La fessée appliquée

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Education avec ou sans martinet ? 1re partie

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Par Fred44

Vous avez dit laxisme ? Incontestablement, mon témoignage n’a qu’une valeur toute relative sur le plan sociologique puisqu’il repose sur des souvenirs personnels portant sur un échantillon de population très restreint au cours de ma jeunesse (entre 1930 et 1944), perturbé par la guerre dans un milieu très cloisonné. Mon père étant fonctionnaire appelé en principe à de fréquentes mutations, nous vivions plutôt en vase clos avec fort peu de contacts avec l’extérieur. Dans ces conditions mes souvenirs ne sauraient avoir une portée générale contrairement à ceux évoqués par d’autres contributeurs de ce blog.

Mais venons-en au plan éducatif de la jeunesse qui intéresse plus particulièrement nos lecteurs. Mes parents, sur ce sujet, ne faisaient pas exception avec les habitudes du voisinage à ceci près qu’ils ne faisaient appel, eux, qu’à des types de coercition très modérée. Ceci dit, pour la discipline éducative, la fessée n’était pas d’usage courant chez nous et elle avait uniquement pour but de souligner l’existence de limites à ne plus dépasser à l‘avenir, à marquer les esprits donc et non le postérieur des petits.

Je me rappelle ainsi d’une seule fessée reçue de mon père quand je devais avoir quatre ans. Je m’étais laissé aller à exprimer mon vif mécontentement en lâchant avec violence le gros mot « merle » (sic) puisé en droite ligne dans le vocabulaire paternel d’automobiliste ; celui-ci avait tendance à se laisser aller au volant à un certain lyrisme lors des incidents inhabituels de la circulation routière, déjà existants alors. En entendant ce vocable surprenant dans une bouche enfantine, mon père avait échangé un bref sourire avec ma mère et, pour la bonne règle, m’avait saisi sous son bras gauche pour me donner quelques tapes pas méchantes sur le fond de la culotte en affirmant que « cela ne se disait pas ». Oui, ce n’était guère dissuasif mais vu le caractère exceptionnel de la chose, j’en ai conservé le souvenir… le but était atteint.

Dans le domaine scolaire, il en était différent. Ainsi, je me souviens que le passage en sixième de mon frère aîné donna lieu chaque semaine – lors de la présentation du carnet de notes à mon père – à une très grosse fessée déculottée, complétée par une mise au piquet prolongée. De sérieuses corrections, humiliantes mais pas très douloureuses, existaient donc chez nous.

Pour ma part, en revanche, sans doute suite à ma santé délicate, je n’ai pas de tels souvenirs qui auraient dû me marquer au moins autant que les fessées de mon frère ; je passais d’ailleurs pour le « petit favori » auprès de celui-ci car il eut souhaité, à coup sûr, que me fût appliqué un régime semblable au sien. Et pourtant… alors que pour mon frère, la sixième fut une exception dans une scolarité sans histoire, ce fut pour moi l’ensemble du secondaire qui fut difficile avec notamment deux redoublements à la clef. Est-ce à dire que je passai entre les gouttes des fessées ? Certainement pas car j’ai encore en mémoire la terreur qui me prenait lors de la livraison par voie postale des avis de sanction – les heures de retenue à subir les jeudis après-midi à raison d’une ou deux par trimestre – et surtout du feuillet trimestriel contenant les observations des enseignants avec l’évaluation chiffrée de mes performances. Cela me prenait aux tripes… et je suis bien obligé d’en déduire que si tel était le cas, c’est bien parce que mon père marquait sévèrement le coup ! De quelle façon, je n’en ai aucun souvenir mais probablement, j’ai dû subir, en suivant les traditions familiales des fessées à la main après m’être au préalable déculotté.

Côté maternel, l’arme de coercition ultime était la tapette à tapis, une palette en osier au bout d’un long manche. C’était là moins une menace absolue que l’expression d’un niveau de grande exaspération de sa part car, une fois qu’elle s’était décidée à passer à l’action en proférant des menaces véhémentes et s’était rendue dans l’entrée chercher l’instrument dans le placard aux balais, il y avait beau temps que mon frère et moi nous avions sonné la retraite et déguerpi, qui vers les étages supérieurs, qui vers le garage, la cave ou le jardin, hors d’atteinte d’une opération coup de poing… et il ne restait plus à ma mère qu’à ranger la fameuse tapette… Au demeurant, le résultat avait été obtenu puisque le calme avait été rétabli. Seulement ces punitions désagréables faisaient alors partie du paysage et ma mémoire n’en a pas retenu le détail.

