraiment le message passé était flou et le puni ne pouvait qu’en retirer la leçon bien connue « pas vu, pas pris ; vu, pendu »… Qui peut seulement inciter au pire à supprimer tous témoins oculaires ; mais tout aussi bien, pour éviter le martinet, à tricher, à mentir mais faute de support moral et de message clair, absolument pas à bien se comporter à l’avenir.
    Alors à défaut d’éducatif, du punitif : la vengeance sociale ou individuelle. Oui ! C’était le cas à l’état pur mais je ne crois pas qu’elle mérite de tels excès.
    C’est malheureusement un cas fréquent et la fessée n’a pas par soi-même de réel caractère éducatif. En y réfléchissant, peu nombreuses furent les fessées qui eurent un impact véritable sur mon travail scolaire. Je suis demeuré un « mauvais » élève jusqu’au bac que j’ai fini par passer à l’ancienneté.
    Alors le martinet a continué longtemps à sévir mais désormais lorsque je préparais un coup tordu, son élaboration était lente, intellectuelle, plus du tout passionnelle – le crime « parfait » en quelque sorte. Le message n’était donc pas passé !
    Cordialement
    Frédéric

  4. CLAUDE dit :

    Bonjour Fred44. Vous écrivez : »le martinet fut un élément prédominant de mon éducation ». Vous n’êtes pas le seul ! Et chez moi, le »Carnet de correspondance » qui notifiait mes bêtises ou mon manque d’attention à l’école valait bien votre « Carnet de Punitions ». Chez moi non plus il n’y avait pas de « punitions de fantaisie », mais un bon martinet pendu en permanence dans la cuisine pour faire régner »l’ordre et la discipline ». Certes aujourd’hui les moeurs se sont « adoucies », je dirais même affaiblies. Pourtant, au rique d’en surprendre plus d’un, je ne regrette pas ce type d’éducation. Cordialement.CLAUDE

    • fred44 dit :

      Cher Claude,
      Je suis tout à fait d’accord avec vous. Nos parents, face à une situation donnée, compte tenu d’un environnement donné, ont réagi comme ils le pouvaient, au mieux. Je serais bien présomptueux si je prétendais avoir été plus efficace avec mes enfants, avec le martinet suspendu dans la cuisine – faute d’avoir eu le recul nécessaire pour réfléchir à la question.
      Voyez-vous, il me semble que l’essentiel, c’est que la punition suive au plus près la bêtise ou l’acte de paresse – plus la correction s’éloigne moins son impact est utile pour l’enfant ou l’ado… et comme c’est cette utilité qui est le justificatif de la fessée… moins cette violence est acceptable.
      Or, autant cette condition est réalisée dans la plupart des incivilités, autant elle est plus délicate en matière scolaire. La présence d’un martinet ne dispense donc pas d’un suivi au plus près, jour après jour, du travail de l’enfant ou de l’ado, en collaboration avec ses professeurs. Qui peut de nos jours avoir cette présence continue auprès de ses jeunes scolarisés ? Chez moi, il y avait cinq enfants…
      Cordialement.
      Fred 44

  5. Marco dit :

    Bonjour Fred,
    quelles épreuves ces fessées ! Certes, cela remonte à une époque où c’était monnaie courante mais, comme les précédents intervenants, il me semble que c’était exagéré.
    Le pire dans l’épisode 5, c’est que votre maman y a goûté aussi soumise aux caprices de la « bourgeoise » du quartier Madame Thomas.
    J’espère que votre papa n’y pas eu droit, qu’il a réussi à passer à travers sinon cela nous promet un nouvel épisode le N° 6 de la série ?
    Je me demande comment vous avez pu recevoir tant de fessées alors que vous paraissez timoré, sage et que vos parents malgré l’adversité conservent un comportement de bon sens et de sagesse.
    Ils sont instruits cela se remarque. Ce qui me surprend aussi, c’est la « passion » de votre maman pour la fessée et la façon dont elle forme votre papa pour vous l’administrer comme il faut. Surprenant aussi cette position debout sur un tabouret. Dernière remarque : vos récits sont aussi, en faisant abstraction du sujet, un bon témoignage de la vie difficile de la France d’en bas pendant et immédiatement après la Seconde Guerre mondiale.
    Cordialement.
    Marco

