La fessée appliquée

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Fessées entendues… La salle de correction

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par Edmée

Au premier étage de notre institution privée de garçons, la classe de 5e était la seule contiguë à une petite salle dite « infirmerie » qui concentrait néanmoins les craintes des jeunes collégiens de tous âges que nous étions alors. Craintes dans tous les sens du terme parce que, paradoxalement, on y guérissait tantôt les bobos, tantôt les accrocs à la discipline. Son autre nom tout aussi officiel mais que l’on chuchotait entre nous : la « salle de correction ».

C’était là, dans cette petite salle carrelée de faïence blanche, que Mme la Directrice emmenait un élève puni pour lui administrer le summum des châtiments corporels de l’institution : la redoutable « Fessée magistrale », une fessée déculottée main et martinet, qu’elle en décide elle-même ou réponde à la demande de nos professeurs et surveillantes.

Élèves soumis à ce honteux châtiment, nous étions unanimes à préférer l’intimité de cette salle pour une séance à deux en privé de préférence à son bureau où, sous les yeux de sa jeune secrétaire ou de la prof plaignante, une telle fessée à derrière nu de mains de femme infligeait la pire honte qu’un garçon puisse endurer.

Il semble bien que toute l’institution vivait sous la menace permanente d’un châtiment corporel quel qu’il fût, coups de férule sur nos mains ou sur nos cuisses, fessées, ou d’une forme de pénitence physique (mise à genoux au piquet) qui accablait le puni de honte et le forçait à la contrition, chacun affectant de l’ignorer par fierté, façon de fuir le danger !

En tant qu’anciens, nous avions de bonnes raisons d’appréhender ce voisinage car il était de notoriété que tout ce qui s’y passait s’entendait clairement aux dépens du garçon à qui Mme la Directrice administrait LA magistrale. Oubliant qu’eux-mêmes risquaient d’y avoir droit, les élèves de la 5e en faisaient des gorges chaudes et leurs bavardages indiscrets crispaient d’un surplus de honte le malheureux puni qui venait de subir ce châtiment d’exception.

Les deux pièces communiquaient par une porte en bois de sorte que, même étouffés, les bruits bizarres qui filtraient à l’occasion nous permettaient de suivre le suspense des phases de la correction qui s’y déroulait, presque comme si nous y assistions.

L’infirmerie ou salle de correction – plutôt petite au demeurant, tout au plus quatre mètres carrés – était particulièrement lumineuse et sonore avec son sol et ses murs carrelés de faïence blanche. C’était même une véritable caisse de résonance qui amplifiait les échos d’une correction, de quoi enfiévrer l’imagination des garçons qui n’y étaient pas passés ou de réchauffer les souvenirs des « initiés ».

Dans cette fameuse classe de 5e, les élèves n’étaient pas les seuls à réagir ni les seuls à se sentir concernés à l’écoute d’une fessée. Elle était aussi le révélateur de la personnalité de chacune de nos professeurs selon son comportement en rupture avec ses habitudes.

La toute première fois où l’on entendit puis comprit quel genre de drame se nouait dans la petite salle voisine, toute la classe se figea instantanément et notre attention se déporta instantanément vers la soudaine irruption sonore dont la stridence incongrue déchirait la sérénité de la leçon, chargeant l’atmosphère des tensions palpables de notre curiosité et de nos craintes mêlées.

Likem Chubby mod

 

C’étaient bien les bruits étouffés et pourtant clairement identifiables d’un sévère châtiment corporel : claquements secs et caractéristiques d’une main frappant des fesses nues. La main même de Mme la Directrice en train de fesser un puni.

C’est ainsi que certains jours, oreilles en alerte, nous guettions minute après minute les péripéties du redoutable châtiment qu’un élève était en train de subir, l’effarement se lisant clairement sur le visage des nouveaux.