Tel fut le climat relativement non violent qui « sévissait » à la maison.

En primaire, au Lycée, je n’ai subi aucune atteinte physique et n’ai été le témoin d’aucun châtiment corporel concernant mes petits camarades. Les sanctions consistaient à écrire des lignes de textes, à décliner des verbes à tous les temps… mais chaque semaine, la maîtresse nous remettait notre carnet de notes portant à l’encre rouge ses observations, lequel opuscule devait lui être restitué dès le lundi matin, émargé par les parents. C’était donc à eux de prendre toutes mesures coercitives qu’ils jugeaient convenables, le cas échéant après avoir sollicité un rendez-vous avec l’enseignante. Mes parents se contentaient de porter un « vu » dans la rubrique adéquate et de signer… mais pour d’autres, il n’en était pas de même et la mention « mon fils ou ma fille a reçu le martinet » était, semble-t il, assez courante car la maîtresse commentait alors l’incident à la réception du carnet en invitant l’élève à se reprendre – à noter que j’ai suivi mon primaire au Lycée qui était mixte…

Un peu plus tard, en secondaire, il n’existait pas de sanctions corporelles, la punition habituelle étant la retenue dont je viens de parler.

Est-ce à dire pour autant que je n’ai été le témoin d’aucune fessée publique… notamment en dehors de l’établissement scolaire ? Non ! Probablement… mais la chose entrait alors tellement dans la norme admise, la fessée étant tellement le châtiment habituel pour les enfants et les ados que je n’en ai pas conservé le moindre souvenir.

En revanche, l’usage du martinet, objet mythique non courant chez nous, n’avait pas pour moi le caractère courant d’une fessée à la main et des souvenirs sur le sujet persistent dans ma mémoire. Je relève, parmi d’autres, deux faits, d’assez maigre importance, d’ailleurs.

Ainsi, au Lycée, je devais être en huitième, un début d’après-midi, le proviseur, en personne, déboula dans notre classe. Nous nous mîmes respectueusement debout. Après nous avoir souhaité le bonjour, ce haut personnage monta sur l’estrade et s’adressant à la maîtresse, il demanda :

- Hector ne vous a rien dit ?

Hector, c’était son propre fils qui faisait partie de mes camarades, un garçon très gentil d’ailleurs. Suite à la réponse négative de l’enseignante, il enchaîna :

- Hector, viens ici tout de suite sur l’estrade.

Le copain obéit en rougissant car il se doutait de ce qui allait suivre. Son père enchaîna :

- Baisse ta culotte et montre bien tes fesses et tes cuisses à Mademoiselle la maîtresse.

Hector s’exécuta sur le champ. S’adressant à l’institutrice, son père continua :

- Vous voyez, Hector, ce midi, a été désobéissant, aussi il a reçu une bonne séance de martinet dont il conserve les marques. Je vous invite à être très sévère avec lui et à ne rien lui laisser passer. Le cas échéant, avertissez-moi, je ferai le nécessaire. Tu as compris, Hector ?

- Oui, Papa.

Les joues de mon copain s’étaient teintées de rouge, une couleur moins soutenue toutefois que les marques foisonnantes qui apparaissaient sur son postérieur.et ses cuisses. Il n’avait pas été loupé !

Mon camarade ayant fait montre de bonne volonté, il fut autorisé par son père à se reculotter et à regagner sa place et le proviseur nous quitta. Celui-ci parti, nous nous rassîmes… et la maîtresse eut la sagesse de ne faire aucun autre commentaire. Nous non plus, au cours de la récréation, nous ne fîmes aucune observation même pas narquoise à l’intéressé. Hector était un bon copain et le martinet était une réalité reconnue, faisant partie du paysage au moins dans certaines familles. Il était certain qu’il n’était pas le seul dans notre classe à redouter les effets d’un tel instrument… le port de la culotte courte ne laissait aucun doute sur le sujet. Il n’y avait donc pas matière à rire dans ce domaine.

