La fessée appliquée

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Jeune garçon dans un élégant et sévère collège anglo-saxon

 

En accès libre : Jeune garçon heureux dans l’élégant collège

 Notice 

 Les  trois courts récits qui suivent sont extraits d’un roman dont le texte intégral est d’accès libre et gratuit via Internet (voir les liens ci-dessous)

 Ce roman raconte l’histoire d’un ancien orphelin habité d’un intense désir de parents et fasciné par les châtiments corporels légers, qui s’invente les faux souvenirs d’une enfance heureuse avec des parents aimants et une scolarité dans un élégant et sévère collège privé.

  

Titre  : « 1960 Jeune garçon heureux dans l’élégant collège »

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 Le sujet :  Williams Kern, riche oisif de cinquante-huit ans, ancien orphelin menant par goût une vie solitaire dans un pays austral, est un homme hanté par le désir de parents fermes mais aimants, fasciné par les châtiments corporels légers, familiaux ou scolaires.

Dans l’espoir qu’une réalité parallèle fabriquée sous le prisme de ses obsessions puisse lui tenir lieu de morphine contre une souffrance cachée, il entreprend d’écrire la vie d’un imaginaire collégien anglo-saxon qu’il nomme Will Harts, et tente ainsi de se donner l’enfance – à ses yeux – heureuse et idéale qu’il n’a pas connue autrefois.

 Ce roman sera bientôt suivi d’une série de courts récits réunis sous le titre générique «Traces d’une enfance heureuse de garçon », qui seront diffusés dans les mêmes conditions de gratuité. 

   Ces récits, quoique présentés de manière distincte et pouvant donc être lus dans n’importe quel ordre, retraceront divers moments particuliers d’une réalité unique et cohérente. Tous – puisque imaginés par Williams Kern sous le sceau de sa fascination – auront pour sujet l’enfance et l’adolescence du jeune Will Harts, dans son collège de Wallesmouth et sur la presqu’île de Seanghs où il vit avec ses parents – Jan et Katleen Harts –, ainsi que son jeune frère Nick.

 Les liens d’accès

Lien principal à utiliser (plus rapide) :

http://www.edition999.info/_Williams-K_.html

 A défaut :

http://rhedwaal.blog4ever.com/

 

 1° RECIT : Des parents somme toute acceptables

 Comparés à la plupart des parents, ceux de Will sont assez modernes, il y a donc un peu moins de sévérité dans la famille Harts que dans d’autres. Par ailleurs, Will sait combien ils les aiment lui et Nick. À la maison, l’amour c’est souvent, tous les jours. Une merveilleuse tendresse, un grand soleil chaleureux. L’amour entre eux – si évident. Et l’amour pour lui et Nick. Surtout pour lui d’ailleurs : il est certain d’être le préféré en tant qu’aîné. Comment est-il possible d’aimer sérieusement quelqu’un comme Nick, un mioche qui, à dix ans, dort avec son ours en peluche et joue encore aux petits soldats ? Sans compter les nuits, heureusement de plus en plus rares, où il pisse au lit…

   Au chapitre des punitions, les choses se passent à la maison comme pendant les orages : de temps à autre, la foudre tombe du ciel. Les parents sont des parents, ils ne se laissent pas faire.

   Un après-midi, en les espionnant tandis qu’ils bavardaient sous le grenadier en fleurs, près de la piscine en compagnie d’invités venus prendre le thé, Will les a entendus déclarer avec un extraordinaire aplomb, une mauvaise foi si évidente, que les enfants – surtout les garçons – ont besoin de discerner clairement ce qui est permis de ce qui est interdit, que recevoir punitions et fessées quand ils les méritent les rassure en leur rappelant d’une manière concrète les règles à suivre. D’ordinaire, il juge ses parents plutôt intelligents – très intelligents même, aussi bien l’un que l’autre. Mais ce jour-là il a trouvé une telle affirmation tout à fait stupide : imaginer que des coups de martinet, de baguette ou de brosse sur les fesses puissent rassurer les garçons, c’était bien une idée saugrenue de parents !

   Au moins, ça n’arrive jamais d’une façon imprévisible. Les parents se montrent là-dessus d’une loyauté sans faille, toujours ils préviennent un moment à l’avance quand les limites leur semblent menacées. À partir de là, lui et Nick savent qu’ils prennent des risques s’ils se hasardent à continuer : ils entrent dans une zone dangereuse, celle de la répression.

   Pour Nick, le plus grand péril vient encore du martinet, de la baguette souple de l’office ou de la petite brosse plate avec laquelle les parents, lui ou elle, savent assez bien lui repasser les fesses quand ils le jugent nécessaire. Will approuve ces châtiments sans l’ombre d’une hésitation : qui serait mieux placé que lui pour savoir combien son hypocrite de frère mérite au centuple chacune des fessées déculottées qu’il reçoit ? En apparence, les règles de la maison ne semblent pas gêner Nick, il paraît même y trouver son compte. Seulement Will le sait bien, ce n’est justement là qu’une simple apparence : en dépit de ses airs de sainte-nitouche, Nick non plus ne respecte pas du tout les règles, loin s’en faut. Malgré ses dix ans, malgré les petits soldats et l’ours en peluche, son frère est un de ces fichus renards qui sait en prendre à son aise avec la loi des parents. Sous couvert de filer droit, il passe en réalité son temps à leur mentir, à ruser et à les tromper sans la moindre vergogne. Il craint les fessées, bien sûr – Nick est un vrai trouillard, là-dessus comme sur le reste – mais il peut se conduire d’une manière incroyablement cynique avec eux, il n’en fait plus qu’à sa tête dès qu’ils ont le dos tourné. Aucune des volées qu’il prend sur leurs genoux ou sous leur bras en braillant comme un écorché vif quand il se fait pincer en flagrant délit de mensonge ou de désobéissance ne pourra jamais l’amender. Même si les parents lui baissaient sa culotte et son slip – autre infâme bien méritée ! – pour lui chauffer les fesses tous les jours, sa conduite scandaleuse resterait exactement la même : ce type est un fieffé hypocrite, un menteur dans l’âme, aucune punition ne changera rien à l’affaire.

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   Lui aussi, Will, déteste le carcan des règles. Quel garçon sensé accepterait de s’y laisser emprisonner à douze ans ? Mais il a au moins le cran de se rebeller, d’agir en face, loyalement, de ruer avec franchise contre toutes les entraves, tous les obstacles à ses désirs : désir de liberté, désir d’insolence, désir de rébellion. Irrépressibles, obscurs, parfois si violents et incompréhensibles désirs qui le poussent depuis quelque temps à défier de front l’autorité jusque-là incontestée des parents malgré des conséquences aussi prévisibles qu’inéluctables.

   En ce qui le concerne, ses fesses ne sont plus menacées à la maison : le grand danger réside à présent dans les privations d’argent de poche. Quand les parents perdent patience, quand une sanction de ce genre tombe, alors le gouffre de la banqueroute s’ouvre brutalement sous ses pieds. Comme il n’est pas économe – jamais il ne pense à se constituer une réserve pour les coups durs –, la situation de ses finances prend vite un tour dramatique, si alarmant qu’il doit se résoudre à de cruelles coupes franches dans son budget. Il appréhende tant ces sanctions financières qu’il essaie toujours de négocier avec les parents quand les choses tournent mal, il propose de ranger le garage ou de tondre la pelouse à la place. Eux ne se laissent pas duper par ces tentatives de dernière minute. Ils ont compris depuis longtemps que la punition sur l’argent de poche est d’une merveilleuse efficacité et restent intraitables sur la question. Ce sont des parents qui aiment mais des parents redoutables aussi, perspicaces et malins – au moins en ce qui le concerne. Jamais il ne parvient à les rouler aussi habilement dans la farine que ce filou de Nick.

   Son frère, puisqu’il reçoit encore la fessée, est très rarement privé de son argent de poche. Telle est la jurisprudence constante de la maison pour les criminels : avant douze ans, le fouet, la culotte baissée et les fesses rouges ; ensuite, tout simplement la ruine. En outre, même si on lui donne moins qu’à lui – droit d’aînesse oblige –, Nick est du genre économe, voire carrément avare : à force de rogner sur ses dépenses d’illustrés et de bonbons, penny par penny, il est parvenu à amasser une solide cagnotte, une vraie petite fortune (pas moins de trois tirelires, toutes si pleines de pièces et de billets qu’on n’entend plus le moindre tintement quand on les agite). Aussi, malgré les taux d’intérêt scandaleux et exorbitants que pratique cet usurier en herbe (une couronne et un shilling par tranche de trois livres Rhedwaalers, payables sans faute à échéance mensuelle), Will doit-il parfois se résoudre à lui emprunter un peu d’argent pour affronter tant bien que mal les périodes de disette.

   Dans les pires moments de détresse financière, quand les insolences à répétition et les rébellions ont vidé ses caisses, il lui arrive de regretter les temps passés. Avec le recul, et au vu des punitions qu’il reçoit maintenant au collège, les brèves volées administrées par les parents ne lui paraissent plus si terribles : un simple mauvais moment à passer sous le bras de l’un ou l’autre (elle le plus souvent pour les fessées à la main ou avec la petite brosse ; lui pour les expiations au martinet ou avec la baguette, si elle exigeait plus de sévérité). Une petite brûlure désagréable sur les fesses – plus ou moins prolongée selon la gravité du crime –, l’humiliation de la culotte courte et du slip descendus sur les mollets, et puis c’était terminé, on n’en parlait plus jusqu’à la suivante. La disette financière, elle, se prolonge toute une semaine – parfois même une quinzaine entière si les parents tiennent à se montrer sévères, dans les cas graves.

   De tels regrets sont pourtant absurdes, Will le sait parfaitement. Chaque fois, sa fierté d’ancien combattant et de révolutionnaire le rappelle fermement à l’ordre là-dessus : malgré les effets désastreux des privations d’argent de poche qui ont pour lui remplacé le fouet à la maison, il n’est pas peu fier d’avoir jadis lutté avec courage pour arracher la décisive promesse aux tyrans.

   Quelques siècles plus tôt, dans un passé obscur, alors qu’il venait tout juste d’atteindre le cap décisif de ses dix ans – pour la première fois un âge à deux chiffres, un âge d’homme ! –, il a tout simplement trouvé le courage de faire une chose héroïque. Une chose que Nick – il en est sûr – n’aurait jamais osée à sa place : il s’est révolté ouvertement, il a refusé de front une fessée déculottée au moment même où les parents prétendaient la lui donner après une insolence au retour de la plage. 

     Il se remémore avec une certaine vanité de ce jour-là, jour d’une éclatante victoire sur l’Autorité. Jour de rébellion, de colère et de rage – la vraie colère, la grande, au nom de la Justice bafouée : malgré ses dix ans dont il se sentait si fier, ils continuaient de le considérer comme un mioche, de lui donner exactement les mêmes volées que ce bébé de Nick. C’était si injuste ! Pourquoi ne le traitaient-ils pas en grand quand ils décidaient de le punir ? Avant ce jour de gloire, sa mémoire porte trace d’une autre tentative, un peu après ses huit ans. En ces temps anciens – d’autres siècles –, il avait déjà risqué sa chance, entrepris naïvement d’attaquer une bastille si solide. Sans le moindre succès. Encore davantage irritée par sa conduite ce ton infiniment réprobateur : « A ton âge, papa et moi ne faisions pas tant d’histoires quand nous recevions une fessée de nos parents ! Tu mérites celle-là et je te promets que tu vas l’avoir… »), sa mère l’a poursuivi dans la maison en brandissant une de ces cuillères de bois plates à long manche qui servent pour la cuisine. Elle a manifesté une ténacité incroyable à le poursuivre dans toute la maison alors qu’il pensait pouvoir compter sur sa lassitude. Pour finir, elle est parvenue à le coincer avec l’aide de Nkhele et Moyana, les femmes de ménage métis. Il se démenait comme un diable déchaîné, donnant des coups de pieds et de poings en tous sens, criant dans sa rage tous les mots interdits d’un répertoire déjà très fourni grâce à ses copains d’écoles.