    • fred44 dit :

      Je vous rassure, il n’y aura pas de 6ème épisode. Il ne faut pas user les patiences ! Car je pourrais continuer sur le ton larmoyant en parlant du décès de mon père qui a suivi ces événements et une décision législative généreuse (à la française) qui a spolié notre ménage du peu de biens qui subsistaient. Non ! Tout cela est d’ordre intime et finalement n’intéresse personne.
      D’ailleurs, le quartier a bien changé depuis lors. Les jeunes qui jouaient dans la rue sont devenus grands et sont partis s’établir dans la périphérie. Tous les commerces (près d’une dizaine) sans exception ont disparu et ont été transformés en garages. La rue, peuplée de personnes du troisième âge, s’est endormie, malgré des programmes immobiliers qui en ont modifié l’aspect.
      Que tirer comme conclusion de l’éducation avec martinet ? Peu de chose ; dans mon cas particulier, elle n’a rien apporté de concret à mon comportement. Ma scolarité est demeurée stable dans sa médiocrité jusqu’à ce que je découvre un intérêt personnel dans certaines matières enseignées – et je dois cela à deux de mes professeurs en première !
      Alors le martinet ? Oui ! Dans la mesure où bien en vue, il représente la menace finale en cas de grosse bêtise. Oui aussi pour servir en appui d’un cadre éducatif pour gérer la scolarité de façon optimale. Mais il doit être utilisé uniquement dans l’intérêt de l’enfant et non pour se défouler à un moment où la punition n’a plus de sens.
      De toute manière son sort est réglé pour le présent dans l’état actuel de notre tissu social, mais qui peut prévoir l’évolution à venir de notre société ?

      • Marco dit :

        Bonjour Fred, merci pour votre réponse rapide. Je suis désolé d’avoir ravivé des souvenirs pénibles. M’autoriserez-vous encore quelques commentaires ?
        marco

      • Marco dit :

        J’ai l’impression que vous êtes triste. Je suis peiné que votre papa n’ait pas survécu à cette période. J’espère que ce n’est pas suite d’avoir subi l’ignominie de madame Thomas. J’imagine que pour lui ce n’était pas facile de s’assumer dans cet environnement et de gérer la famille. Pour votre maman, fesseuse fessée, cette cuisante et honteuse correction ne l’a pas fait réfléchir à votre égard. Peut-être parce qu’il était trop tard pour qu’elle le comprenne ou à l’inverse qu’elle n’en a pas reçu assez. Cela montre que faire « rentrer par les fesses » une leçon n’est pas garantie. Le martinet ou tout autre instrument censé soulager la paume des fesseurs/ses et démultiplier la correction agit comme un épouvantail, mais pour bien le craindre il faut y goûter de temps en temps pour se rappeler sa morsure. Cependant, pour le bien commun des enfants et des parents en user avec modération. Vous soulignez bien la chance de croiser des personnes qui remarquent vos aptitudes dans certaines matières et vous soutiennent. C’est un espoir de s’élever et de s’extraire d’une condition difficile. Et l’évolution d’un quartier qui périclite en fonction de l’évolution de sa population. Merci pour vos éclaircissements.
        marco

        • fred44 dit :

          Vous savez, c’est moi qui ai choisi d’écrire cette séquence sur ce blog accueillant et tant pis pour moi si le climat n’a pas toujours été euphorique ! Donc, mon père est mort quelques années plus tard d’une longue maladie, comme on dit de nos jours. Quant à ma mère, après un début de crise, que j’ai décrit, elle s’est adoucie peu à peu et elle est décédée cinquante-cinq ans plus tard, entourée de l’affection unanime de ses enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants.
          La vie aime à présenter des cycles. Le moment que j’ai décrit figure en bas de cycle et ensuite si l’on joint économie, travail, persévérance et ténacité à la bonne santé nécessaire, la situation finit bien par s’améliorer. C’est bien ce qui s’est passé. Cependant ma Mère a continué à exposer bien vue dans sa cuisine le martinet qui était devenu son sceptre – bien que son seul objet fût limité depuis longtemps à la seule menace.