Cris, paroles, supplications, sanglots, gronderies, bruits entrelacés de claques percutant les fesses nues, chuintement des lanières du martinet fendant l’air et qu’accompagnait l’insolite tintinnabulement métallique des nombreux bracelets encerclant le poignet de Mme la Directrice. Tous ces bruits, toutes ces rumeurs qui enflaient jusqu’à emplir notre classe, se répercutaient dans nos corps, électrisaient nos nerfs d’ondes maléfiques, embrasaient nos têtes et nos cœurs. À l’écoute fébrile de la redoutable fessée magistrale qui plombait la quiétude de la classe, les élèves se figeaient, cloués de stupeur, d’angoisse, de questions. « Qui donc la reçoit ?… »

Peu à peu, nous avions pris l’habitude d’être perturbés par ces bruits insolites qui brisaient soudainement le ronron du moment.

Il me semble entendre encore comme si j’y étais la porte qui s’ouvre, la voix ferme de Mme la Directrice, parfois de petits sanglots, des excuses balbutiées d’une voix pâle d’appréhension, des espaces de silence… instants intenses où l’on ressent la honte de la culotte que l’on vous baisse sans ménagement, où un souffle d’air frais caresse la peau tiède et vous tasse de résignation impuissante parce que vos fesses ont été irrémédiablement mises à nu, culotte et slip aux chevilles, et que soudain… l’explosion sèche d’une main ou d’un fessoir fait vibrer de douleur. Les claques de la fessée !

Et pas n’importe quelles claques ! Des claques comme Mme la Directrice aime à les appliquer quand elle vous fesse. Des claques, frappées à l’oblique, toujours de bas en haut. Des claques qui soulèvent les fesses, les font trembler, des claques cuisantes qui font suffoquer et agonir d’une insupportable et affolante douleur. Rien de pire qu’une fessée de cette femme, pas même les feux de l’enfer ! Cela fait tellement plus mal ! Elle le sait bien ! Puis quand la croupe punie s’est transformée en brasier et que l’on croit que c’est fini, que l’on en a assez enduré… Un chuintement traverse l’air… Les douze lanières de cuir du martinet s’abattent. En claquements feutrés le cuir souple mord les chairs molles ou crispées que les claques viennent juste d’irradier.

S’il l’ignore encore, et quel que soit son âge, le puni apprend alors sur ses fesses honteusement mises à nu comment de sa seule main et de son martinet Mme la Directrice vous fige d’angoisse et de douleur pour l’éternité. À vous jurer de ne plus y revenir…

Quelles étaient les attitudes de nos professeurs ? Variées, puis-je dire. La réaction invariable était de suspendre la leçon faute de silence adéquat. Puis, à l’écoute de ce qui se tramait à côté, chacune se manifestait en fonction de son ancienneté, de sa sensibilité et de son âge et surtout, et d’une façon plus générale, de son attachement à la discipline stricte qui faisait la glorieuse notoriété de notre institution.

J’avais noté parmi elles, celles qui entendaient et s’en réjouissaient ouvertement, celles qui feignaient de ne pas entendre et enfin celles qui voulaient surtout ne pas entendre.

UnkD Suzanne

Mme Suzanne, par exemple, la quarantaine affirmée, hypocondriaque incurable, la tête enturbannée hiver comme été de peur d’attraper le pernicieux coryza, un parangon de tartuferie qui assimilait chaque élève à l’un de ces affreux microbes dont il fallait se défendre. Elle ne parvenait pas à cacher ses mimiques de satisfaction ou de soulagement en sacrifiant l’un de ses garçons au martinet de Mme la Directrice pour lui apprendre l’obéissance.

Ainsi, dès le premier signal sonore de la salle voisine, on la voyait lever les bras d’impuissance en prenant la classe à témoin du sort fatal qui était en train de s’abattre (au propre et au figuré) sur le puni et qu’il fallait interpréter comme « je n’y peux rien, hélas ! ». Soupir d’hypocrite désolation dont nous entendions : « Votre camarade, il l’a bien cherchée cette fessée ! Alors prenez garde si vous ne voulez pas prendre sa place ! »

C’était elle également qui, pour exacerber notre honte, pourvoyait Mlle Élisa, la maîtresse de la 7e, en forts contingents de « grands » élèves à punir devant sa classe de « petits ». Cette jeune femme était la seule experte en humiliantes, sèches et puissantes claquées appliquées sur les cuisses partiellement dénudées. Il fallait la voir, prenant tout son temps, retrousser méticuleusement, pli après pli, le bas de notre culotte courte et le plus haut possible, jusqu’à l’aine par devant et à la pliure des fesses par derrière, en sorte d’offrir le maximum de chair nue à sa main nerveuse. Nous avions alors tout le loisir durant l’opération de mariner dans notre jus sous les regards incrédules des « petits » avant de sursauter et de bondir en avant à en perdre l’équilibre sous les retentissantes et vigoureuse claquées.