Il s’est si bien défendu qu’elles ont dû se mettre à trois pour l’extirper avec effort de sous son lit où il s’était réfugié. Une fois attrapé et maîtrisé, elle s’est montrée impitoyable avec lui : elle s’est installée bien droite sur le lit et elle l’a renversé en travers de ses genoux. Will se souvient encore avec une profonde honte, un immense embarras de ce qui s’est alors ensuivi sous les yeux approbateurs des deux femmes coloured – sans parler de Nick, que le remue-ménage de la poursuite avait attiré : une fois réduit à l’impuissance, sa culotte courte et son slip baissés sur ses cuisses, ses chevilles et ses mains tenues comme dans des étaux par Moyana et Nkhele pour l’empêcher de se débattre et de se dégager, il a reçu la plus belle volée de toute sa vie.

Ses fesses ont l’une après l’autre expié en cadence cette première révolte sous la sèche, sonore et cuisante brûlure du dos de la cuillère plate qui n’en finissait pas de cingler – et très fort. Sa mère semblait terriblement en colère contre lui pour cette attitude rebelle comme pour les mots interdits proférés, par voie de conséquence la fessée s’est prolongée un long moment. Si longtemps que malgré tout son courage de jeune révolté, il a fini par capituler, pleurant à chaudes larmes, suppliant et demandant humblement pardon pour que le feu de la Justice cesse enfin de s’abattre sur son postérieur et sur ses cuisses : « Maman, je le ferai plus, je promets ! Je promets ! »  (c’était sans doute ce genre de repentir sincère qu’elle attendait de lui car la correction si sévère a aussitôt cessé, et cette fois elle l’a laissé s’enfuir dans sa chambre où il a fini de pleurer tout son saoul en la détestant, jurant de se venger. Il se souvient encore avec gêne des sentiments horribles, si amers qui l’ont habité en ces instants de colère et de sa rage, tandis qu’il vérifiait les dégâts sur son derrière meurtri dans la glace de son armoire. Ses fesses étaient écarlates, si douloureuses qu’au dîner il se trémoussait encore sur sa chaise, attaqué par mille aiguilles invisibles.

   La seconde tentative a été la bonne. Vaillant insurgé, agrippé à son short et à son slip de bain speedo, bien résolu à ne pas les laisser glisser sur ses chevilles comme d’ordinaire quand les parents sévissaient, il leur a tenu tête alors que le martinet, un bref instant désorienté par cette résistance inattendue, menaçait ses cuisses et ses mollets à titre de substitut. Ce jour-là les parents ont paru hésiter, ils se sont consultés un bref instant du regard et la victoire lui a souri. Ils ont fini par lâcher prise, il n’y a pas eu de volée ; une privation de vélo pendant trois jours l’a in extremis remplacée.

   Palliatif provisoire car dès le lendemain, les parents – ils devaient avoir comploté en douce pour se mettre d’accord, faire front commun ainsi qu’ils en ont si souvent l’irritante habitude – sont revenus à la charge pour annoncer la nouvelle politique.

   « C’est entendu, tu n’auras plus de fessées pour toutes les bêtises. Désormais tu seras puni sur ton argent de poche si tu désobéis… Mais tant que tu n’as pas tes douze ans, tu pourras toujours recevoir la baguette ou le martinet si tu le mérites vraiment. Tu ne seras pas déculotté comme Nick mais tu auras quand même le fouet, de toute façon c’est ce qui t’arrivera dans ton collège l’année prochaine si tu ne t’y conduis pas bien et ce sera plus sévère qu’à la maison. C’est à toi d’être raisonnable et de décider si tu veux être traité en grand garçon ou pas… ».

   «  Et moi ? », a glissé Nick, toujours prompt à saisir une occasion d’améliorer son propre sort.

   – Toi, tu as encore l’âge de recevoir toutes les bonnes fessées que tu mérites, ont rétorqué les parents avec un sourire ironique qui en disait long. C’est la même chose pour tous les petits garçons, tes douze ans sont encore loin.

   – Je veux plus la culotte baissée ! a protesté Nick.

   – Quand tu auras tes dix ans, pas avant. Nos parents nous la baissaient aussi quand nous n’étions pas sages et ils avaient bien raison, ça fait partie de la fessée quand on doit la recevoir…

   Nick a haussé les épaules, dépité.

   Bien fait !

   Car là-dessus, Will approuvait les parents sans l’ombre d’un scrupule : qu’ils continuent à lui faire les fesses rouges, qu’ils le punissent cul nu, tout baissé ! Ce fichu petit menteur et escroc ne méritait rien d’autre…

   Certains jours il accepte leur loi, et ces jours sont les bons jours. Mais à d’autres, elle lui paraît si contraignante, impossible à supporter. Des choses étranges, incongrues se produisent dans sa tête depuis quelque temps ; une curieuse et secrète alchimie semble à l’œuvre maintenant qu’il a franchi le cap fatidique de la promesse, celui de ses douze ans. Tout se passe comme si un nouveau venu en lui, fier et intraitable, délivré du fouet – au moins à la maison – avait décidé de choisir ce qu’il peut accepter d’eux et ce qu’il entend refuser au nom d’une loi nouvelle : la sienne.

   Pourtant, à bien réfléchir, s’il pèse le pour et le contre avec la plus totale loyauté dans son cœur, il se sent forcé de reconnaître qu’ils ne sont pas si mal et qu’il a sans doute davantage de chance que la plupart de ses copains. Ses parents à lui sont plutôt justes, gentils, affectueux et tendres, même si quelquefois sévères quand ils veulent se faire obéir, laissant planer la menace du martinet sur les fesses toujours exposées de Nick ou celle d’un possible embargo sur son propre argent de poche parce que les règles de la maison n’ont pas été respectées. Malgré tous leurs défauts, et pour un temps encore, ils lui apparaissent sous les traits de parents pour l’essentiel acceptables, peut-être même les meilleurs parents du monde, ceux dont il pourrait rêver s’il ne les avait pas déjà à ses côtés pour l’aimer.

   Il les aime et eux l’aiment et s’aiment. Voilà un roc infiniment solide sur lequel un empire pourrait être bâti, lui semble-t-il. Au fond, le seul problème avec les parents, c’est qu’ils sont exigeants. Et agaçants, si profondément agaçants…

   Parce qu’il faut sans cesse obéir à la maison, se tenir correctement, aider à tour de rôle Nkhele et Moyana pour essuyer la vaisselle alors qu’elles pourraient très bien s’en charger toute seule puisque c’est après tout leur travail (les métis, les Indiens et les noirs sont là pour ça, au Rhedwaal, tout le monde ou presque le dit), ranger sa chambre, faire tous ses devoirs à temps, rentrer à l’heure pour le déjeuner et le dîner, se montrer bien élevé et poli, respectueux envers les adultes, ne pas parler sans permission à table parce que c’est mal pour des enfants de couper la conversation aux grandes personnes.

   Mais ce sont des parents et on ne pourrait pas leur demander de disparaître comme ça, d’un simple coup de baguette magique. Parfois, quand il se sent à bout, excédé par les innombrables barrières et interdits qu’ils placent devant lui, il soupire et se prend à imaginer qu’il est seul, déjà grand. C’est vrai que, d’une certaine manière, la vie serait plus libre si on n’avait pas sans cesse les parents sur le dos. Pourtant, quelque part en lui, une dernière trace obstinée d’enfance résiste à ces désirs clandestins d’émancipation. En fait, à bien y réfléchir – et même s’il aime beaucoup en rêver – Will ne sait pas trop s’il voudrait vraiment que cette idée se réalise. Seul, sans parents

   Il pense chaque fois à Kelan, le garçon du collège dont les parents sont morts. Et ça lui fait froid dans le dos.

 

  2° RECIT : Une rentrée scolaire

 Cet extrait assez long comporte une coupure signalée par un signe (…), pour le rendre plus court

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    Un peu plus tard, après le départ des familles et l’installation dans les chambres pour les seniors, dans les dortoirs pour les plus jeunes, les élèves sont de nouveau appelés. Les préfets de discipline les rassemblent, ils leur intiment l’ordre de quitter les locaux de l’internat et de se rendre dans le grand gymnase qui, expliquent-ils à l’intention des nouveaux, se situe de l’autre côté du collège, dans la partie ouest. De loin, le bâtiment haut et gris ressemble vaguement à un paquebot échoué. Les élèves traversent tout le parc pour le rejoindre. Ils longent des pelouses d’apparat aussi impeccablement soignées que celles du bâtiment d’honneur, parfois flanquées d’étroits massifs d’Ishaies blanches et bleues. Ils marchent dans de larges allées recouvertes d’un gravier blond qui crisse agréablement sous leurs pas. Le gravier, par sa blondeur agréable, évoque ces longues plages où les touristes restent des heures allongés à se brûler le dos ; il donne une dernière touche de vacances à la juvénile procession qui se dirige vers le gymnase. La cohorte des garçons et des filles piétinant sagement les allées – marcher sur les pelouses est strictement interdit – passe sous l’arche naturelle que forment deux grands cèdres curieusement inclinés l’un vers l’autre. Probablement ces deux vieillards végétaux ont-ils vu au cours de toutes ces longues années défiler des générations d’élèves sous leurs vénérables branches. Puis les colonnes d’élèves envahissent le hall d’entrée du gymnase.

    Au bout de ce hall, se trouve le sas de sécurité antinucléaire que les School Rules imposent depuis 1957 dans tous les établissements scolaires du Rhedwaal, même les plus anciens. Il donne sur une double porte où – comme chaque année –, un goulet d’étranglement se forme, qui provoque une légère bousculade. Certains garçons s’interpellent et se congratulent, semblables à de vieux amis au retour d’un long voyage. On voit tout de suite que ce sont des anciens à leur air détendu et blasé, à cette légère touche de laisser-aller dans leur manière de porter l’uniforme du collège. Ils se poussent, plaisantent, chahutent un peu. Déjà de petits groupes séparés par les grandes vacances de l’été austral se sont reformés. Les nouveaux venus se repèrent assez facilement : ils restent sur leur quant-à-soi, isolés, désorientés – surtout les plus jeunes. Ils n’ont pas encore de copains, personne pour les reconnaître. Par ailleurs, ils sont les plus petits dans ce nouvel univers après avoir été les plus grands dans leur primschool l’année précédente. Ce changement brutal de statut doit avoir quelque chose d’angoissant pour eux, en un sens c’est le monde à l’envers. De fait, en découvrant les règles cachées de Wallesmouth, la loi du silence et le pouvoir quasi-absolu des Préfets, beaucoup auront la désagréable impression de marcher sur la tête. Mais il sera trop tard pour reculer.

     Au fond du gymnase, qui lui semble immense – Keven n’en a encore jamais vu aucun avec de telles dimensions – s’ouvre une vaste scène surélevée. De lourds et épais rideaux beiges l’encadrent de chaque côté. Tandis que la foule d’élèves s’engouffre par les deux battants de bois clair largement ouvert, Keven entend sur sa droite un garçon blond expliquer à un autre plus petit que les pièces répétées toute l’année par le club de théâtre pour la fête du collège se joueront sur cette scène. Le garçon blond se penche pour ajouter autre chose que Keven ne peut comprendre à cause du brouhaha. Il voit aussitôt paraître une expression inquiète, si effrayée sur le visage assombri du petit.