Second fait, un peu plus marquant celui-là. Mon père avait avisé son épouse qu’elle était invitée avec les enfants chez la femme de l’un de ses collègues, Madame Simone Gamblin.

L’épouse du Directeur départemental, le grand chef de mon père, sponsorisait de telles visites entre épouses de fonctionnaires de la même administration, en vue d’assurer un tissu relationnel en dehors du travail entre les cadres travaillant dans le service de son mari. De telles visites protocolaires étaient donc organisées pour maintenir un lien social entre des personnes immergées dans un milieu indifférent sinon méfiant, voire hostile. Seule consigne, éviter tous les sujets qui fâchent, politique, religion, actualités etc. En guise de commentaire particulier, Papa ajouta

- Attention ! Autant que tu le saches avant de t’aventurer chez cette personne. Madame Gamblin est une maîtresse femme et elle le sait. Son cursus est simple mais atypique : elle est issue d’une famille de noblaillons du coin et possède certains biens. De plus, elle a poursuivi de fortes études aux termes desquelles elle a arraché un poste de cadre dans une entreprise textile locale. Il y a encore quelques mois, elle était chef d’atelier et dirigeait d’une main de fer une centaine de femmes. Une bonne représentante des intérêts de la bourgeoisie ? Pas seulement, car, malgré le climat de grèves incessantes qui a régné depuis 1936, son atelier n’a jamais eu à se plaindre du moindre arrêt de travail. Elle savait donc se faire l’écho près de la Direction des revendications de la base les plus essentielles… Bref tout allait bien pour elle jusqu’à ce que l’occupation Allemande ne vienne fermer les sources d’approvisionnement de l’entreprise dont la Direction a décidé la mise en sommeil ou la liquidation, je ne sais pas au juste. Quoi qu’il en soit, Madame Gamblin s’est retrouvée brusquement sur le sable et est devenue sur le tard mère de famille à la maison. Aussitôt, elle s’est attelée à l’éducation de ses enfants, relativement obérée par suite de son absence du foyer plus de quarante heures par semaine ; elle s’y est appliquée depuis, parait-il, avec courage et fermeté. Parallèlement, elle a rejoint le groupe informel des femmes de cadres qu’elle avait relativement ignoré jusqu’alors. En quelque mois, elle y a imprimé sa marque au point de devenir le modèle de nombreuses femmes de mes collègues ainsi que la référence absolue de l’épouse du Directeur. Elle n’est donc pas sans influence… Voilà donc la personne que tu vas rencontrer. Alors, deux conseils : d’abord pas d’imprudences verbales, regarde bien où tu mets tes pieds puis, surtout, ne t’aventure pas à exprimer des opinions trop divergentes des siennes…, il risquerait d’y avoir des étincelles… Son mari en sait quelque chose. Il file doux devant elle…

Pour ma mère, c’était une sortie imposée mais pas désagréable car elle se trouvait relativement esseulée… Ce n’était pourtant pas vraiment une visite de tout repos pleine de chaleur conviviale, mais elle était prévenue. Le jour convenu, ma mère partit vers son ennuyeux rendez-vous avec moi ; mon frère, prétextant des devoirs à terminer, avait déclaré ne pas pouvoir se rendre à cette aimable invitation. Nous fûmes donc reçus ma mère et moi dans la salle de séjour de l’appartement de cette dame, où étaient assis ses trois garçons, de treize à dix sept ans – j’allais pour ma part atteindre les onze ans, c’était donc tous des très grands.

Les deux plus jeunes, Gaston, le dernier et Jules, le second de la nichée, étaient en uniforme de scouts, Jules arborant même la marque distinctive de sous-chef de patrouille. Quant à l’aîné Etienne, il était plongé dans la lecture d’un livre d’images et ne releva même pas le nez à mon approche. Gaston et Jules, vautrés sur un canapé, me demandèrent si j’étais moi-même scout et de quelle troupe je faisais partie. Une fois acquis que je ne faisais pas partie de cette honorable confrérie, je perdis instantanément tout intérêt ; ils me tournèrent le dos avec un bel ensemble et restèrent à converser entre eux à voix basse en ricanant… J’étais donc rejeté vers le clan des mères. L’après-midi promettait donc d’être particulièrement rasante.