La cuissée

 (À ce propos, s’agissant de châtiment corporel, il me semble que le mot « cuissée » en symétrie à fessée est superbement approprié à ce genre de correction.) Le garçon ainsi corrigé était assuré de s’en retourner dans sa classe, étouffant de honte, la peau à la blancheur de neige de ses cuisses nues désormais estampillée d’écarlate, signature de la jeune maîtresse de 7e.

Toshi 1

Dans un autre genre, plus franche de collier, il y avait Mlle Éliane, la trentaine resplendissante, mais ferme partisane d’une discipline sans concession. Les plus âgés d’entre nous en avaient le béguin, mais « Miss », ainsi nommée sa méchante et souple férule de cuir, avait vite fait de refroidir nos élans en d’ardentes et fulgurantes cinglées sur les paumes de nos mains ou le fond de nos culottes. Elle était l’une des rares à donner la fessée en classe, sans baisser la culotte, juste de quoi épousseter quelque postérieur désobéissant ! Cependant, difficile avec elle d’échapper à la honte d’une pénitence puérile : la mise au coin du paresseux, son cahier mal tenu ou son devoir bâclé épinglé dans le dos ou l’envoi immédiat chez Mme la Directrice ainsi paré et muni du fatal bulletin rose de punition. Fessée magistrale garantie…

À partir de cet instant, elle ne lâchait plus son puni. Elle le couvait ! Aux premiers échos traversant la porte de séparation, elle nous intimait d’écouter de bout en bout le suspense infernal qui se jouait dans la pièce d’à-côté. Elle hochait la tête d’approbation avec le sérieux qui s’impose quand les clameurs de l’élève frôlaient les aigus, signal de la résipiscence attendue et de l’efficacité du châtiment corporel que diligentait avec succès Mme la Directrice. À son retour, le malheureux qui lui remettait le bulletin signé ne pouvait espérer d’elle qu’un regard hautain sur ses joues rouges et ses yeux bouffis de larmes et de son index tendu impérieusement, elle lui ordonnait de rejoindre sa place. C’était ce visage de Janus qui me troublait en elle : la sensualité de la beauté alliée à une cruelle et implacable sévérité.

« J’espère que vous aurez retenu la leçon, jeune homme ! »

Miss Barbara

La rousse Miss Barbara notre prof d’anglais, était un cas à part. Virtuose de la badine et tireuse d’élite au lancer de brosse à tableau. Deux bavards impénitents se livraient-ils à un tête-à-tête ? Le choc violent de la brosse contre le bois de leur pupitre leur clouait le bec illico presto. La trajectoire était pourtant précise. Jamais je n’ai plus vu de ma vie un projectile lancé avec une telle adresse diabolique rater exprès sa cible ! Formée au traditionnel « caning », notre Anglaise faisait le ménage elle-même dans sa classe, mais fine mouche, elle savait exercer avec perfidie un chantage en nous proposant une bienveillante alternative en forme d’impasse : envoi immédiat chez Mme la Directrice ou sa badine sur-le-champ. Dans ces circonstances de grands troubles, seule la rationalité nous commandait le bon choix : de cuisantes et trépidantes cinglées du « Corporal Punishment » sur les paumes de nos mains ou de nos cuisses nues, ses appréciations marmonnées en English accompagnant ces festivités sans modération.

Boris Tupeiko

Autre sujet de terreur larvée, Mlle Denise, sourcilleuse demoiselle sans âge à la peau grise comme ses cheveux plaqués et chignotés sur sa petite tête de fouine perchée sur son long cou, sévissait dans l’ombre en catimini. Un élève se signalait-il par son indiscipline ? Elle ne bougeait pas d’un cil, mais notait. La leçon se terminait comme si de rien n’était, l’élève impuni. En apparence seulement…

Nates - mod

 

À un moment de la journée, en classe ou en récréation, et sans qu’il s’y attendît, Mme la Directrice l’interceptait, son martinet à la main :

 « Vous, venez avec moi ! ».