   Ça l’intrigue, il voudrait connaître la raison de cette inquiétude. Qu’a pu révéler le garçon blond à l’autre pour provoquer une si soudaine appréhension ? Il essaie de se rapprocher pour tenter de lier connaissance et questionner les deux garçons mais la bousculade qui presse derrière l’en empêche. Il est repoussé plus loin par une tribu compacte de grands élèves. Des old juniors qui plaisantent entre eux et qui l’écartent sans trop de ménagement, presque avec brutalité, du haut de leurs quinze ou seize ans. Bien sûr, Keven ne fait pas le poids face à ces géants. En levant prudemment les yeux, il croise des regards impitoyables qui le jaugent avec mépris pour ce qu’il est : un de ces mioches d’à peine onze ans tout juste sorti de sa Primschool et qui entre en 1st form. Il est trop petit, pas assez fort, personne ne prend garde à lui pour éviter de le heurter ; bousculé de toute part comme un simple ballot, il ne se rebiffe pas, au contraire, il renonce à se diriger et se laisse emporter par le flot. Un bon point pour lui. Keven Smarts a déjà saisi et intégré l’une des lois fondamentales qui régissent Wallesmouth : les faibles doivent y faire preuve de prudence, s’adapter au rapport de force. Sinon gare.

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   Lorsque tous les élèves sont rangés dans le gymnase par classes et par divisions, les garçons à gauche et les filles à droite – des repères précis ont été tracés en prévision à la craie sur le sol –, le directeur apparaît. Par où est-il arrivé au juste ? Keven n’a pas pu voir. Sans doute existe-il quelque part une autre entrée, spécialement réservée aux adultes. D’un pas alerte, Monsieur Deeners – il est grand et athlétique malgré son âge – escalade prestement la volée de marches en bois vernis (elles grincent sous son poids) qui permettent d’accéder sur la scène où un micro a été disposé. Ce n’est pas celui qui a servi sur l’estrade, Keven note que les fils de celui-là sont gris alors que ceux de l’autre étaient noirs –une preuve que Wallesmouth, en dépit des apparences, est un collège qui tâche de vivre avec son temps.

   Quelques professeurs suivent dignement le directeur en file, tous revêtus de leur toge professorale aux plis impeccables ; il s’agit manifestement des plus âgés et des plus anciens. Keven en reconnaît certains qu’il a vu bavarder avec des parents un moment plus tôt sur la pelouse, le visage détendu et souriant. À présent, ces mêmes visages sont fermés, sans expression. Voilà un premier signe d’alerte et il n’échappe pas à Keven, qui a toujours été un garçon observateur.

   Du centre de la scène où il s’est placé, le directeur toise un moment l’assistance qu’il domine. Il se tient très droit et parfaitement immobile – au point qu’on pourrait le croire changé en statue. Puis, après avoir porté son regard une fois à droite et une fois à gauche, sans doute dans l’intention de vérifier le bon ordonnancement de la foule d’élèves qui lui fait face, il frappe à trois reprises dans ses mains afin d’exiger un total silence. Il l’obtient après quelques secondes de retard, ce qui lui occasionne (Keven remarque cela aussi) un léger froncement de sourcil – à moins que ce ne soit un tic. Il en profite pour toussoter, donne de légers coups avec son index dans le micro pour vérifier qu’il fonctionne. Quand tout lui semble prêt, il se gratte une fois l’arête du nez et, la tête légèrement inclinée vers le micro – dont l’usage ne lui semble pas familier –, il entreprend le second discours.

   Dès le début, celui-ci sonne d’une manière tout à fait nouvelle, le ton a bien changé. En outre, métamorphose aussi surprenante qu’inquiétante, le directeur ne sourit pas en parlant. Son visage ne manifeste plus la moindre bienveillance comme cela était le cas auparavant devant les familles, il s’est au contraire mué en un masque impassible et dur. Monsieur Deeners lit tout d’abord quelques passages du code d’honneur de Wallesmouth qu’il commente brièvement en les qualifiant de « règles essentielles de vie », puis il lâche d’une voix lente et grave ces mots : « Jeunes gens, venons en à présent au chapitre des sanctions… »

   C’est comme un signal, instinctivement perçu par l’assemblée. Un murmure sourd, vaguement inquiet s’élève du côté des petites classes, les 1st forms et les 2nd forms où les nouveaux sont évidemment les plus nombreux. Le directeur, qui a de nouveau froncé les sourcils, – cette fois de manière tout à fait nette –, l’éteint du seul regard.

   – Mes chers enfants, moi-même et mes collègues représentons ici vos parents qui vous ont confiés à Wallesmouth pour cette nouvelle année scolaire. Nous nous devons d’honorer l’immense confiance qu’ils nous font et d’assumer notre rôle aussi parfaitement que possible. C’est donc l’amour qu’ils vous portent, amour naturellement exigeant, qui guidera nos décisions. Et c’est encore ce même amour qui fondera l’autorité que nous exercerons sur vous tout au long de cette année… Ainsi, chaque fois que nous aurons à sanctionner l’un ou l’une d’entre vous, ce qui je l’espère se produira rarement, ce sont ses pères et mères qui le feront par notre intermédiaire. N’oubliez jamais ceci, mes chers enfants : S’il nous arrive de faire preuve de la sévérité nécessaire – encore que profondément juste soyez en persuadés –, ce sera toujours avec une infinie bienveillance, dans votre seul intérêt bien compris. Vous ne devrez pas perdre de vue le lien entre ce collège et vos parents au moment de recevoir un châtiment mérité, quel qu’il soit, même si ce moment peut vous sembler tout naturellement pénible et difficile…

   Un impressionnant silence pèse sur le gymnase tandis que le directeur assène ces paroles. En observant tous les visages attentifs et graves levés vers la scène, vous pourriez songer à une cérémonie dans un de ces temples protestants de Wedsby ou de Wierth pendant l’office, quand les gens écoutent le sermon du Dominee et ses exhortations pour aider les gens à sauver leurs âmes que le démon s’évertue à séduire afin de les perdre.

   – Jeunes gens, ne prenez surtout aucune des paroles que je vais prononcer aujourd’hui à la légère, dit encore Deeners en appuyant un peu plus sa voix. Je dirige ce collège depuis trop longtemps pour ignorer qu’un certain nombre d’entre vous – une minorité je le précise –, devront être fermement rappelés à l’ordre tout au long de l’année scolaire à venir. À ceux-là, je tiens par avance à dire ceci : croyez bien que je m’emploierai à vous maintenir dans le respect des règles avec toute la vigueur nécessaire. Je ne serai pas seul, bien entendu. S’y emploieront également vos professeurs, vos maîtres d’internat et ceux de vos aînés seniors des 6th forms qui ont été désignés, ou seront désignés pour compléter les départs, comme Préfets de discipline par le conseil des professeurs avec la mission d’encadrer les classes et de seconder nos quatre maîtres.

   Le directeur de Wallesmouth marque une pause, son silence paraît interroger la foule juvénile. En même temps, il parcourt le gymnase d’un regard aigu qui semble déjà y chercher des coupables potentiels. Lorsque ce dangereux rayon passe sur son visage, Keven éprouve la pénible, absurde – mais irrépressible – sensation d’être personnellement visé par les pupilles qui flamboient. Incapable de lui résister, il ne peut que se soumettre, empli d’un profond malaise ; donc il baisse les yeux. Seconde loi de Wallesmouth intégrée, signe que Keven est un jeune garçon intelligent et qu’il a sa place dans ce collège.

   Lorsqu’il ose les relever un instant plus tard, le danger s’est éloigné, ce dont il ressent un réel soulagement. Une vague honte aussi, même s’il n’est pas facile de s’avouer un tel sentiment. Il se méprise un peu pour avoir plié ainsi. Et surtout si vite. Pourtant, il s’accorde des circonstances atténuantes : telle est la force de ce regard étrange et inquisiteur que toute volonté semblait devoir céder devant lui.

   Keven est ce genre de garçon sensible dont les antennes captent ce qui échappe souvent à d’autres. Avec une sûre intuition, il pressent que quelque chose d’important lié à la discipline vient de se jouer. Là, juste à cette seconde, entre lui et le directeur. Personne d’autre ne le sait, nul ne l’a perçu – peut-être même pas Monsieur Deeners. Lui seul, probablement. Perdu dans la foule, innocent parmi des coupables potentiels, donc exposé au danger d’une possible confusion, mais d’une certaine manière déjà distingué d’eux par la vertu de la soumission. Il est tout à fait clair que Keven saura s’éviter pas mal d’ennuis à Wallesmouth, au moins dans ses rapports avec les adultes.

   – Je parle essentiellement à l’attention de nos nouveaux élèves, poursuit le directeur, puisque j’imagine que les anciens connaissent déjà parfaitement nos règles et les légitimes sanctions qu’elles appellent en cas d’infraction. Jeunes gens, nous formons dans ce collège l’élite Rhedwaaler de demain, une élite qui se distinguera en toutes occasions et dans tous les domaines, je l’espère avec ferveur. Il s’agit là d’une extraordinaire aventure humaine qui se renouvelle sans exception pour toutes les générations, nous devons donc nous en montrer dignes à chaque instant, sans faiblesse aucune. Pour cette raison, nous estimons que pèse sur nos épaules l’impérieux devoir de ne jamais céder quant à certains principes jugés essentiels. Ils ont fait depuis longtemps la preuve de leur excellence : le travail, la discipline, la droiture et la loyauté, sans omettre bien évidemment le contrôle de soi…

    Le directeur lève la main droite avec une élégante lenteur que l’on sent calculée. Un geste académique destiné – de toute évidence – à signifier que la liste des vertus attendues des élèves n’est pas close pour autant.

   – Ceux d’entre vous qui croiraient pouvoir enfreindre ces principes, bafouer impunément le code d’honneur, et le règlement qu’ils se sont engagés devant moi-même et leurs parents à respecter commettraient une grave erreur de jugement. Une erreur tout à fait regrettable, je puis vous l’assurer… Si nous savons nous montrer tolérants face aux étourderies ou aux maladresses dues à l’inexpérience de la jeunesse, nous sommes sans indulgence aucune envers les esprits forts, ou du moins ceux qui se considèrent naïvement comme tels jusqu’au moment inéluctable où ils prennent conscience que notre attachement à la discipline et à l’effort est infiniment plus tenace que leur mauvaise volonté ou leur penchant naturel à l’indiscipline. Croyez-le bien, jeunes gens et jeunes filles : ils reçoivent ici les justes et – s’il le faut – parfois sévères leçons que leur conduite rétive rend malheureusement nécessaires…

   Parvenu à ce point de son discours, Monsieur Deeners prend une profonde inspiration. L’expression peinte sur son visage est celle d’un homme infiniment triste d’apporter contre sa propre volonté une bien mauvaise nouvelle. Il a vraiment l’air désolé, comme s’il venait vous apprendre que votre équipe préférée vient de se faire éliminer sans gloire dans le championnat de cricket des provinces. Ou pire encore, que votre chien tant aimé s’est fait écraser par un camion en traversant la route du district.

   – Ils reçoivent sans tarder les avertissements qui s’imposent et aussi sévèrement qu’il convient, je puis une nouvelle fois vous l‘assurer. À Wallesmouth, rebelles et paresseux gagnent un temps précieux pour acquérir sagesse et ardeur au travail… Ces leçons dont ils ont à l’évidence le besoin le plus urgent leur sont administrées avec la fermeté suffisante pour qu’ils se souviennent de l’expérience, et qu’ainsi leur soit épargnée la dangereuse tentation de renouveler certains comportements déplorables qui s’observent hélas depuis quelque temps dans d’autres établissements.

(…)

 

   – « Je pense m’être fait comprendre avec assez de clarté par la plupart d’entre vous », continue Deeners, cette fois sans élever la voix, parlant d’un ton parfaitement égal et serein, mais on sent bien que ses propos portent un contenu réellement dangereux, une menace à prendre au sérieux. « Quant aux éventuels incrédules, ceux qui voudraient voir et sentir avant de croire, je suis persuadé que ceci devrait suffire à les convaincre que je ne plaisanterai pas le moins du monde avec le respect de nos règles ».