Du côté maternel, les débuts furent laborieux. S’agissant, en fait, d’une première prise de contact, les sujets de conversations étaient peu nombreux… mais un point commun existait entre les deux mères de famille, la nécessité d’éduquer des garçons et dans ce domaine, la puissance invitante, Madame Gamblin, était une référence car elle devait s’occuper de trois grands… Le sujet était anodin et il ne pouvait pas en ressortir une situation conflictuelle. Ma mère demanda donc poliment à notre hôtesse comment elle se débrouillait pour maintenir au moins un semblant d’ordre dans sa nichée. Cette question sembla surprendre au plus haut point Madame Gamblin, une dame d’une quarantaine d’années aux cheveux noirs tirés vers la nuque, portant des lunettes rondes cerclées de métal et arborant pour l’occasion des vêtements simples mais stricts sans bijoux ostentatoires.

- Vous savez, chère Madame, lui fut-il répondu froidement, qui veut la fin veut les moyens. Il s’agit simplement de les contraindre à obéir, à suivre la voie tracée, en pratique de fixer un but, un délai et de contrôler les résultats. Rien de plus… Une routine que vous devez appliquer vous-même, sinon de propos délibéré du moins intuitivement.

- Mais encore, répliqua ma mère, sans doute pour justifier son interrogation, les obliger, dites-vous, mais avec les trois grands gaillards que vous dirigez, est-ce vraiment encore du domaine des possibilités ?

- Il le faut et c’est ce qui prime chez moi pour le travail scolaire d’abord naturellement mais tout autant pour le respect de principes concernant l’éducation en général… les règles de politesse bien entendu mais aussi l’hygiène, la tenue ; « mens sana in corpore sano », comme le disaient nos grands ancêtres. Dans tous ces secteurs de formation, il appartient à la mère à l’exclusion de toute autre personne, de faire appliquer dans son domaine propre des principes généraux cohérents de propreté, d’ordre et de travail. Le mari étant, lui, chargé d’apporter le nécessaire pour le fonctionnement pécuniaire du foyer, n’a pas le temps suffisant pour se consacrer réellement à cette mission. II est d’ailleurs la plupart du temps peu compétent en la matière. Pire, l’existence qu’il mène n’a pas souvent valeur d’exemple pour les jeunes. En effet, étant en permanence en contact avec le monde et ses basses tentations, le père de famille a, lui aussi, souvent besoin d’être recadré pour éviter les dérives qui entraîneraient vers le bas l’ensemble familial. Ainsi, par exemple, l’habitude, dans cette région de vignobles, de traiter toutes les affaires devant un verre au bistro, conduit souvent les hommes à revenir le soir dans un état proche de l’ébriété… ce qui est incompatible avec le bon ordre familial et doit être sanctionné en conséquence. Vous avez dû vous en rendre compte par vous-même ?

Ma mère marqua le coup car jamais elle n’avait envisagé de réagir, elle-même, à des états de fait sur lesquels elle n’avait aucune prise. Cependant, elle ne voulut pas laisser paraître son incapacité dans ce domaine et préféra abonder dans le sens de son hôtesse pour ne pas la mécontenter car Madame Gamblin lui donnait l’impression de savoir parfaitement où elle allait, tout en étant capable de prendre des initiatives en dehors des normes habituelles en cas de contradiction. Il lui fallait donc faire preuve de prudence.

- A qui le dites-vous, chère Madame ! Répondit ma mère… Mais sur le plan pratique comment vous y prenez-vous ? Vous leur faites les gros yeux, vous les disputez ?

- Pas le moins du monde ! Des reproches n’auraient aucune suite dans leur comportement, les promesses s’oublient vite. Non ! La solution appliquée chez moi, chère Madame, s’appelle le martinet. Bien entendu, vous en avez un chez vous mais est-il vraiment cinglant car, pour être efficace, il faut que le puni en sente immédiatement les effets et que la douleur persiste quelque temps. De plus, il faut que sa peau conserve les marques de sa fessée au moins quelques jours en vue de le faire réfléchir sur les conséquences de ses actes, sinon à quoi bon ?