« Moi ? … » demandait-il jouant les innocents, son visage décomposé par la crainte. Courbé et remorqué par une oreille, trébuchant dans le sillage de cette belle femme sans états d’âme, il disparaissait de notre vue.

Quand il revenait en classe, la vue de ses cuisses marquées de zébrures rouges qui zigzaguaient sous les lisières de sa culotte courte suffisait à Mlle Denise. Elle avait eu sa revanche ! Le martinet de Mme la Directrice avait accompli son œuvre disciplinaire et réparatrice.

Les aigreurs de la vieille demoiselle étaient également contenues. Sa victoire se devinait à sa tête perchée sur son maigre cou de poulet toute ébranlée de contentement, à ses petits yeux de grenouille qui pétillaient dans leurs orbites et à son nez pointu qui remuait comme un ver au bout d’un hameçon.

PRdell

Dans un genre d’humeur capricieuse, « Madame » Georgette (une demoiselle en vérité), n’avait pas son équivalent. Selon l’humeur du moment, elle punissait d’une façon aléatoire que l’élève ait commis une faute grave ou vénielle, mais sa manière de punir était unique, son exclusivité si je puis dire. Son instrument : une règle à section carrée, le champ d’application, une paire de fesses bien tendues sous le slip, la culotte abaissée juste au-dessous des fesses. La règle s’abattait du haut vers le bas à l’oblique, sa trajectoire tangentant la fesse visée. Aujourd’hui, on appellerait cela une « frite ».

Paula mod

Même en effleurant la peau, compte tenu de la minceur du slip, le pinçon produit par le coup de règle pouvait s’avérer très douloureux. On ne savait jamais à quoi s’attendre. Que l’ambiance fût à l’humour et à la dérision engendrant les rires complices de la classe ou à la stricte sévérité, pour le puni c’était du pareil au même, malgré sa vaillance l’effet lui était très pénible et deux ou trois cinglées de la sorte lui garantissaient un postérieur endolori, la peau semée de petits impacts bleuissant.

Toshi 2

La monitrice de gym n’était pas mal non plus. Petite bonne femme athlétique toute en muscles et en nerfs, épéiste chevronnée qui tenait une petite salle d’entraînement où nous nous rendions à la mauvaise saison. Elle utilisait principalement sa poigne pour stimuler les paresseux. Une grande claque sur les fesses pour en pousser certains au grimper à la corde lisse, ou une bonne claque en plein gras d’une cuisse pour stimuler quelque engourdi à relever plus haut les jambes. Plus rarement, dans sa salle, elle se servait du plat d’un sabre sur les fesses d’un élève penché sur le cheval d’arçon. Même sur le fond du short de toile tendu sur le fessier, trois ou quatre coups bien ajustés procuraient des élancements plus que symboliques !

Je garde pour la bonne bouche, Mlle Roselyne, notre nouvelle prof de math Ah ! chère et belle Mlle Roselyne, mon autre rayon de soleil dans cet univers de grise monotonie ! La grande nouveauté de notre classe de 5e ! Avec Mlle Éliane, elles étaient les seules jeunes femmes à exalter leur féminité sans complexe dans cet univers austère d’ordre et de discipline. Comme elles étaient séduisantes d’audace, toutes les deux, osant maquiller leur visage et se vêtir d’élégance colorée ! Instantanément, la beauté de la très jeune femme, avait supplanté dans mon cœur la pourtant si séduisante Mlle Éliane.