   En un geste ample de tribun romain, usant d’une lenteur calculée, il brandit à cet instant la baguette que lui tend – après l’avoir tirée de sa toge – un des professeurs qui l’entourent.

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   Keven identifie l’instrument au premier coup d’œil : c’est une baguette en rotin, une baguette à fessées. Une de ces baguettes souples que les parents sévères – c’est-à-dire la plupart des parents au Rhedwaal – se procurent chez les droguistes et avec lesquelles ils donnent le fouet à leurs enfants pour les corriger quand ceux-ci n’obéissent pas, répondent insolemment ou travaillent mal en classe. Elle semble juste légèrement plus longue et plus épaisse, avec cette curieuse extrémité recourbée comme celle d’une canne. Au Rhedwaal, tous les droguistes en vendent, ils en ont des stocks entiers dans des bacs, près de la caisse, qui voisinent avec de petits martinets aux rêches lanières de cuir à section carrée. Les parents n’ont que l’embarras du choix pour punir leurs enfants indociles.

   Plus petit, quand il se montrait insupportable, Keven a entendu quelques fois la phrase menaçante : « Si tu continues, je vais aller acheter une baguette ! ». Mais ses parents ne sont pas si sévères. Même aux pires moments de ses caprices et de ses puériles colères, ils n’ont jamais mis leur menace à exécution,

   – Jeunes gens et jeunes filles, j’attire votre attention sur le chapitre consacré par notre règlement à la discipline générale… Vous noterez qu’il prévoit l’administration immédiate d’une sanction corporelle à tout élève ayant commis une faute grave. Il en va de même pour celui ou celle qui se serait vu infliger trois points de démérite dans la même journée ou six de ces points dans la même semaine pour mauvaise conduite ou un travail notoirement insuffisant. Vous garderez par ailleurs en mémoire qu’un élève totalisant deux mesures de retenue dans une seule quinzaine ou trois dans un même mois – même non assorties de privation totale de sortie pour le week-end – est également passible de ce même châtiment. Enfin, six retenues de semaine ou de week-end dans un seul mois, ou douze de ces retenues dans un même trimestre, quels qu’en soient les motifs, rendent l’intéressé justiciable d’une mesure d’exclusion. Le caractère provisoire ou définitif de celle-ci sera naturellement laissé à l’appréciation souveraine du conseil des professeurs siégeant en formation de Cour d’honneur sous ma présidence.

   Un long murmure parcourt encore les rangs des élèves, toujours du côté des petites classes. Deeners paraît juger bon de laisser mourir avant de reprendre le fil de son discours.

   – Qui n’entend pas doit sentir, jeunes gens, méditez bien ceci. Les corrections que vous aurez méritées par votre refus persistant de vous soumettre aux règles de notre communauté, parmi lesquelles figure l’assiduité au travail ainsi que le respect de vos professeurs et de vos aînés préfets, vous seront appliquées avec cet instrument (il lève la baguette encore un peu plus haut en prononçant ces paroles, afin que tous puissent bien la voir). Je puis vous assurer que le contact du rotin énergiquement manié sur un jeune postérieur n’a rien de très agréable… Les anciens le connaissent déjà, ainsi que les effets cuisants qu’il peut produire quand il est administré avec la juste vigueur qui convient pour punir l’inconduite ou la paresse. Croyez-moi, ils ont pu les éprouver et vérifier tout à loisir son efficacité chaque fois qu’il a été nécessaire de leur adresser un salutaire rappel à regagner promptement le droit chemin.

   Tout en parlant, le directeur agite sèchement deux fois la baguette devant lui, dans le vide, avec la même énergie que s’il se préparait déjà à fouetter un invisible coupable. Elle semble dangereusement souple et, dans le silence pétrifié des premiers rangs où le hasard l’a placé, Keven frissonne d’appréhension en percevant le redoutable sifflement que provoque son battement élastique.

   Bien sûr, ses parents l’ont mis en garde au sujet de la discipline rigoureuse qui règne à Wallesmouth. Ils lui ont à plusieurs reprises conseillé sagesse et prudence afin d’éviter les ennuis de ce genre. Keven n’y a pas attaché grande importance sur le moment : les élèves indisciplinés, insolents ou paresseux recevaient également le fouet dans sa primschool. Comme partout au Rhedwaal, il y avait des corrections presque chaque semaine en classe. Les garçons coupables de paresse ou trop dissipés, trop turbulents, devaient se courber sur le dossier d’une chaise ; et alors le maître ou la maîtresse retroussait leur short pour les fouetter avec sévérité en usant du martinet. Le martinet à la place de baguette, c’était la seule différence avec le collège.

   Lui-même est resté hors d’atteinte, il n’a pas subi l’outrage de la fessée en classe. Pas une seule fois depuis qu’il est entré à l’école, il n’a commis de faute assez grave pour s’attirer un châtiment corporel. Il n’a d’ailleurs jamais commis aucune faute tout court, si bien qu’on lui décernait presque toujours la croix d’honneur (à sa plus grande fierté, tous les maîtres de sa primschool citaient sa bonne conduite en exemple à tous). Par ailleurs, ses résultats scolaires sont toujours restés excellents, très supérieurs à la moyenne. En aucune occasion ses instituteurs et institutrices – pas plus que ses parents – n’ont eu besoin de recourir à ce genre de punition pour obtenir de lui qu’il travaille bien en classe. À vrai dire, l’idée d’être fouetté pour un tel motif l’aurait tout simplement fait rougir de honte.

   Il se souvient vaguement avoir reçu le fouet à la maison quand il était plus petit. Deux coups – pas très fort – sur les cuisses avec une autre baguette, plus courte, coupée pour l’occasion par son père dans un petit saule au fond du jardin. Mais ce n’était pas à cause d’un mauvais travail à l’école : il avait désobéi et prononcé des mots interdits. Et peut-être menti, aussi. Il ne se souvient plus au juste des détails de son crime, c’est si vieux. La baguette n’a servi que cette unique fois, depuis ses parents n’ont plus jamais eu à le battre. Il en tire une certaine fierté parce qu’il sait que même encore maintenant, à dix ans passés, presque tous ses copains sont assez souvent corrigés par leurs parents.

   Keven est ce genre de garçon sage qui prend soin de respecter les règles, toutes les règles. Pourtant, à présent qu’il peut de visu et de si près constater sa dangereuse efficacité, cette baguette symbolisant loi et châtiment – ostensiblement brandie – l’impressionne tant qu’il préfère détourner les yeux. Même pour un garçon qui s’efforce d’obéir aux règles qu’édictent les adultes, l’instrument de leur Haute Justice n’a rien de si rassurant.

   – Je vous rappelle également, reprend le directeur, que trois sanctions corporelles reçues en une seule quinzaine ou cinq en un mois, et toujours quel qu’en soit le motif, sont éventuellement de nature à entraîner le passage de l’élève concerné en cour d’honneur sur ma proposition. Ceci implique par conséquent la possibilité d’une décision d’exclusion temporaire ou définitive à son endroit, avec inscription au dossier scolaire. Je précise, pour ceux d’entre vous qui l’ignoreraient encore, que les sanctions d’exclusion infligées dans ce collège sont prises en compte pour l’examen des candidatures à l’entrée de l’université : elles engagent ainsi l’avenir…

   Deeners marque un nouveau temps, comme s’il entendait laisser aux esprits la possibilité de méditer l’avertissement et de l’apprécier sa juste valeur.

  – Pour revenir à l’aspect pratique des choses – qui doit je pense intéresser au premier titre les plus jeunes d’entre vous puisque l’entrée à l’université représente encore pour eux une échéance relativement lointaine – sachez qu’une correction pour indiscipline ou mauvais travail comportera de un à six coups appliqués par cet instrument, avec ou sans la protection d’un vêtement, ceci à l’entière appréciation du correcteur. En matière disciplinaire uniquement, ce maximum pourra être porté à neuf coups, voire à douze appliqués en une ou plusieurs fois selon l’âge du fautif, dans les cas que je jugerai suffisamment graves pour justifier une telle mesure. Elle constituera naturellement une ultime semonce avant l’exclusion définitive de cet établissement. J’ajoute que les corrections méritées en classe, quel qu’en puisse être la raison, seront administrées immédiatement aux coupables par leurs enseignants sans que ceux-ci aient à m’en référer, parallèlement au cadre général de discipline et donc sans aucune possibilité d’appel auprès du conseil des professeurs. Les sanctions requises hors des temps de classe seront quant à elles appliquées par les Préfets de discipline sous le contrôle des maîtres d’internat, étant observé que je me chargerai en personne de corriger les fautifs dans les cas plus graves. Gardez bien à l’esprit cette éventualité, jeunes gens, si d’aventure vous éprouviez une quelconque attirance – que j’espère passagère – pour l’inconduite ou la paresse. Nul d’entre vous ne sera à l’abri de cette justice, certes bienveillante mais toujours prompte à intervenir en cas de nécessité… Outre mes fonctions, j’assumais encore personnellement la charge d’une classe de ce collège voici quelques années et je me suis trouvé parfois confronté, comme nombre de mes collègues, au regrettable comportement de certains jeunes esprits rebelles. Ils se jugeaient hors d’atteinte d’une telle sanction mais ils n’en ont pas moins été punis comme ils le méritaient, et je crois ma foi que certains d’entre eux se rappellent encore assez bien certaines salutaires corrections…

 

   À cet instant se produit un flottement dans les rangées de filles ; un autre murmure assourdi s’y propage. Le directeur paraît cette fois légèrement agacé. Il secoue la tête et frappe deux fois dans ses mains – avec une sèche impatience – pour ramener le silence absolu.

   –  Je précise, s’il en était besoin, que seuls nos garçons sont susceptibles d’être corrigés en classe, ou s’il le faut ici même, dans ce gymnase et sur cette scène, devant tous leurs camarades assemblés chaque fin de semaine, lorsque malheureusement de tels exemples se révéleront nécessaires pour assurer discipline, travail et bonne tenue. Celles de nos jeunes filles qui viendraient à mériter un châtiment corporel par leur inconduite ou leur travail insuffisant ne le recevront naturellement pas en public. Elles seront sanctionnées par le professeur concerné dans son bureau après les classes s’il est de sexe féminin, ou dans le cas contraire par Madame Anna Swerts, laquelle me fait l’honneur de me seconder dans ma tâche. Si l’intervention de Madame Swerts est requise, cette punition leur sera appliquée dans son propre bureau, hors la présence de tout personnel masculin mais dans les mêmes conditions que pour les garçons, avec le même instrument. Et, je le précise pour toutes celles qui en douteraient, avec une rigueur et une fermeté identiques – donc éventuellement sans la protection d’un vêtement si une sévérité particulière s’impose compte tenu du manquement à punir…

  Deeners se gratte l’oreille de la main gauche tout en parlant. Il a fait ce geste plusieurs fois depuis le début de son discours, soit sur son nez soit sur son oreille. Ça semble être une sorte de tic chez lui.

   – Je saisis cette occasion pour m’adresser plus particulièrement à ceux et celles d’entre vous qui ont choisi de rejoindre notre groupe d’expression théâtrale dans le cadre des activités de clubs. Je leur rappelle que Madame Swerts, parallèlement à ses fonctions de directrice adjointe, est une fervente passionnée de cette estimable discipline artistique. Elle a bien voulu accepter cette année encore la charge de notre troupe, ce dont je la remercie vivement. J’ajoute que Madame Swerts déploie également une grande activité dans l’organisation de nos voyages scolaires vers l’Union sud-africaine et l’Australie, ainsi que dans la gestion des jumelages avec les collèges étrangers. Ces tâches absorbent une énergie et un temps non négligeables compte tenu des contraintes de sécurité que vous connaissez, et sur lesquelles je ne m’étendrai pas. Elles étaient jusqu‘alors assurées par Monsieur Woodners, l’un de nos plus éminents enseignants. Celui-ci, affaibli par l’âge et la maladie, nous a malheureusement quittés au printemps dernier pour prendre une retraite que tous ici savent amplement méritée après une carrière exemplaire exclusivement consacrée à notre cher collège où il avait d’ailleurs lui-même connu le bonheur d’accomplir une grande partie de ses études secondaires jusqu’à la dernière classe de 6th form.