Ma mère dut reconnaître que sa maison ne disposait pas encore de cet outil de dissuasion, indispensable contre les paresseux les désobéissants et les ivrognes.

- Quelle erreur ! S’exclama notre hôtesse ! Et combien je comprends donc votre désarroi, votre incapacité de faire face aux difficultés courantes de la vie en famille ! Ainsi, par exemple, votre fils Frédéric travaille-t-il convenablement en classe ?

- Vous savez, il est comme son frère lorsque celui-ci est entré en sixième, Il n’a plus affaire à une maîtresse unique mais à une pluralité d’enseignants ce qui l’a un peu déstabilisé. De plus, il s’agit là d’un enseignement nouveau avec de l’Anglais, du latin. Les résultats s’en ressentent…

- Et pourtant, en sixième comme dans les autres classes, il y a de bons et de mauvais élèves. Toute la différence entre les élèves se situe dans leur motivation. S’ils n’ont pas l’amour du travail bien fait, il faut leur inspirer au moins la crainte des conséquences de mauvaises notes. Dans ce domaine, vous savez, une cuisante fessée au martinet et la certitude d’en recevoir d’autres tout le temps qu’il faudra pour qu’il se mette, enfin, durablement au travail, auraient tôt fait de modifier son comportement.

C’était l’embuscade ! Cette fois, les trois fils de Mme Gamblin avaient levé le nez de leurs petits complots et portaient leurs regards vers moi en rigolant franchement. Je ne savais plus où me mettre et j’admirais la perspicacité de mon frère qui, lui, avait évité par un motif de fantaisie de se trouver ainsi propulsé sur la devant de la scène pour un rôle de puni.

- Tiens Gaston, dit Madame Gamblin à son dernier. Va donc chercher notre martinet et viens le montrer à notre amie.

Gaston se leva d’un bond et quitta la pièce… Etienne, l’aîné, au même moment, se leva et quitta lui aussi la pièce, en arguant d’un devoir urgent à rédiger… Il n’y avait pas à en douter, la conversation s’engageait dans des sables mouvants et la meilleure défense se trouvait dans une retraite stratégique prudente – démarche qu’il m’était malheureusement interdit de mettre en œuvre.

- J’admire la promptitude de votre fils à exécuter vos ordres, observa platement Maman dont les banalités étaient autant de pièges.

- Pourquoi ? Fit Madame Gamblin, n’en est-il pas de même chez vous ? D’ailleurs Gaston a toutes les raisons pour se montrer obéissant. Il a été fouetté pour désobéissance juste avant votre arrivée… et il sait ce qui l’attend si j’ai quelque chose à lui reprocher… et ce n’est pas votre présence qui lui évitera une nouvelle séance immédiate de martinet toute aussi cuisante devant vous !

Et voilà ! Jusqu’où pouvait aller cette mégère pour démontrer son pouvoir ? J’en avais maintenant la chair de poule car l’avenir ne semblait pas sûr pour mes propres fesses ! Quelle stupidité d’avoir accepté d’accompagner ma mère à cette visite de courtoisie toute protocolaire où, circonstance aggravante, je me rasais puissamment ! La tribu des garçons Gamblin, censée m’accueillir dans leur communauté, avait formé un bloc où je n’avais pas été admis. Sans doute étais-je considéré comme trop petit par ces aînés pleins de morgue.

Gaston avait entendu la conversation qui s’était poursuivie en son absence et son bon sourire avait disparu lorsqu’il rentra dans la pièce, tenant le martinet, les lanières pendant lourdement vers le sol !

Je n’étais pas ignorant au point de ne pas connaître l’aspect de cet ustensile. Beaucoup de droguistes en suspendaient des grappes à leurs devantures mais je n’avais jamais voulu accorder à cet objet courant de réel intérêt. Mieux, je préférai détourner le regard, sans doute par prudence ou par crainte qu’un tel instrument vienne un jour faire la Loi à notre domicile. Celui que j’avais maintenant devant les yeux était bien conforme au modèle classique à ceci près que les lanières semblaient moins nombreuses, plus longues et plus robustes. Contrairement à l’instrument en vente dans le commerce, elles n’étaient pas de simples lacets mais bien des bandes de cuir noir de section carrée d’au moins cinq millimètres de côté sur une quarantaine de centimètres de longueur, dont une demi-douzaine était clouée sur un manche dont la couleur initialement jaune canari avait été brunie à son extrémité par le contact des mains suite sans doute à un fréquent usage.