PlayStyle

Très vite mon romantique rêve d’amoureux se noya dans les entêtantes et suaves bouffées de son parfum et le froufrou de ses robes virevoltantes ! Eh quoi ? Pour un amoureux, rien à craindre de cette jeune prof qui étrennait sa première année d’enseignante. Du moins le croyais-je…

Le jour où ces bruits insolites percutèrent le silence studieux de notre classe, je me mis à guetter ses réactions. Elle parut déconcertée. Elle haussa les sourcils, tourna la tête du côté de la porte de communication, hésita un instant, nous regarda d’un air interrogatif, tenta de reprendre la leçon, chercha une contenance, et comme les bruits de plus en plus évidents se répétaient, elle prit prétexte d’écrire au tableau en nous tournant le dos pour cacher son trouble. Puis, comme la fessée se prolongeait, plus intense qu’au début, à claques redoublées, la douleur aiguillonnant des cris stridents, elle finit par déposer la craie et, scrutant nos visages figés, elle renonça. Et dans un souffle :

« Messieurs… si je ne m’abuse… on dirait que quelqu’un est en train… voyons… de recevoir une fessée. »

Comme plusieurs élèves acquiesçaient de la tête, elle se résigna, la perplexité s’inscrivant sur son joli visage.

« Bon, attendons ! »

Elle retourna à son bureau, fit semblant d’y remettre de l’ordre, tout en poussant des soupirs comme pour absorber les reliefs les plus saillants des sonorités qui emplissaient l’espace où, cette fois, les cinglées sèches des coups de martinet ne laissaient plus aucun doute. J’avais l’impression que la correction résonnait plus que de coutume et j’écoutais en tressaillant comme si je la recevais à travers les oreilles de Mlle Roselyne.

Alan Lawrence 37

 

Cependant, rien d’elle ne m’avait été indifférent ; j’avais perçu la gêne qui crispait ses traits délicats, ses yeux pervenche qui se perdaient au plafond et, rassuré par sa timidité je fus assuré que nous n’aurions rien à craindre de son autorité. En quoi je me trompais !…

Dans les mois qui suivirent, elle pesa de son autorité face aux jeunes ados que nous étions. L’habitude venant à l’écoute d’autres fessées déculottées, elle adopta l’attitude de ses anciennes collègues, attendant la fin de la correction sans se départir d’un calme souverain. Elle apprit également le maniement d’une règle pour un usage autre que celui de tirer des traits bien droits. Pour ne pas être en reste, elle brandit la menace du bulletin rose de punition et de l’envoi chez Mme la Directrice. Puis un beau jour, Mlle Roselyne finit par passer de la menace à l’exécution. Je fus le premier. Depuis, ce souvenir ne m’a pas quitté.

*

*        *

*

« Retirez les mains de vos poches ! »

C’est sur ces quelques mots que je fis connaissance de Mme la Directrice de l’Institution des Aubépines, le jour de mon inscription dans son immense bureau. Quelques mots seulement, cinglants comme des gifles.

Sa voix était douce et calme, mais son regard de glace. Congelé de crainte, foudroyé de surprise, criblé de honte, je restai debout sur place derrière les fauteuils où mes parents étaient assis. Mortifié, je les voyais hocher leur tête d’approbation. Mes mains avaient obéi comme d’elles-mêmes. En les sortant de ma culotte courte, je sortais d’un coup du cocon de mon enfance à la rencontre des adultes. Tout d’un coup je me sentis bien seul.

De prime abord, on avait peine à croire que cette grande et belle femme à l’aube d’une quarantaine parée d’une élégante distinction toute féminine celait une nature d’une telle sévérité.

D’un maintien altier et distant, elle incarnait avec naturel l’Autorité. Partisane d’une discipline stricte ne souffrant aucune concession, elle savait s’imposer à tous les élèves, exigeant d’eux obéissance et respect sans faille.

Rien ne transpirait d’elle, rien pour se rassurer… Invisible, elle semblait présente partout, surgissant à l’improviste là où on ne l’attendait pas. Peu loquace, économe en gestes et en paroles, elle était la sobriété même.

Fouetté

« Vous savez pourquoi vous êtes ici, mon garon  ? »… « Je dois vous fouetter au martinet »… « Mains sur la tête et courbez-vous. »… « Tendez votre postérieur, s’il vous plaît. Et ne me le faites pas répéter. » …

Il suffisait d’un regard de ses yeux bleu glacier pour vous glacer de crainte. Le puni qui avait affaire à elle ne pouvait espérer nulle clémence, nul pardon. Une fois entre ses mains, inutile d’espérer autre chose que de tenir jusqu’au bout. Il expiait sa faute au prix d’une paire de fesses transformées en fournaise d’enfer. « Une fessée à ne pouvoir s’asseoir de huit jours » prophétisait-on.