   Tous les adultes présents applaudissent longuement tandis que le directeur, se tournant vers sa gauche, esquisse un geste courtois de la main pour présenter une femme maigre et au visage impassible qui se tient à ses côtés.

   Elle est vêtue d’un tailleur gris et d’un chemisier blanc auquel se trouve accrochée une broche énorme qui scintille sous la lumière crue des projecteurs du gymnase. L’impeccable chignon, très haut et d’apparence compliquée, évoque quant à lui une étroite tour à l’équilibre incertain. La femme paraît à peine moins sévère que Deeners et la raideur de son maintien, lorsqu’elle s’incline à son tour légèrement vers lui, évoque singulièrement celle d’un automate plus ou moins rouillé. Toute sa personne n’offre rien de si engageant, Keven sent la consternation le gagner. Au moment de remplir le dossier pour Wallesmouth, ses parents l’ont convaincu de prendre une pré-inscription à cette activité de club, dans l’espoir qu’il y trouverait une occasion de dominer sa timidité naturelle.

   Et voilà sans doute un très mauvais choix, il le pressent.

   – Jeunes gens, continue Deeners, pour revenir au sujet qui nous occupe, je conviens volontiers que recevoir le fouet constitue une fâcheuse expérience. Cependant, nous estimons à Wallesmouth les inévitables petits désagréments d’une correction méritée aussi salutaires qu’indispensables à une éducation que nous voulons exemplaire car fondée sur un amour sans faille, donc sans complaisance aucune pour l’inconduite ou la paresse. Ainsi que vos anciens l’ont fait avant vous, vous devrez apprendre à assumer les conséquences de vos actes même si ces dernières sont désagréables, ce qui vous permettra de devenir pleinement adultes. Tous ici – moi-même et l’ensemble de vos professeurs, ainsi que vos parents – pour un certain nombre d’entre eux d’ailleurs, en ces vénérables murs – nous avons reçu autrefois cette même éducation, certes parfois jugée sévère mais toujours juste. Nous ne pouvons que nous en féliciter chaque jour car elle a fait de nous ce que nous sommes : des hommes et des femmes Rhedwaalers droits, forts, qui savent affirmer et défendre leurs valeurs comme leur pays bien aimé avec toute la fermeté d’âme nécessaire. J’imagine qu’une telle discipline paraîtra rigoureuse à ceux d’entre vous qui nous viennent d’un établissement où ce type de sanctions ne s’appliquait pas systématiquement mais ils devront s’adapter à nos traditions. Nous pensons à Wallesmouth que sévérité et châtiment corporel sont indispensables à l’éducation, non pour tous naturellement puisque la plupart d’entre vous se conduiront bien – je le sais –, mais pour une minorité de jeunes rebelles naturellement portés à l’indiscipline, afin qu’ils comprennent mieux et plus vite les indispensables enseignements de la sagesse. Et surtout, qu’ils les retiennent…

   Deeners laisse traîner un peu sa phrase, le temps d’échanger un regard avec les professeurs qui l’entourent. Tous approuvent manifestement sans la moindre réserve ces fermes paroles. Il a ensuite un geste apaisant de la main, lequel semble bien lui aussi faire partie du numéro (Keven l’ignore encore mais celui-ci se répète à l’identique chaque année, presque mot pour mot, geste pour geste : la mécanique de Wallesmouth est impeccablement réglée, depuis fort longtemps).

   – Jeunes gens, je ne m’attarderai pas plus avant sur cet aspect forcément peu agréable de nos relations. Gardez-le cependant présent dans votre esprit car vous voici bel et bien prévenus : à Wallesmouth, nous exigeons beaucoup plus que partout ailleurs de nos élèves et nous les punissons sans faiblesse s’ils déméritent et nous déçoivent. C’est là le prix de l’excellence, vos parents ont fait ce choix pour vous et vous ne les en remercierez jamais assez. Pour conclure – ici, la voix de Deeners paraît s’adoucir légèrement (en fait, il ment là-dessus comme un arracheur de dents) – je précise que nous évitons autant que possible d’employer le châtiment corporel en première sanction. Nous l’appliquons toujours à regret, en dernier recours hors cas de faute grave exigeant naturellement une correction immédiate, lorsqu’aucun autre moyen éducatif n’a donné les résultats escomptés. Nous ne traitons jamais nos élèves plus durement que leurs propres parents pourraient le faire pour punir leurs fautes puisque nous tenons d’eux le mandat sacré de les éduquer dans le respect de nos chères vieilles traditions. Ceux qui souhaiteraient de plus amples précisions sur le régime des punitions en usage dans ce collège pourront au surplus interroger leurs camarades à ce sujet. Je ne doute pas un instant que certains membres de cette assistance se feront un devoir de renseigner les nouveaux arrivants sur le salutaire avertissement qu’un châtiment corporel ou une privation de sortie apportent à ceux ou celles qui croient pouvoir, malgré de multiples rappels, enfreindre impunément les règles de notre communauté. Je pense en particulier à certains éléments de ma connaissance dans les petites classes juniors, et j’imagine qu’ils se reconnaîtront sans trop de difficulté…

   Le regard scrutateur de Deeners parcourt de nouveau l’assemblée, manifestement en quête de visages connus. Après quelques secondes, il paraît découvrir ceux qu’il cherchait et il hoche la tête, esquissant ce qui pourrait passer pour une sorte de sourire. Mais celui-ci n’a rien de si amical, il évoque plutôt la satisfaction du chasseur qui vient de retrouver les traces de sa proie. Keven sait que ces paroles ne le concernent pas puisque c’est sa première rentrée au collège. Et pourtant l’appréhension est une fois encore la plus forte : il se recroqueville d’instinct au passage du regard aigle, sa respiration suspendue dans l’attente de ce qui va suivre.

   Avec un infini soulagement – le même qu’un instant plus tôt – il voit le directeur tendre la baguette à la façon d’une épée, loin de l’endroit où lui-même se tient, pour désigner un groupe de garçons placés tout près des rangs de filles.

 – N’est-ce pas exact, Monsieur Welson ? Monsieur Lansh ? Et naturellement, pour parachever cet inénarrable trio qui sans lui serait bien incomplet, Monsieur Harts… ?

   La voix métallique et volontairement hachée de Deeners porte loin dans le gymnase ; les mots semblent destinés à atteindre précisément ceux qu’elle vise, comme des balles de mitrailleuses.

   – Messieurs Mark Welson et Jonathan Lansh, ainsi que leur inséparable alter ego, Monsieur Will Harts, nous font l’insigne honneur de poursuivre leurs études dans ce collège pour leur seconde année, en 2nd form. Ces études sont brillantes je dois le reconnaître au vu des résultats obtenus dans toutes les matières pendant leur première année parmi nous, particulièrement en ce qui concerne Monsieur Harts à qui je renouvelle ici les félicitations que le Conseil des professeurs lui a déjà adressées. Je veux cependant espérer que cet estimable jeune homme et ses deux camarades se garderont de renouveler leurs exploits. Je forme ainsi le vœu de les voir se conduire un peu mieux qu’ils ne l’ont fait l’an passé sur le plan de la discipline, en respectant nos règles les plus élémentaires…

   Les trois garçons visés par cette note d’ironie froide dans la voix du directeur ne bronchent pas. Ils se contentent de baisser un peu la tête. Tous autour d’eux les observent à présent, tandis que l’instrument de discipline s’attarde dans leur direction, dangereusement tendu.

   – Comme leurs parents respectifs l’ont déjà fait dans mon bureau ces derniers jours, et dans les mêmes termes, je leur recommande instamment d’orienter leurs jeunes intelligences davantage vers le travail et l’étude plutôt que de déployer les indéniables talents de chahuteurs et d’histrions dont ils ont fait preuve tout au long de l’année scolaire précédente. Ils ont poussé l’indiscipline à un niveau proche de la perfection pour leur première année dans cet établissement – tout comme d’ailleurs ils avaient semé un certain désordre dans leurs primschools respectives en d’autres temps – mais je leur conseille vivement de modérer ce déplorable penchant à l’agitation, faute de quoi leurs postérieurs pourraient reprendre rapidement et désagréablement contact avec ma baguette ou quelques autres. Je crois que, pour y avoir été convoqués à plusieurs reprises depuis leur entrée dans ce collège, ils connaissent assez bien le chemin de mon bureau ou celui de Madame Swerts, ainsi d’ailleurs que celui de la scène sur laquelle je me trouve devant vous… J’imagine qu’instruits par l’expérience, ils auront désormais le constant souci de l’éviter s’ils souhaitent du moins continuer à pouvoir s’asseoir sans trop de désagrément.

   Deeners marque un léger temps, qu’il met à profit pour hocher la tête. Probablement un autre tic.

   – Dans le cas contraire, j’aurai l’immense regret de tenir cet estimable et fort efficace instrument à leur entière – sinon exclusive – disposition, afin qu’ils puissent pleinement profiter de ses leçons éducatives…

   Une rumeur amusée monte des premiers rangs à gauche du gymnase. Ce sont ceux des professeurs, des membres du conseil d’administration et du personnel. Keven voit çà et là fleurir des sourires ironiques sur certains visages. Leurs propriétaires hochent discrètement la tête en signe d’approbation, ils échangent des regards entendus. On dirait un grand complot d’adultes tramé contre tous les élèves.

   Quant à lui, caressant l’assemblée de son regard impérial, comédien satisfait de l’effet produit et paraissant cette fois tout à fait détendu – en quelque sorte réjoui par son propre sens de l’humour –, le directeur agite une fois encore la baguette avant de la restituer à son propriétaire.

   Alors seulement Keven prend conscience qu’il serre les poings dans son dos depuis un moment. Il les serre à se faire mal. À cet instant précis, il sait qu’il détestera Deeners. Et de toutes ses forces. Il pourrait comprendre également qu’il en a déjà un peu peur mais cela, il lui serait impossible de se l’avouer. À presque onze, un âge d’homme, l’âge d’entrer pour la première fois au collège un jour de mars 1960, on voudrait croire à son propre courage, se persuader qu’on ne craint rien ni personne. Pas même le Diable lorsqu’on le rencontre sur sa route.

 

3° RECIT : Charme et sévérité d’un professeur féminin

 

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   En Expression Anglaise, sa matière préférée avec le sport et les maths, il est dans la classe du dragon, autrement dit Madame Crawns. Pour autant qu’il puisse en juger, elle doit être un peu plus vieille que sa mère, mais pas de beaucoup lui semble-t-il. Elle ne paraît pas être mariée, bien que tout le monde au collège – sans qu’il sache au juste pourquoi – s’obstine à l’appeler Madame plutôt que Mademoiselle.

   Les élèves la rangent parmi les profs sévères et exigeants, ce qui est vrai. Pourtant elle se montre assez juste comparée à d’autres, et même – il doit le reconnaître – si équitable qu’il serait impossible de trouver le moindre chouchou dans sa classe : elle récompense ou punit la plupart du temps avec une parfaite impartialité. En cela, malgré tous les reproches qu’il pourrait lui adresser, Will juge dans le secret de son cœur qu’elle ressemble un peu à Monsieur Arsten, l’instituteur de Nick.