Maintenant, je pouvais observer de visu la raison qui avait probablement contraint le prénommé Gaston à demeurer scotché sur son canapé à notre arrivée. S’étant placé en station debout, je pouvais contempler à loisir ses cuisses émergeant au dessous de sa culotte courte bleu marine d’uniforme… et depuis les mollets jusqu’au dessous de la culotte je pouvais admirer un entrelacs de traits rouge vif et violet dont l’origine n’était pas équivoque. A coup sûr, sa mère l’avait solidement corrigé.

- Voilà notre martinet, conclut madame Gamblin. Vous n’allez pas me faire croire, chère Madame, que vous n’en aviez jamais vu, au moins chez vos parents.

- Effectivement mes parents possédaient un martinet, répondit ma mère mais il servait exclusivement à mon père pour l’éducation des garçons. Ma mère se chargeait, elle, de diriger les filles et elle était beaucoup plus douce. Elle n’avait d’ailleurs besoin d’aucune violence. Nous étions ma sœur et moi très obéissantes et très travailleuses.

Cette réponse fit sourire notre hôtesse « si non e vero… ». L’auditoire était donc peu convaincu. Ma mère s’empressa d’ajouter pour chasser cette ironique incrédulité :

- Voilà effectivement un instrument redoutable et qui doit marquer durablement les chairs punies, mais, dites-moi, chère Madame, comment faites-vous pour immobiliser les grands que vous désirez corriger ? En vous voyant vous saisir de cet engin, ils doivent s’enfuir au loin…

Ma mère avait été marquée par son expérience personnelle et les poursuites vaines de sa progéniture alors qu’elle était armée de sa dérisoire tapette à tapis.

- Vous plaisantez, je suppose, rétorqua sèchement Madame Gamblin. Lorsque je leur en donne l’ordre, c’est eux qui viennent m’apporter l’instrument appelé à les fouetter. Ils y ont intérêt d’ailleurs s’ils ne cherchent pas une punition plus prolongée.

- Ah oui ! Cela résout le problème évidemment ! Mais au moment des cinglées, ils ne restent certainement pas immobiles, ils doivent bouger sans arrêt pour parer les coups…, tenter de se sauver lorsque la douleur est trop forte

- Mais non ! Ils sont obligés de demeurer immobiles ! Je les fais grimper debout sur un solide tabouret de cuisine en bois et, une fois montés dessus, je leur commande de se déculotter, caleçon compris. L’ensemble pantalon et sous-vêtement tombe au bas de leurs chevilles et les immobilise – s’ils ne cherchent pas, en essayant de descendre à l’improviste, à se démolir un membre en tombant du tabouret sur le carrelage de la cuisine. Ils n’ont plus qu’à se pencher en avant et j’ai en face de moi à bonne hauteur toute la surface à corriger. Ainsi la punition est-elle réellement cinglante. N’est-ce pas Gaston ?

- Oh ! Oui, Maman – un cri du cœur.

- Bien ! En matière de démonstration, rien ne vaut une expérience pratique ! Vous voulez certainement voir comment je procède dans la cuisine ? Venez avec moi, nous allons faire monter Gaston, ou plutôt non, votre Frédéric, sur le tabouret et vous verrez combien punir dans ces conditions, est chose facile et apporte au postérieur du gamin des cinglées dont il ne peut que se souvenir longtemps. Frédéric ! Lève-toi, défais ta ceinture et suis-moi !

C’était là l’engrenage infernal dans toute son horreur car la suite s’imposait d’elle-même et moi pour qui les fessées à la maison étaient relativement indolores au moins pour le physique, j’allai recevoir sans motif chez une vague relation de mes parents une cruelle fessée au martinet fesses nues ! Je le sentais venir et mon postérieur me démangeait à cette évocation… avec l’éveil d’un début de trouille envers Madame Gamblin et son instrument de torture que je considérais maintenant avec une respectueuse terreur. Ne voulant pas désobéir et donner ainsi une raison véritable à notre hôtesse de me fouetter, je me levai et dégrafai ma ceinture en retenant à la main ma culotte qui glissait déjà vers le bas, faisant apparaître le haut de mon slip. Jules, le frère de Gaston qui était demeuré dans la pièce avachi sur son canapé, s’esclaffa bruyamment devant l’amusant intermède récréatif qui allait suivre, et il se leva aussitôt pour nous suivre vers le lieu de l’exhibition. Qu’est-ce que j’allais prendre !