Je détestais passer devant la porte de son bureau, passage obligé situé dans le vestibule d’entrée, de peur de la voir surgir tant je me sentais virtuellement en faute, coupable d’une infraction qui me conduirait directement à la petite salle du premier étage. Puis un beau jour, ce qui n’avait été qu’une impression bascula dans le champ du réel. Je pus alors éprouver dans ma chair ce qu’était un vrai châtiment corporel, ce qui se confirma au fil de mes trois années de scolarité dans cette institution.

Illustr. : 1) photo – 2) On entendait – 3 UnkD Suzanne – 4) La cuissée – 5) Toshi – 6) Miss Barabara – 7) Boris Tupeiko – 8) Nates – mod – 9) PRdell – 10) Paula – 11) Toshi 2 – 12) PlayStyle – 13) Alan Lawrence mod – 14) La fouettée 

10 commentaires »

  1. Maurice dit :

    Merci Edmée pour ce récit. Alors j’ai toujours aimé l’alliance de la discipline et de l’humour. Jamais un professeur, pendant une correction entendue, n’a eu l »idée en riant de dire « Interrogation écrite surprise ! Moins de la moyenne, c’est bulletin rose ». Les expressions lues sur certains visages auraient été remarquables
    Cordialement

    Maurice

  2. Julie19 dit :

    Bonjour Edmée ( Здравствуйте Эдмэ ),
    Autre temps, autre lieu. On peut dire que les enseignantes avaient le don de tenir leurs élèves. Rien que l’évocation de la salle de correction devait faire frissonner et faire en sorte que les élèves de l’institution se tiennent à carreau.
    Je serais tentée de dire que pour des femmes, le fait de tenir des hommes est assez compliqué. Nous aurons tous en tête le stéréotype de la femme fragile et de l’homme tout puissant… Dans le cas présent, l’ordre devant être inversé, la schématique du respect à tout prix pour éviter l’anarchie devait surement s’imposer à ces « demoiselles » et en aucune façon, j’affirme être en accord avec ça ).
    Je viens de prendre position pour débuter un débat et j’attends le retour des autres lecteurs, afin de confirmer cette thèse ou pour une antithèse.
    Amitiés.
    Julie ( Жули ).

    • lepicurien24100 dit :

      Belle histoire d éducation. Dommage qu’elle appartienne au passé, je serais heureux de rencontrer cette directrice, moi qui suis un fervent partisan de la fessée disciplinaire. Merci encore

  3. Marco dit :

    Bonjour et merci Edmée pour ce récit.
    C’est un tour d’horizon de vos 3 années passées dans cette institution et vous nous présentez l’album des enseignantes de l’école. Chacune à sa façon sait tenir ses élèves.
    Ce sont des personnalités variées, attachantes ou repoussantes parfois, mais qui se conjuguent pour un seul but : maintenir l’ordre et la discipline. Il semblerait aussi que cela ait porté ses fruits.
    Appliquer de fortes et intimidantes corrections à de potentiels chahuteurs a fait entrer la leçon par le verso ! Portée au pinacle par Mme la Directrice, la Fessée magistrale était un symbole édifiant.
    Quant à la petite salle carrelée lumineuse maintes fois évoquée et décrite par vous dans de précédents récits, elle méritait certes le surnom (ou le nom officiel ?) de salle de corrections. Il n’en demeure pas moins que quel qu’en soit l’usage c’était le lieu idéal où l’on soignait excellemment les élèves indisciplinés ! Si amers ou brûlants qu’ils fussent ces châtiments leur étaient prodigués « pour leur bien ».
    (Brrrrr : je n’aurais pas aimé être dirigé dans cette petite salle de soins sauf par une blouse blanche d’infirmière !)