   Tous ses copains la détestent, pour sa sévérité comme pour le nombre impressionnant de rédactions qu’elle distribue, sans parler de son intransigeance absolue en matière de ponctuation et d’orthographe. À la vérité, on pourrait croire qu’elle garde des centaines de sujets en réserve dans sa serviette pour le cas où, jamais elle n’est prise de court quand il lui faut en trouver un : « Racontez votre première expérience en bateau » ; « Retracez une promenade ou une randonnée qui vous a marqué » ; « Décrivez votre vie sur une île déserte après un naufrage » ; « Vous avez voyagé dans le temps jusqu’à un château du Moyen-Âge en Angleterre, qu’avez-vous pu voir ? » ; « Jeune Rhedwaaler pauvre au siècle dernier, vous partez chercher de l’or au nord de l’Ostveld. Racontez votre voyage, vos aventures ». C’est avec elle un continuel tourbillon de rédaction à flanquer le vertige. Certains jours, travailler dans la classe de Madame Crawns pourrait tout simplement donner l’impression d’avoir été embarqué de force à bord d’un train lancé à toute allure en direction de l’année scolaire suivante. Un train dont, à vrai dire, vous ne seriez pas fâché de descendre avant que se produise une catastrophe…

   Il faut aussi compter avec les courtes dictées express, parfois simplement quelques lignes pour vérifier la maîtrise de certains points d’orthographe, ou avec les contrôles de grammaire liés à des difficultés particulières expliquées la semaine précédente. Ces courtes interrogations surprises tombent presque systématiquement au début de chaque cours, et vous devez vous appliquer car elles sont toujours notées et comptent pour la moyenne du trimestre. Gare aux paresseux qui les négligent, leur moyenne a vite fait de chuter dans les bas-fonds : deux garçons de la classe de Will ont déjà été convoqués dans le bureau de Deeners pour s’entendre menacer d’une séance de rotin si leur moyenne en expression anglaise, jugée insuffisante, ne s’améliorait pas rapidement.

   Plus que n’importe quel autre garçon de Wallesmouth, Will aurait d’excellentes raisons pour haïr Madame Crawns. Et cependant, tel n’est pas le cas. Il la déteste un peu bien sûr, au moins officiellement – comment pourrait-il faire autrement après ce qui s’est passé l’année dernière entre elle et lui ? Mais en tout cas, pas autant qu’il le voudrait.

   Elle est bien trop belle. Elle possède ce même genre de beauté pure et fascinante que Mademoiselle Hawkers, sa première institutrice de primschool. Cette Mademoiselle Hawkers dont le souvenir restera pour toujours gravé dans sa mémoire et qui lui a appris à lire et à écrire autrefois, avant que Stanley la folle ne vienne la remplacer, pour son plus grand malheur. Ainsi, un charme ancien agit encore sur lui, si puissant, lié à la mystérieuse beauté qui relie Madame Crawns et Mademoiselle Hawkers, charme contre lequel les griefs qu’il nourrit pour l’affront subi ne peuvent rien, absolument rien. Impossible pour Will de la rejeter tout à fait dans le camp de ses ennemis, toujours une part obstinée de lui-même refuse de la haïr comme il le devrait. Il sait parfaitement qu’à sa place, n’importe quel garçon éprouverait envers elle une rancune aussi tenace qu’impitoyable pour ce qu’elle lui a fait. Mais pas lui. C’est au-dessus de ses forces, il n’y arrive tout simplement pas.

   Parfois il se prend à l’imaginer différente. Aussi gentille que Mademoiselle Hawkers, moins sévère, moins exigeante en classe. Il préférerait car il pourrait alors définitivement solder le compte, oublier la blessure qu’elle a ouverte et lui accorder son entier pardon plutôt que de demeurer indécis, partagé entre deux sentiments d’égale intensité. Mais à cause d’elle le voilà indécis, qui reste au bord d’une faille qu’il n’ose pas franchir, dans une situation inconfortable entre toutes. A ses yeux, un futur officier du Rhedwaaler Defence Corps – donc un homme de décision – ne devrait jamais ainsi hésiter à l’infini entre deux partis à prendre mais sa volonté ne parvient pas à trancher ce dilemme intime entre fascination et détestation. Un motif supplémentaire de honte…

   Madame Crawns ne tolère pas la plus légère inattention, pas le plus petit bavardage, et naturellement pas le moindre chahut. Elle est de cette catégorie d’enseignants qui exigent et savent obtenir un silence absolu pendant leurs cours. Elle n’est pas très portée sur la retenue mais elle a la rédaction supplémentaire assez facile en cas d’infraction (tout le monde redoute ces punitions parce qu’elle fixe chaque fois un minimum de pages, au moins deux). Et même si elle ne manie pas la baguette avec autant de virtuosité que d’autres as du rotin – les corrections restent rares avec elle –, il lui arrive parfois d’y recourir lorsqu’attention et discipline se relâchent.

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   Les exécutions capitales dans sa classe se produisent la plupart du temps au début du trimestre, quand l’énergie des vacances tarde à se dissiper, ou au contraire à la fin parce que la merveilleuse perspective d’une liberté si proche agite déjà furieusement corps et esprits. Alors, oubliant pour l’occasion les règles de Justice qu’elle observe la plupart du temps, Madame Crawns agit à l’instar de tous les autres professeurs, elle voue au fouet quelques victimes expiatoires, elle sacrifie des garçons pour faire des exemples et ramener sa classe dans le droit chemin. Ces jours-là, les premiers coupables venus – ce ne sont pas toujours les pires – reçoivent leur lot de coups de baguette sur les fesses. Quand certaines fois elle le condamne à la fessée de discipline et qu’elle le convoque sur l’estrade, parce qu’il s’est montré dissipé en glissant des messages clandestins à un copain, ou parce qu’elle l’a surpris à rêvasser au lieu de suivre, Will s’efforce plus qu’avec tout autre professeur à l’impassibilité pendant qu’il subit sa punition.

   Il y met un point d’honneur, il tient de toute son âme à effacer la honte de l’année dernière.

   L’affront remonte à un siècle et pourtant son souvenir intact, si douloureux, le brûle comme si tout cela s’était passé hier. Will sent bien qu’en dépit de tous ses efforts pour l’oublier, ce déshonneur passé ne consentira pas de sitôt à le laisser en paix. Et voilà qui n’est que trop évident à ses yeux : probablement ne parviendra-t-il jamais à s’en débarrasser. Sa vie durant, les quelques tonnes de honte qui ont fondu sur lui ce jour-là pèseront sur ses épaules, elles n’en finiront pas d’empoisonner sa mémoire. Pour toujours sans doute il devra porter cette impardonnable faute, de même qu’on se résigne à une tache définitivement incrustée dans la trame d’un vêtement auquel on tient beaucoup.

   Une fois, une seule dans sa vie de collégien, il s’est laissé aller à pleurer pendant une punition. Son juge intérieur – bien plus impitoyable que lui-même pourra jamais l’être – le lui reproche encore avec intransigeance et dureté. Sale lâche… Sale lâche ! Comment a-il pu se conduire ainsi, fondre en larmes comme une vulgaire mauviette ? Aucun de ses copains n’y fait jamais allusion devant lui et il espère bien que tous ont depuis longtemps oublié l’incident. Mais pas lui. Comment d’ailleurs le pourrait-il ? Par quel moyen oublier cette funeste, si infamante marque imprimée au fer rouge sur ses épaules de collégien ? Tant d’indignité, toute cette honte d’avoir chialé, sangloté sans retenue devant la classe, lui, le guerrier de Primschool qui n’avait pourtant jamais cédé devant Stanley la sorcière aux pires moments d’autrefois, lorsque celle-ci brandissait son martinet pour le battre. Comment une telle horreur a-elle pu exister, comment a-il pu faillir à ce point ? Il n’en a aucune idée mais une chose est sûre : l’affreux désastre s’est bel et bien produit, fût-ce dans une autre vie.

   Au plus profond de son cœur, en toute sincérité, il se sait parfaitement innocent, exempt de tout reproche, même si son inflexible juge intérieur ne partage pas tout à fait cet avis. Ce n’est pas à cause de la douleur du rotin qu’il a pleuré ce jour-là : Madame Crawns ne l’a pas corrigé si fort et il possédait de toute façon assez de cran pour endurer avec bravoure une fessée de discipline, même sévère. S’il a chialé, c’est uniquement parce qu’elle l’a pris par surprise, et voilà tout. Jamais on ne l’avait puni ainsi sur l’estrade, face à toute une classe. Et surtout, jamais encore on ne lui avait retroussé sa culotte devant les autres… Même au temps de la primschool, avec Stanley la folle qui maniait si souvent le martinet, une telle humiliation publique aurait été impensable.

   La catastrophe est arrivée au début de la première semaine de collège. Il chuchotait avec son voisin de table au lieu d’écouter ; et la punition a fini par tomber.

   – On ne bavarde pas ainsi en classe, mon garçon ! Je crois vous l’avoir déjà suffisamment rappelé aujourd’hui…

   Il s’est écarté avec un sursaut, levant aussitôt les yeux pour rencontrer loyalement le regard de Madame Crawns. 

   Elle s’était retournée et avait cessé d’écrire au tableau. Elle le fixait avec une sévérité peu engageante ; l’espace d’une seconde, un très bref éclair est entré en lui. Tout penaud, il a abaissé son propre regard, avec au cœur le vague espoir que l’orage passerait comme les deux autres fois qui avaient précédé. Il a aussi tâché de placer sur ses lèvres un timide sourire d’excuse, un de ces petits sourires contrits qu’il destinait autrefois à Mademoiselle Hawkers en primschool pour la séduire après une bêtise et qui fonctionnaient si bien avec elle.     Au vu de la bonne note que Madame Crawns venait de lui décerner la veille en rédaction – la meilleure de toute la classe – il pensait pouvoir s’en sortir sans trop de casse, avec un simple pensum. Un court instant, il s’est même raccroché à l’illusion d’obtenir indulgence et pardon, persuadé qu’elle s’en tiendrait à une ultime réprimande ou qu’au pire elle lui infligerait juste un demi-point de démérite (c’est une de ses manies : en dépit de sa sévérité, et par scrupule de justice, elle distribue des moitiés – parfois même des tiers ou des quarts – de points de démérite, là où d’autres profs n’y vont pas avec le dos de la cuillère).

   Mais la chance n’était pas avec lui, les choses ne se sont pas passées ainsi qu’il l’escomptait. Sans doute quelque fatal destin devait-il s’accomplir ce jour-là.

   – Mon garçon, venez ici, je vous prie ! a ordonné Madame Crawns.

   Le ton était sans réplique ; il a bien senti qu’il fallait obéir, ne pas chercher à discuter. Il a laissé ses affaires, il s’est levé pour traverser la classe soudain silencieuse et a gagné l’estrade. Il l’ignorait encore que la plupart des professeurs, même les moins durs, agissent ainsi en début d’année à Wallesmouth dans les petites classes juniors : un exemple immédiat avec le rotin dès les premières fautes, même les plus légères, pour assurer leur autorité et ne plus devoir y revenir avant un moment.

   Embarrassé, il se tenait devant elle, qui le fixait sans aménité. Elle semblait véritablement très en colère contre lui, rien à voir avec ces feints agacements dont elle usait parfois quand elle entendait seulement rappeler les limites.

   – Je vous ai déjà averti deux fois tout à l’heure, jeune homme. Et vous n’en avez manifestement tenu aucun compte… Qui n’entend pas doit sentir, vous aurez donc une fessée puisque c’est ce que vous semblez chercher. Tournez-vous, je vous prie ! Penchez-vous et placez vos mains sur le bureau.

   Tout en prononçant ces paroles, elle avait saisi la petite baguette souple accrochée à sa chaise par une courte ficelle rouge. Will n’a pas bougé, il ne comprenait pas ce qu’elle exigeait de lui. Il voyait bien qu’elle allait le corriger mais il pensait être emmené dans le couloir pour y recevoir sa punition, comme cela se passait en primschool. Jamais, au grand jamais, il n’aurait pu imaginer qu’un garçon puisse être ainsi fouetté en classe par une femme. Tétanisé, face à la classe muette qui attendait l’exécution, il fixait Madame Crawns comme si elle venait de lui signifier son arrêt de mort. Bien sûr il se savait coupable, bien sûr il méritait la punition puisqu’il avait continué de bavarder sans tenir aucun compte des avertissements successifs ; il se sentait donc prêt à payer sa faute avec courage.

