La fessée appliquée

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La Cheftaine

Churchward

par Jean-Jacques

Il me revient un autre souvenir d’enfance — il suffit de tirer un fil et tout le passé revient, petit à petit, comme si l’on feuilletait un album de photos oubliées, et que chacune d’elles nous racontait la longue, la très longue histoire de l’instant où elle a été prise. C’est une discipline que je pratique avec passion, et ce que je suis capable de faire remonter à la surface du présent est presque infini. Je sais, je ne suis pas le premier. Proust. Mais quelle importance d’être le premier ? Le bonheur que je retire de cette recherche du temps perdu est inépuisable. Et le monde des souvenirs n’a jamais de fin.

Vous le savez déjà, pour moi, aussi intenses, aussi délicieux que le souvenir d’un jouet de Noël ou d’un prix remporté à l’école, et m’attirant les compliments de ma mère, aussi délectables, donc, sont les souvenirs de fessées. Des bonnes fessées que j’ai reçues, qui me contrariaient aussi fort dans mon amour-propre à l’époque, et qui me troublaient ensuite, le soir, au lit, quand la lumière avait été éteinte.

Je travaillais pourtant bien à l’école, et j’étais un enfant aimant, un peu rêveur, pas brutal, plus enclin aux promenades solitaires dans la forêt et à la lecture de Jules Verne qu’aux parties de foot où je me sentais étranger à la passion qui empoignait mes camarades. C’est parce que j’étais souvent en retard pour rentrer à la maison, et pour mon irrépressible besoin de mettre mon grain de sel en classe ou dans les conversations des grandes personnes, que j’étais fessé.

Oh, pas tous les jours, bien sûr, mais sans doute plus souvent que les autres enfants de mon âge ! Ce n’était pas, à l’époque, un acte hors norme, ou choquant, que de déculotter un garnement, et les fessées restaient juste assez espacées pour ne pas devenir aussi banales que les calottes. Ainsi dosées, leur vertu dissuasive ne s’émoussait pas, mais le fait que cela arrive parfois, et à tout le monde, évitait également qu’elles soient ressenties comme un traumatisme indélébile.

C’était une cuisante leçon, rien de plus grave. Le fait que certains d’entre nous aiment aujourd’hui s’en souvenir est une autre affaire. Aucun, je pense, n’aurait sciemment cherché à en mériter une, même s’il y repensait ensuite, qu’il ait reçu cette fessée ou qu’il y ait assisté, avec un plaisir étrange.

J’avais donc 10 ans, et j’étais Louveteau, dans ce village de l’est de la France où j’ai passé mon enfance. Nous étions conduits par une Cheftaine, une jeune fille d’une vingtaine d’années, gentille, consciencieuse, sérieuse, (entendez qu’elle préférait encadrer des jeunes garçons qu’aller au bal ou au cinéma), jolie sans être aguichante, en un mot, sage. Nous l’aimions beaucoup, et je lui dois de savoir à peu près me diriger dans une forêt, allumer un feu de camp, construire une hutte de branchages, ainsi que quelques chansons que je ne puis écouter de nos jours sans une douce nostalgie.

Comme j’étais, apparemment, le plus sérieux de la meute, je fus élevé au grade de sizenier, responsable de six Louveteaux. Ce qui m’attira quelque jalousie de la part des autres, mais mon bon classement à l’école me valait habituellement le même jugement de mes pairs : j’étais jugé comme un petit fayot, une petite Sainte-Nitouche, et, lorsque je recevais la fessée, personne ne me plaignait, au contraire. Mais il n’y avait pas de fessée, ni même de gifle, chez les Louveteaux, et Michelle, la Cheftaine, savait nous calmer rien qu’en nous faisant un reproche, tant nous l’aimions bien.

Un jour, nous fûmes lâchés sans elle dans la nature pour un jeu de piste. Elle nous attendait à l’arrivée, avec le goûter qu’elle avait transporté dans son havresac. Mes camarades commencèrent à faire différentes bêtises, une maraude par ci, une langue tirée par derrière à une vieille dame par là, et les réprimandes que je leur adressais ne m’attiraient évidemment que des moqueries et des paroles blessantes.

Nous devions franchir une clôture pour traverser un champ, et, alors que j’essayais d’enjamber les barbelés, j’accrochai mon short. En me dégageant, je fis une large déchirure au fond de culotte. Mes troupes s’esclaffèrent à cet incident réjouissant, et, pour finir, je fus plaqué au sol, à plat ventre, pour que les garnements puissent regarder ce que le tissu déchiré laissait voir. J’étais mortifié. Je rentrai à la maison en pleurant, et déclarai à Maman que je ne voulais plus aller aux Louveteaux. Elle était coutumière de mes déboires dans la vie en collectivité, me consola, et me promit que je n’irais plus.