Heureusement ma mère se reprit à temps car chez notre hôtesse qui s’était presque vantée de battre son mari, un colosse d’un mètre quatre vingt cinq avec plus de cent kilogrammes de muscles et de graisse, l’avenir sur le plan punitif était tout à fait imprévisible. D’ici à ce que, prise par son ardeur pédagogique, elle lui commande brusquement de se hisser à son tour sur le maudit tabouret pour expérimenter en vraie grandeur la valeur répressive d’une bonne fessée au martinet, il n’y avait qu’un pas – puisqu’elle n’en avait pas subie dans sa jeunesse d’après ses propres dires – et il était évident que pour donner du poids à sa démonstration, notre hôtesse n’hésiterait pas à le franchir.

Ma mère demeura donc là, assise sur sa bergère ; le manche du martinet à la main en remerciant Madame Gamblin pour son aimable proposition mais sans faire mine de se lever de son siège en arguant qu’elle n’avait rien à apprendre sur ce sujet ayant assisté en tant que spectatrice à de très nombreuses exécutions du genre au domicile de ses parents dont ses frères avaient été les victimes. Elle s’estimait donc suffisamment documentée sur le sujet mais elle remerciait son hôtesse pour sa généreuse proposition

– Vous êtes donc vraiment au courant de l’effet positif d’une sanction cinglante et pourtant vous semblez ne pas avoir tiré toutes les conséquences logiques de votre expérience car vous persistez dans un laxisme criminel pour l’éducation de vos garçons, observa sèchement Madame Gamblin. Vous savez, les parents sont responsables de la faiblesse de l’éducation de la jeunesse qui leur est confiée, envers la société toute entière !

- Encore une fois, vous avez raison, chère Madame, et j’admire la solidité de votre méthode éducative. Dès ce soir j’en parlerai à mon mari en citant en exemple l’éducation de vos grands enfants. Peut-être parviendrai-je à le convaincre d’acheter un martinet ? En tout cas, je le souhaite.

- Votre famille toute entière – et je n’exclus personne – a le plus grand intérêt à un renouveau sur le plan disciplinaire. Ceci étant, je me demande s’il est sain de demander aux hommes de prendre des décisions sur un sujet qui dépasse leur entendement. Le mieux consisterait à acheter un solide martinet et de placer votre mari devant le fait accompli. A ce propos, je puis vous fournir l’adresse d’un bourrelier qui fabrique des instruments de coercition qui imposent le respect. C’est lui qui a confectionné pour moi le modèle que vous avez en mains.

Ma mère accepta la proposition et l’affaire resta là. La tension retomba… et Jules se rassit, déçu… moi aussi, sur un signe de notre hôtesse, je repris avec satisfaction la position assise en remontant ma culotte et rebouclant ma ceinture mais j’avais été sauvé par le gong. Gaston alla rependre l’instrument de punition à sa place et revint à son tour vers le canapé. L’incident était clos. Il y eut enfin une dernière escarmouche d’arrière-garde lorsque Madame Gamblin remit à ma mère un papier portant les nom et adresse de son bourrelier fabriquant de martinets vraiment efficaces.

- Vous savez, chère Madame, déclara-t-elle, pour imprimer dans une maison convenablement conduite une éducation homogène sans faille, il faut réagir fortement contre toutes les atteintes à l’ordre et aux bonnes mœurs dans le domaine familial d’où qu’elles proviennent, pour chasser tout risque de contamination. Sur ce plan, je suis intraitable et, agissant en temps que chef de famille, je n’hésite pas à châtier toute personne susceptible par ses propos, ses actes ou son attitude de porter atteinte aux principes éducatifs en honneur ici. Cette disposition s’adresse naturellement aux gamins mais tout autant à leurs parents, aux adultes reçus en qualité d’invités ou d’amis, quel que soit leur âge, et, lorsqu’ils se permettent de dépasser les limites admises ici, je leur donne le choix soit de vider immédiatement les lieux soit d’être punis à leur tour malgré la présentation de leurs excuses. Qui veut la fin, veut les moyens, n’est-ce pas ?