    marco

  4. Marco dit :

    Bonjour,
    Une petite réflexion au sujet de ce récapitulatif des années passées aux Aubépines.
    Déjà pour dire que l’Institution portait bien son nom : il y a des épines, symbolisant les nombreux piquants en embuscades pour les indisciplinés.
    Aussi pour penser qu’être invité à franchir le seuil de la salle de correction était pour l’élève puni une sorte de faveur.
    Certes il passerait dans cette pièce  » un mauvais quart d’heure », mais, à tout prendre, pouvoir s’expliquer et payer pour ses fautes rubis sur l’ongle en tête à tête avec Madame la Directrice, n’était- ce pas préférable à une autre entrevue dans le bureau directorial avec la prof plaignante en témoin et la secrétaire qui suivait cela de très près ?
    Et même cette punition en petit comité dans le bureau semble elle aussi plus douce qu’une honteuse et hyper sévère exposition sur l’estrade pour y être corrigé devant tous ses camarades.
    En classe il ne serait pas déculotté mais il allait « déguster » !
    La Grosse Fessée Magistrale en salle de soins me paraît donc rétrospectivement préférable.
    Ce traitement thérapeutique sur les fesses et cuisses nues ne s’applique qu’à ceux ayant plus que franchi les bornes et permet par ce déluge de claques et tempête fouetteuse, de crever l’abcès, vider les tensions et procurer une accalmie bienvenue.
    Point de vue de marco

  5. Nicolas dit :

    Bien sûr, JULIE, bien sûr Жули , la supériorité de l’homme et la fragilité de la femme sont pour le moins à relativiser, voire à remettre en question.
    Certaines femmes mènent d’une main de fer établissements scolaires ou entreprises ; des profs hommes se font chahuter.
    Et en couple ? Et d’une on ne sait pas tout ; et par ailleurs on se doute bien que certains rampent devant leur femme.
    Pour ce qui est de donner la fessée, scolaire ou à la maison, et dans ce cas éventuellement à un adulte, au compagnon, les femmes compensent largement une musculature certes moins développée par une belle application, une belle détermination.
    Au plaisir de continuer de débattre de ce sujet
    Nicolas
    Николай

    • Julie19 dit :

      Привет Николай.
      Bravo Nicolas pour l’écriture de votre prénom en russe (sans faute).
      Pour en revenir à notre sujet, oui, dans un contexte actuel, par contre, je ne suis pas sûre qu’à l’époque du texte d’Edmée il en était de même. C’est là tout le dilemme.
      Et même encore aujourd’hui, parfois, lorsqu’une femme a des responsabilités, elle doit être beaucoup plus forte qu’un homme pour être respectée. Ce n’est pas une généralité, certes, mais il y a quand même un stéréotype inscrit dans notre civilisation.
      Dans notre pays, tout tend à niveler ces inégalités, mais elles persistent. La preuve, c’est qu’il y a des actions pour légiférer, preuves que ça ne se fait pas naturellement.
      Amitiés.
      Julie

  6. CLAUDE dit :

    Bonjour EDMEE. Quel brillant récit ! Outre le style raffiné qui est le vôtre, le réalisme des illustrations ne peut manquer impressionner un lecteur attentif et passionné comme moi. Les « fessées magistrales », que vous décrivez si bien témoignent du sérieux de l’éducation que vous avez reçue. Certes le martinet, la badine, la férule et même le redoutable « Caning » y trouvent leur place. Je n’ennuierai pas le lecteur en rappelant les diverses maîtresses et leurs méthodes ; votre récit étant emblématique de ce que je n’hésite pas à qualifier « éducation au martinet ». Pour autant, je suis émerveillé par la manière dont vous analysez la personnalité de vos éducatrices. Une seule me rebute, c’est la première car son comportement est pour moi particulièrement cruel !Que dire de plus, sinon vous féliciter. Amicalement. CLAUDE.

  7. CLAUDE dit :

    Bonjour EDMEE. Ne me remerciez pas. Je viens de relire votre récit et j’en suis encore plus ému que la dernière fois. Oui, la fessée magistrale au martinet est un châtiment honteux. Et plus encore quand, comme c’est nécessaire, il est suivi d’une non moins humiliante mise au piquet. Mais, je ne vous l’apprendrai pas, la honte fait partie du châtiment. Encore merci, cher EDMEE pour votre éloquente justification des châtiments corporels si décriés, voir interdits de nos jours. CLAUDE.

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