Mais, dans la semaine, je ne trouvai rien de plus intelligent à faire que de tourner la tête d’un air insolent en croisant Michelle, sans la saluer. Elle n’y était pourtant pour rien, mais il me fallait une vengeance. Pas assez costaud pour rosser ceux qui m’avaient humilié, je m’en prenais à cette jeune fille, innocente, dévouée, et qui m’avait toujours témoigné son affection et son estime. J’étais un sale petit gosse, quand je m’y mettais…

Le lendemain, alors que je goûtais avec Maman, après la classe, la sonnette nous avertit d’une visite. C’était mon ex-Cheftaine, qui voulait à la fois parler de ma mésaventure, me convaincre de revenir, et signaler mon arrogance de la veille sur le trottoir. Maman me questionna d’un air fâché :

-       Alors qu’est-ce qui s’est passé ?

-       Ben, les autres, ils m’ont mis par terre, pis ils ont tout regardé. Ils ont tout vu.

-       Ils ont tout vu quoi ? Tes fesses ? demanda Maman, me faisant rougir au mot de « fesses » prononcé devant la Cheftaine.

-       Ben oui, répondis-je d’un air boudeur, regard baissé.

-       Mais je n’y suis pour rien, moi, Jean-Jacques, intervint Michelle. Si tu me l’avais dit, je leur aurais demandé de te faire des excuses, à tous.

Je ne répondais pas, front buté, bouche déformée par une moue de rancune. C’est Maman qui reprit :

-       En attendant, c’est toi, qui vas faire des excuses à Mademoiselle Colin.

-       Non. Je lui ferai pas d’excuses. C’est de sa faute.

-       Tu ne veux pas t’excuser ? insista Maman, de la voix qu’elle prenait pour me donner un ultimatum.

-       Non !

-       Bien. Asseyez-vous, Mademoiselle, dit Maman en s’asseyant elle aussi en face de la Cheftaine, à un mètre d’elle. Puis elle m’attrapa un bras, m’attira contre elle, et commença à déboutonner mon short.

-       Mais qu’est-ce que tu fais, Maman ? pleurnichai-je.

-       Elle ne les a pas vues l’autre jour, tes fesses, mais elle va les voir ! décréta Maman d’une voix sans réplique. Je vais te déculotter, pour t’apprendre la politesse.

-       Ce n’est pas la peine, Madame, intervint Michelle.

-       Si, si, il va l’avoir, sa bonne fessée, enchaîna Maman, qui avait déjà descendu mon short jusqu’à mes genoux. Ensuite, elle me bascula en travers de ses cuisses, après avoir tourné sa chaise de façon à ce que mon postérieur soit en face de la Cheftaine. Regardez bien Mademoiselle, voilà ce qu’il lui faut, à ce petit malpoli.

Unk 261

Et à ma grande honte je sentis que le slip était baissé lui aussi, bien bas, jusqu’au short qui entravait mes jambes. Je sentais mes fesses à l’air, devant la Cheftaine, et c’est la pire humiliation que je pouvais imaginer. La main de Maman s’abattit immédiatement, pif, paf, pour une fessée cuisante qui compta bien une trentaine de claques, jusqu’à ce que je sois en larmes. Puis Maman me remit sur mes pieds :

-       Demande pardon !

-       Pardon, Mademoiselle.

-       Remets ta culotte et reste avec nous. J’ai des choses à dire à ta Cheftaine.

-       Je vous écoute, Madame…

-       Alors, premièrement, il va retourner aux Louveteaux. Deuxièmement, je suis d’accord pour que les autres lui fassent des excuses. Et troisièmement, Mademoiselle, si vous trouvez qu’il ne file pas droit, vous avez vu comment je fais. Je n’hésite pas. Je le fesse. Il est tout gentil, après. Si vous n’avez pas l’habitude de donner des fessées, vous n’avez qu’à venir me le signaler, mais ne vous gênez pas pour le déculotter vous-même, ce n’est pas moi qui vais vous le reprocher.

-       Vous savez, Madame, les autres seraient trop contents s’ils voyaient ça… Surtout si c’est le seul à y passer.

-       Eh bien ne le faites pas devant les autres, si vous pensez qu’il ne faut pas. Vous le gardez avec vous, et une fois que vous êtes tous les deux, la fessée. C’est d’accord ?

-       Oui.

-       C’est bien sûr ? Vous ne vous gênerez pas ?

-       Je vous le promets, Madame.