   Mais pas ainsi. Pas sous les vingt paires d’yeux qui l’observaient…

 

   Pourquoi ne l’emmenait-elle pas dans le couloir pour lui donner sa correction ? Stanley la folle ne punissait jamais les garçons en public même aux pires moments de rage. Et s’il lui arrivait parfois de déculotter ses victimes, du moins l’expiation se déroulait-elle entre quatre yeux, en sorte qu’ainsi l’honneur restait sauf. Elle laissait ensuite assez souvent le coupable se morfondre au piquet dans le couloir, les mains sur la tête et sa culotte retroussée, mais ce n’était pas pareil puisque presque personne ne passait pendant les classes. Même lorsque cela se produisait, vous pouviez toujours vous tourner un peu, vous enfouir dans les vêtements pendus aux patères afin qu’on ne voie pas votre derrière. Et puis, après tout, vous étiez encore petit. Un de ces mômes que les adultes, même méchants et mauvais comme Stanley, doivent parfois déculotter pour leur apprendre le respect des règles. Mais recevoir le fouet face à toute sa classe à presque onze ans… Une telle humiliation lui semblait impensable.

   – Dépêchez-vous, mon garçon ! Vous n’êtes pas le centre du monde, que je sache… Nous n’allons pas passer une heure sur votre punition.

   Madame Crawns paraissait encore un peu plus irritée. Son regard durci par ce qu’elle prenait sans doute pour de la résistance, elle a fait un pas vers lui.

   – Très bien ! Puisque vous ne vous décidez pas, nous allons voir…

   Avec une soudaine brusquerie, elle lui a saisi le bras pour l’obliger à se tourner. Il a esquissé un instinctif mouvement de recul, cherché à se dégager. Mais elle le tenait déjà ferme.

   Sa voix a cinglé : « Un collégien de Wallesmouth doit savoir endurer une punition corporelle quand il la mérite. Dans ce collège, mon garçon, vous apprendrez le courage si vous ne le possédez pas encore… »

   Dans l’instant Will s’est figé, mortifié par ces paroles. Et tout de suite, pour se racheter, il a cédé docilement à la main exaspérée qui pesait sur sa nuque afin qu’il se penche enfin sur le bureau. Avec horreur mais incapable de la moindre révolte, tétanisé par les mots infamants qu’elle venait de prononcer à son sujet, il a senti qu’elle lui retroussait la culotte courte de son uniforme et son slip sur chaque fesse. Puis, dans l’instant, sa nuque à peine libre, par trois fois la baguette est venue cingler avec une sèche vigueur sa peau dénudée. La morsure vive, aiguë du rotin lui a paru bien plus cuisante que celle du martinet en usage dans la primschool, et cependant sa plus grande douleur était ailleurs, dans la pensée que tous les autres – les filles et les garçons – assistaient à son humiliation et voyaient un peu son derrière. C’est elle, elle seule (car son courage sous le fouet n’était pas en cause !), qui a fait monter le flot furieux de son cœur.

   Tout de suite les larmes ont jailli, de gros sanglots bouillonnants, incontrôlables ; un torrent brutal, violent, irrésistible qui a emporté tout sur son passage, sa volonté comme le reste.

   La correction terminée, Madame Crawns a reposé la baguette sur son bureau en la faisant claquer. Will s’est redressé et il a rajusté sa culotte, étranglé par les larmes qui roulaient sur ses joues, submergé par le sentiment aigu de l’injustice qui venait d’être commise.

   Son visage le brûlait beaucoup plus que son postérieur fouetté ; et son cœur bien plus encore que ce visage.

   – S’il y a d’autres amateurs pour bavarder au lieu d’écouter en classe, ils viendront recevoir ici la même punition et pleurer comme Monsieur Will Harts ! Et cette fois, je ferai sans doute baisser la culotte ! a-t-elle lancé à la ronde. J’espère que l’avertissement sera entendu…

   Elle a surpris le coup d’œil ironique qu’une fille échangeait avec sa voisine ; elle a aussitôt froncé les sourcils dans sa direction.

   – Sachez mesdemoiselles qu’il s’adresse également à vous… Les fessées de discipline ne sont pas réservées aux seuls garçons et le bureau de Madame Swerts ne se trouve pas loin… Certaines d’entre vous pourraient bien aller y faire un tour de ma part pour vérifier si elle a toujours sa baguette !

   Ses yeux lançaient encore des éclairs tandis qu’elle promenait sur tous un regard sans équivoque quant à sa détermination. Un profond silence pesait dans la classe, ce genre de silence inquiet qui suit les grandes catastrophes. Puis elle s’est retournée vers Will et, du geste, elle l’a renvoyé à sa place.

   Tassé sur sa chaise, aveuglé par le brouillard de larmes qui jetait un voile devant ses yeux, il est resté un long moment l’esprit vide, si humilié, son amour-propre en miettes, anéanti par cette fessée publique reçue devant tous, garçons et filles. Sans force, sonné comme un boxeur vaincu, désormais incapable de suivre la leçon, il ne percevait plus la voix de Madame Crawns qu’assourdie, lointaine et incompréhensible.

   Bien sûr, il lui arrivait de se mettre nu en présence de sa mère à la maison, de quitter son slip pour prendre la douche du soir et se changer, malgré la gêne grandissante qu’il éprouvait à accomplir cela devant elle. Il se débrouillait simplement pour lui cacher ce que les mères ne doivent plus voir du corps de leur garçon quand il grandit. Pour les fesses, surmontant son embarras, il admettait qu’elle puisse encore les voir de temps en temps sans que la honte soit si forte. À son père – et cela continue –, il se montrait sans trop de gêne puisque c’est un homme et que leurs corps sont identiques. Il fallait aussi se dévêtir dans les vestiaires – déjà à la primschool –, laisser les autres garçons voir sa bite et son cul sans se troubler ni rougir. D’abord se mettre en tenue avant le cours de sport, ensuite affronter le pire à la fin de ce même cours : enlever le maillot, abandonner short et slip, courir sous la douche collective tout à fait nu…

Autant d’actes dangereux pour la pudeur d’un garçon mais qui devaient être accomplis avec le plus parfait naturel, sans manifester la moindre réticence, sous peine d’encourir les inévitables moqueries si ses copains remarquaient quelque chose de suspect dans son attitude envers la nudité. Depuis son entrée à Wallesmouth, cette épreuve difficile pour lui se renouvelait plus souvent encore – presque chaque après-midi – puisque le sport y tient une si grande place. Mais justement : il fallait être brave, posséder le cran d’accomplir ce qui constituait après tout un acte jugé viril par tous les garçons, un acte d’homme. À titre de consolation, vous pouviez vous dire que l’endroit était prévu pour cela. Dans cette atmosphère si particulière du vestiaire de sport, avec tous les autres types également nus autour de vous, vous étiez sans doute censé éprouver un peu moins de gêne à la nudité que partout ailleurs.

   Le fouet, en revanche, restait une tout autre affaire. Pourquoi Madame Crawns l’avait-elle ainsi humilié devant tous en lui retroussant sa culotte et son slip comme un petit môme ? Pourquoi, même si elle tenait à se montrer très sévère avec lui, n’avait-elle pas réglé la question de la correction dans le couloir comme cela se pratiquait en primschool ?

   Un peu plus tard, le honteux brouillard de larmes a fini par se dissiper, les choses sont allées un peu mieux. Mais ivre du désir de vengeance, tremblant de rage impuissante, son amour-propre de garçon blessé à mort par l’infamie du châtiment public, un jeune fauve plein de colère a guetté son ennemie pendant toute la suite du cours, ruminant contre elle de terribles projets. Lorsque son regard chargé d’infinie rancune rencontrait celui de Madame Crawns, il brasillait d’étincelles maléfiques qui lui donnaient la force de la défier en silence, dans sa tête. Tout en l’insultant furieusement, Will est même allé jusqu’à la faire mourir à plusieurs reprises. Il l’a livrée à des supplices raffinés, atroces et cruels qui arrachaient à l’infortunée des hurlements de terreur. Elle devait payer l’affront de cette fessée au prix fort…

   Cependant, bien plus grande encore que son courroux a été sa déception de constater que la véritable madame Crawns ne paraissait guère impressionnée par un tel déchaînement de violence à son encontre. Elle s’est révélée autrement plus coriace que son double imaginaire et elle a survécu jusqu’à la fin de la classe sans paraître le moins du monde prendre conscience des effroyables tourments qu’elle venait de subir. Ils n’étaient pourtant guère enviables… Entre tous, celui du monstrueux crocodile qui la dévorait vivante dans le fleuve infesté où Will l’avait tout exprès poussée était particulièrement réussi.

   Malgré le temps qui a passé, en dépit de toutes les autres corrections qu’il a depuis reçues avec vaillance à Wallesmouth, le souvenir cuisant des larmes versées ce jour-là pendant une simple fessée de discipline reste intact, si douloureux dans son esprit. Et certains soirs, lorsque ce souvenir revient le harceler, Will ne peut tout simplement plus l’accepter : il lui faut à tout prix redresser la réalité en ce qu’elle a de mauvais et d’imparfait à ses yeux.

   Recroquevillé sous les couvertures une fois les lumières du dortoir éteintes par le préfet de nuit, il ne se dirige plus vers Madame Crawns à la fin du cours où il a été corrigé, tête basse et vaguement inquiet, pour lui remettre son carnet comme il l’a fait dans la réalité afin qu’elle y inscrive l’avis de punition corporelle aux parents. Il ne s’entend pas non plus menacer d’une nouvelle correction, assortie d’une retenue de semaine et de divers pensums s’il continue à se montrer aussi dissipé en classe. Une autre réalité se substitue à la première, celle qui l’embarrasse tant. Et cette réalité parallèle – dont il se fait le talentueux metteur en scène – lui attribue un rôle beaucoup plus convenable, conforme en tout point à ses vœux.

   En premier lieu, Madame Crawns l’a puni par-dessus la culotte, ainsi personne dans la classe – et surtout pas ces idiotes de filles ! – n’a pu voir ses fesses rougir sous la baguette. En second lieu, il a subi sa peine avec dignité et stoïcisme – naturellement sans lâcher la moindre larme. Et enfin, au moment de sortir à la fin du cours, son propre regard reste droit, fier et indifférent.

   Il affecte tout simplement de ne pas voir Madame Crawns, bien décidé à l’ignorer de son mépris. C’est elle qui se manifeste la première : elle le retient par le bras quand il passe devant elle. Mais sans aucune brusquerie cette fois, presque avec douceur (elle semble se sentir confusément coupable de l’avoir puni avec tant de sévérité pour une faute somme toute bien légère).

   Will aime particulièrement ce moment. La caméra ralentit pour mieux profiter, le réalisateur ne boude pas son plaisir et même, il va jusqu’à se repasser plusieurs fois la scène en boucle.

   – Restez, je vous prie, dit Madame Crawns d’une voix légèrement embarrassée, nous n’avons pas terminé tous les deux.

   Elle ferme la porte sur le dernier élève puis, une fois revenue vers lui, le considère pendant quelques secondes avec attention. Elle paraît détendue à présent, il semble même à Will qu’elle retient un sourire (ce merveilleux et si chaleureux sourire qu’il a aimé dès la première heure de classe avec elle, pensant avoir le bonheur de retrouver une seconde Mademoiselle Hawkers avant d’être ensuite déçu et rebuté par sa trop grande sévérité). Il affronte son regard avec la curieuse sensation qu’elle tente de lire en lui, ce n’est pas du tout désagréable.