- Encore une fois, vous avez tout à fait raison, chère Madame, répondit ma mère et il en sera de même chez moi lorsque, en suivant votre exemple, j’aurais fait l’acquisition d’un martinet.

Ainsi, Madame Gamblin se vantait en plus d’avoir menacé du fouet des adultes de passage dans son appartement ! Elle avait décidément une mentalité de père fouettard… Ceci dit, les personnes ainsi prises à parti, devaient regarder à deux fois avant de sonner la retraite pour ne pas être battues. L’opération vindicative de la maîtresse de maison pouvait se poursuivre sur d’autres plans, et notamment affecter l’avancement en grade suite à un petit mot glissé à la femme du Directeur… D’où la consigne de prudence donnée par mon père à Maman

Un peu plus tard, après avoir avalé une mauvaise mixture tiédasse qui se prétendait être du café accompagné de biscuits mous – ce n’était pas la faute de notre hôtesse, mais, pendant l’occupation Allemande, tout était strictement contingenté, il ne fallait pas faire le difficile et, d’ailleurs, comment aurait été prise une observation sur les rigueurs des restrictions alimentaires ? – nous prenions congé avec les formules de politesse et les salutations requises par les bonnes règles. Pour ma part, je quittai l’appartement du collègue de mon père, les paumes de mes mains plaquées en protection sur le fond de ma culotte courte, bien décidé à tout faire pour ne plus jamais remettre les pieds dans ce lieu de châtiment. Madame Gamblin, néanmoins, m’avait fait une très forte impression de puissance et de volonté ; je la saluai très respectueusement alors que j’ignorais Gaston et Jules qui n’avaient pas cru devoir faire mouvement pour nous accompagner vers la porte d’entrée. Les règles de politesse édictées par la maîtresse de maison comportaient donc des lacunes…

Un peu plus tard, Maman fit à mon père, à table, un compte rendu élogieux des méthodes et de l’outil de coercition en place chez la femme de son collègue ; l’achat d’un martinet lui était apparu comme le joker indispensable pour promouvoir enfin à la maison les vertus d’ordre, de santé et de travail… en lui permettant enfin de me dresser. Ce plaidoyer fut un véritable four car mon père n’avait aucunement l’intention de se retrouver un soir, après boire, dans la situation de son collègue juché sur un tabouret de cuisine pour y être fouetté – ce n’était pas du tout dans sa philosophie – aussi bien le martinet n’entra-t-il pas ce jour là dans la maison.

Mon éducation notamment sur le plan scolaire se poursuivit donc suivant les méthodes éprouvées – et parfaitement inopérantes – en usage à la maison.

 

Illust. : Davcha

4 commentaires »

  1. Fesse67 dit :

    Moi, ce fut avec slip bien baissé, debout ou couché sur le ventre. Qu’est ce que ça cinglait sur les fesses et les cuisses ! Maman était intraitable et le martinet m’aidait a réfléchir !!!

  2. Benedicte dit :

    Bonjour, pour moi il n’y a pas eu de questions: c’était une éducation au martinet et ma mère,sans aucun complexe,est allée avec moi,toute penaude et rougisante, acheter un martinet a la droguerie du coin,là ou tout le monde nous connaissait! Et, bien sûr, il y eut des remarques du genre « alors vous achetez un martinet pour Bénédicte ? ça va la rendre plus sage » ou encore « Eh bien ! Bénédicte, tu as intérêt àfiler doux maintenant que ta mère a un martinet ! Gare a tes fesses! » Et il servit ce martinet et trop souvent !
    Donc, pour ma mère, il était clair qu’un martinet devait être présent chez nous en permanence.

  3. Mlk dit :

    Magnifique récit d’une presque fessée. C’est étrange de la lire ici où les fantasmes s’épanouissent (ce qui est très bien aussi), mais ça possède l’accent de la réalité.

    Merci pour ce beau texte…

  4. Puma Pas Cher dit :

    Very good.Thanks

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