  6. georgesflogg dit :

    Bonjour Fred,

    Ainsi donc, votre maman, votre très sévère maman, celle qui vous giflait et fessait pour un oui, pour un non, celle-là même qui conseillait votre père pour que vous ressentiez mieux la fouettée qu’il vous administrait, celle qui exigeait de vos enseignants qu’ils n’hésitent pas à vous gifler, à vous donner des coups de pied au derrière et qu’ils vous fessent au martinet, cul nu, et surtout, que la punition soit humiliante autant que douloureuse; cette mère plus que rigoriste, se retrouva dans la situation inverse ?… Contrite et soumise à l’autorité, giflée, contrainte à se retrousser et à se déculotter, penchée en avant et les jambes écartées, pour recevoir, à son tour, une très grosse fessée au martinet, et ressentir l’humiliation de devoir remercier pour la correction reçue ?…
    Loin de la faire réfléchir sur sa sévérité excessive envers ses enfants, son premier soin fut de se venger en vous administrant votre quatrième fouettée en quelques heures !…
    Mais qu’avez-vous ressenti, vous, en apprenant que votre mère aussi pouvait craindre la fessée et s’y soumettre ?…
    Et au train où vont les choses, j’imagine que votre père n’échappa pas, lui non plus, à la déculottée féroce de madame Thomas ?…

    • fred44 dit :

      Eh bien cela ne m’a pas appris grand-chose. Auparavant, j’avais passé six semaines isolé chez des personnes chez qui les châtiments corporels étaient choses courantes, même pour le père de famille, un ivrogne ! L’important se trouvait alors dans la capacité à concevoir des contre-mesures plus qu’à tirer de grandes leçons de ces punitions.
      Que ma mère voire mon père puissent être soumis à leur tour à de tels excès n’avait rien pour me surprendre. N’avais-je vu pire autour de moi, peu de temps auparavant : la mort d’adultes et d’enfants dans les bombardements, les mitraillages. L’unique leçon à tirer, était de se mettre à l’abri et s’éloigner de l’objectif pour se prémunir de coups contre lesquels on ne pouvait rien. Alors pour mes parents, il en était de même.
      D’ailleurs cette violence, inadmissible présentement, est-elle pire en pratique à la situation actuelle, évidemment plus soft, on l’on fait comprendre tout à coup à un individu qu’il est devenu un inutile socialement parlant et que son avenir après un chômage se trouve dans les minima sociaux, ce jusqu’à ce que mort s’en suive ?
      Je crois que la réaction de nos contemporains, des braves gens aux conceptions angéliques, a largement dépassé son but pour créer, à son tour, de nouveaux avatars plus graves, peut-être, que les anciens.

      • CLAUDE dit :

        Bonjour Fred44. Comme vous je pense que notre société frise l’hypocrite : de grands discours sur la solidarité, l’indignation quand un père de famille donne une modeste fessée à son gamin et qui écope de 500€ d’amende !… Voilà où nous en sommes après quatre décennies d’intoxication pseudo psychologique ! Mais qu’y pouvons-nous ?Les médias assurent la chasse-gardée de ces balivernes. C’est pourquoi je ne prive pas, à chaque occasion qui m’est donnée, de dire tout le bien que je pense des méthodes anciennes d’éducation dont la clé de voûte étaient les châtiments corporels (mesurés, s’entend).Et qu’on ne vienne pas me parler de « traumatisme » ! Bien au contraire, c’est grâce à ces méthodes que j’ai mûri, fondé une famille, obtenu plusieurs jobs qui m’ont permis d’élever mes enfants d’une main ferme; aujourd’hui, ces derniers ont une situation qui fait envie à beaucoup d’ »enfants Rois » ! Cordialement. CLAUDE.

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