   Ça l’est même si peu que soudain, par une puissante et singulière magie, toute la haine, toute la rage et toute la colère ressenties contre elle un instant plus tôt s’évanouissent.

   Ça se fait comme ça, inexplicablement. D’un coup, tous les mauvais sentiments en lui sont effacés.

   – Donnez-moi votre carnet, je vous prie, dit-elle.

   D’un geste assuré, d’une main qui ne tremble pas – cette sale main traîtresse qu’il voudrait punir et couper car elle a pourtant bel et bien tremblé dans l’autre réalité (il refuse à présent d’admettre ce mensonge), Will sort son carnet scolaire du sac et le lui tend.

   Madame Crawns y inscrit quelques mots d’une écriture ferme et rapide. Ensuite, elle place de nouveau son regard dans le sien.

   – J’ai précisé que c’est la première fois que vous recevez une fessée en classe avec moi et que vous êtes plus sage d’habitude. Cela devrait suffire pour que vos parents ne vous punissent pas en rentrant chez vous.

   – Ils me punissent jamais !

   – Ils ont bien tort… Ils devraient le faire quand vous le méritez, coupe-t-elle.

   Et une courte seconde, tout déconcerté, il la retrouve sévère, telle qu’en elle-même.

   Mais c’est lui qui tourne le film et il estime avoir certains droits, elle n’est qu’une actrice, donc il entend bien commander sur le plateau. Aucun metteur en scène de talent ne se laisse déborder par les improvisations des personnages.

   Ce qui fait qu’elle se radoucit bien vite.

– Vous étiez très en colère contre moi tout à l’heure, n’est-ce pas ?

   – Oui.

   C’est lâché d’une voix ferme, pleine de mâle défi. Will la regarde droit, bien en face, garçon jusqu’au bout des ongles.

   – Et à présent ? demande-t-elle.

   Juste après avoir posé cette question, l’intéressant et énigmatique double de Madame Crawns plisse les yeux. Et à cet instant précis, Will peut voir une merveilleuse lumière jouer sur ses cheveux blonds. Il adore entre toutes cette vision, elle produit sur lui un effet extatique.

   Dans le couloir, on perçoit la rumeur sourde, confuse des classes qui défilent pendant l’intercours. Tout est si étrange, presque irréel.

   – Vous me détestez encore ? insiste Madame Crawns.

   – Non, murmure Will malgré lui.

   – Mais je vous ai corrigé, pourtant… Je vous ai donné le fouet.

Will hausse les épaules, il répond crânement : « J’ai rien senti ».

   – Vraiment ?

   – Je suis courageux !

   Elle l’observe avec attention, avant de déclarer avec un léger sourire : « Je le sais, Will. Vous n’avez pas pleuré pendant la fessée, c’est bien. Vous êtes le plus courageux garçon que je connaisse ».

   C’est évidemment un film assez décousu mais dont il peut contrôler les scènes à volonté, essayer plusieurs versions et changer celles qui ne conviennent pas tout à fait pour améliorer la qualité de l’ensemble (il lui suffit de couper ce qui le gêne et de se débarrasser des chutes de pellicule). Sa scène préférée entre toutes reste celle de la fin, lorsque la main de Madame Crawns s’avance pour effleurer son front. Alors tout à coup, l’inattendu, l’incroyable, le plus merveilleux se produit : l’attirant contre elle, Madame Crawns dépose un baiser sur ses lèvres… Un vrai baiser sexuel, un de ces baisers avec la langue que lui ont décrits Mark et Jonathan !

   À cet instant précis, le film s’affole, la pellicule vacille, tout se met à trembloter. Les images se succèdent en cascade, l’écran devient flou ; sans doute quelque part une lampe de caméra doit-elle commencer à chauffer dangereusement.

   – À présent, mon garçon, rejoignez vos camarades, murmure Madame Crawns. Et ne vous retournez pas, sinon vous serez encore puni, j’ai d’autres fessées en réserve…

   Will est à elle corps et âme désormais, il voudrait ne jamais la quitter. Pourtant il s’exécute docilement, il se dirige vers la porte. Mais une seconde – juste une seconde –, au dernier moment, alors qu’il est sur le seuil et qu’il a déjà une main sur la poignée, il ose désobéir. Il se retourne et il voit qu’ayant manifestement attendu et guetté cette ultime rébellion, elle lui destine un sourire, peut-être ironique – rien n’est sûr.

   Lui n’en croit pas ses yeux : Madame Crawns, appuyée sur son bureau, est à présent quasi-nue, vêtue d’une simple culotte ! Une de ces culottes blanches avec des contours de fine dentelle qu’exhibent les jolies jeunes femmes de sa collection personnelle, à Seanghs, celles qu’il vole dans les revues de sa mère et qu’il utilise quand il se caresse (il fait cela assez chastement, en jeune garçon bien élevé, sans débauche excessive, – et surtout pas trop souvent).

   Pour excentrique que soit sa tenue, la sévère Madame Crawns semble trouver toute naturelle cette soudaine et insolite exhibition. La gorge nouée, Will contemple sa poitrine, ses seins de vraie femme. En son for intérieur – tout en se jugeant coupable pour cette appréciation excentrique – il les trouve très beaux.

   Il n’est pas au bout de ses fort intéressants tourments. Une seconde plus tard, il reçoit le choc visuel du corps tout à fait nu de Madame Crawns car elle vient d’ôter sa culotte, d’un geste souple et délié, si élégant – de toute évidence, un geste de grande actrice. Will se retrouve anéanti une seconde fois, bien plus encore que par la correction de la réalité mauvaise. Son trouble est tel qu’il en reste coi, tremblant. Abaissant chastement son regard pour ne plus voir de telles merveilles – c’est ainsi que doit se conduire un garçon de Wallesmouth lui semble-t-il –, il referme la porte aussi doucement qu’il le peut sur cette extraordinaire vision.

   Dans la suite du film, pas loin de la pâmoison, il emporte l’implicite promesse de ce sourire, l’image effarante – encore qu’assez floue – d’un corps de vraie femme et la merveilleuse brûlure du baiser amoureux de Madame Crawns. Avec en lui une sensation de bonheur si intense qu’elle en devient presque douloureuse, il erre ensuite pendant quelques siècles dans les couloirs à présent déserts du collège, incapable de rejoindre le cours suivant. Il sait qu’il sera certainement puni pour son retard mais cela lui importe peu, il consent bravement au sacrifice d’un pensum ou d’une retenue. Quel garçon de douze ans pourrait banalement revenir en classe après avoir reçu un tel baiser ? Aucun, tout simplement aucun. Madame Crawns – la fausse ou l’authentique, peu importe – est si belle quand elle n’est plus du tout sévère…

   Will invente régulièrement d’autres histoires aussi intéressantes à son sujet, il tourne des films absolument passionnants où elle tient avec grand talent le rôle principal. Assez souvent, lui et Madame Crawns se rencontrent par hasard dans un autre collège où elle enseigne toujours l’anglais. Will a grandi, il a dix-sept ans et il est à présent un senior de 6th form. On l’a désigné pour remplir les fonctions de préfet de discipline pendant sa dernière année avant l’université. Parfois même, plus grand encore, il est déjà professeur de sport dans le collège en question, à l’égal de Hoarg – poste qu’il occupe à titre provisoire en attendant sa nomination comme officier de commandos dans le Rhedwaaler Defence Corps. Par un curieux effet suspensif du temps Madame Crawns n’a quant à elle pas changé, conservant jeunesse et beauté. Bien entendu, dès le début de l’histoire, elle tombe follement amoureuse de lui comme dans ces films d’amour qui passent régulièrement au cinéma de plein air de Seanghs pendant l’été (les parents n’en manquent pas un).

   Mais pas seulement d’amour. Car il arrive aussi que Will ait juste deux années de plus – soit quatorze ans – et que le scénario, légèrement plus mouvementé, glisse vers le film d’aventure. Alors, à l’inverse de ce qui s’est produit après la correction si humiliante reçue en classe, Will sauve héroïquement Madame Crawns de mille dangers. En particulier, l’affreux crocodile de jungle qui envisageait de la dévorer vivante pour venger la fessée publique à la baguette passe à présent de difficiles moments lorsqu’un jeune et intrépide aventurier au grand cœur le pourfend entre deux eaux avec son poignard de chasseur. Will malmène le monstre au point qu’après en avoir fini avec lui, nul n’en voudrait seulement pour fabriquer un sac à main… Par la suite, pleine de reconnaissance pour le jeune héros si brave – et si peu rancunier – qui l’a sauvée d’un abominable péril malgré la punition injuste, Madame Crawns lui accorde encore la grâce d’autres baisers sexuels sur le front ou sur les lèvres, donnés dans les règles de l’art. Et bien sûr, tous les autres dans la classe sont jaloux de lui. Jaloux, infiniment jaloux parce qu’il est le seul à ne plus être puni, avec d’excellentes notes à tous ses devoirs !

   Grisé par l’amour, Will s’endort certains soirs le front brûlant, fiévreux mais profondément apaisé : jamais jeune héros n’a été aussi heureux. Ni aussi coupable d’ailleurs, car sa main effleure (sans intention mauvaise et sale, simplement parce qu’il le faut pour que le film très pur devienne absolument délicieux), ce qui ne doit en principe pas être touché par un garçon de cet âge sur son propre corps.

   Un total silence règne dans le dortoir de la division rouge du collège de Wallesmouth. C’est un grand, profond silence, un de ces silences à faire douter de l’existence du monde. S’insinuant entre les rideaux mal tirés d’une fenêtre restée entrouverte, la clarté blafarde de la lune rôde seule sur le sol, enlaçant d’ombres caressantes le pied des lits de fer où reposent les élèves endormis. Parfois, l’un d’eux bouge dans le sommeil, et le sommier métallique de son lit craque faiblement. C’est ténu, à peine perceptible, mais toute la nuit écoute, aussitôt inquiète. Ce genre de nuit tiède à la fin du printemps, douce, tendre et attentive, qui dans un internat veille sur les jeunes garçons et tâche de remplacer les mères absentes.

 

 Fin de texte—

2 commentaires »

  1. jean marie dit :

    Beau récit. Pour un jeune garçon, c’est une découverte , les petites choses de la vie écolière prennent une grande importance et la fessée peut se révéler le premier acte de courage car, à cette époque, elle était parfois donnée en public . Je me revois jeune pensionnaire en culotte courte ! Que de souvenirs avec les premiers émois de ma sexualité naissante ! J’ai reçu ma part de corrections au martinet sur les cuisses nues, puis deux a quatre fois par an la honteuse fessée déculottée à la main et au martinet. Se déculotter devant sa mère n’ est pas bien grave , mais la fessée déculottée donnée jusqu’à 15 ans par des surveillantes de 25 ans à peine, c’est autre chose ! Cependant, juste après la guerre, en pension et loin de ma famille, ces surveillantes malgré leur jeunesse, étaient plutôt maternelles et remplaçaient ma mère en quelque sorte. La nuit, par exemple, elles venaient remonter les couvertures des lits et leurs petits bisous nous faisaient comprendre qu’ elles aimaient bien leurs petits pensionnaires . Toutes ces années en pension ont marqué ma vie et ces fessées n’étaient pas si désagréables après tout ! De la part d’un jeune hommes de 75 ans qui se souvient!

  2. CLAUDE dit :

    L’éducation anglaise,dont le symbole est la redoutable »cane »,qui a forgé la nation qui de 1850 à 1950 environ a dominé le monde!Indiscipline,rebellion,paresse:c’était le fouet sur le champ,y compris pour les filles, toute pudeur gardée!Le Martinet,bien moins douloureux que la « cane »,c’est pour nous français, à la remorque,dans le domaine de l’éducation de la glorieuse nation d’outre Manche. Ce texte,fût-il fantasmé, a du moins le mérite d’illustrer l’efficacité des châtiments corporels dans l’éducation. CLAUDE.

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