-       Tu entends, Jean-Jacques, la prochaine fois, c’est ta Cheftaine, qui te fesse. Voilà.

Puis, changeant de ton :

-       Vous voulez un café au lait, Mademoiselle ?

Michelle, la cheftaine, ne tarda pas à avoir une occasion d’user du droit que lui avait accordé Maman, que dis-je, de suivre ses bons conseils, c’est-à-dire de m’appliquer la fessée.

J’étais un enfant affectueux mais espiègle, bon élève quoi que toujours prêt à mettre mon grain de sel pour faire rire la classe de mes traits d’esprit, et ce que trouvais, moi, amusant sur l’instant, était un motif fréquent d’irritation, et parfois d’inquiétude, pour les grandes personnes qui m’avaient en charge. Et là, vous vous en doutez, c’était la fessée…
UnkB 652

De nos jours, les mœurs ont changé, et ce ne sont plus les mêmes choses qui choquent. Il y a 50 ans, les premiers bikinis choquaient, les premiers nus de Brigitte Bardot au cinéma déclenchaient d’interminables discussions d’après-repas sur ce qui est tolérable ou pas, et je ne vous parle ni de contraception ni d’avortement, et encore moins d’homosexualité. Bien sûr, dans les élites, il y a toujours eu des gens aux mœurs libres, et toute l’histoire et la littérature en témoignent. Mais, pour le petit peuple, du moins depuis le 19ème siècle, il y a des choses qui ne se faisaient pas, qui ne se disaient pas, et qui ne se montraient pas. Mais, par contre, il y a 50 ans, personne n’aurait eu l’idée saugrenue d’accuser de sadisme, ou pire, de pédophilie, une maman ou un instituteur qui déculottaient un gamin devant tout le monde. C’était aussi banal, aussi admis que maintenant des seins nus sur une plage. J’aime les seins nus. Mais j’aimais bien aussi les fessées…

[RW] 2anim

Pourquoi ne pas le dire ? Les enfants aimaient bien regarder l’un des leurs recevoir la fessée. Et, quand eux-mêmes en recevaient une bonne, le monde ne s’écroulait pas pour eux, ils n’étaient pas réconfortés par une cellule d’aide psychologique, leurs parents ne se portaient pas partie civile dans un procès pour mauvais traitement ou atteinte à la pudeur, ils avaient honte un bon coup, leur postérieur les cuisait quelques minutes, et tout rentrait dans l’ordre sans que personne, du moins personne que je connaisse dans mon entourage, ne soit « traumatisé ».

Parce que, globalement, la société ne considérait pas la fessée comme traumatisante. Aujourd’hui, je suppose qu’une fessée comme celles que j’ai connues le serait, parce que tout le monde autour du petit fessé l’entourerait comme s’il avait été victime de l’ouragan Katrina. Et parce que rarissimes seraient les enfants qui en auraient fait eux aussi l’expérience : si je suis le seul à avoir été fessé, cela peut être traumatisant. Si cela arrive de temps à autre, et à tout le monde, cela ne l’est plus.

Je ne plaide pas pour le retour à la fessée, pas plus qu’on ne peut plaider pour l’abolition des monokinis. Le monde est tel qu’il est, point.

Mais revenons à mes activités de Louveteau. Vous voyez, je suis resté aussi bavard que jadis. Quand je commence, on ne peut plus m’arrêter. Ou plutôt, il y avait une méthode infaillible pour me faire taire, mais c’était il y a si longtemps…

Une après-midi, alors que plusieurs Meutes du pays (c’étaient, vous le devinez, le nom de nos groupes de Louveteaux) faisaient ensemble un jeu de piste, je ne trouvai rien de plus malin que de me cacher et de laisser croire à la Cheftaine que je m’étais perdu. Elle me chercha pendant deux heures. Mes copains avaient sans doute deviné où j’étais, mais ils n’avaient pipé mot, laissant Michelle dans une inquiétude qui devint peu à peu de l’angoisse.

Elle songeait maintenant à se rendre à la gendarmerie, la mort dans l’âme, car il lui aurait fallu ainsi renoncer à me retrouver elle-même, presque m’abandonner temporairement. En outre, mais ce n’était qu’une raison secondaire pour cette jeune fille qui nous aimait beaucoup, elle allait passer pour incompétente vis-à-vis des parents et de sa fédération de scoutisme.

Je finis par surgir comme un diable de ma cachette (c’était les ruines d’un abri à bois sommaire, où une place à peine plus grande qu’un terrier de renard m’avait permis de me dissimuler à deux pas d’elle – elle ne songeait pas que j’aurais pu me cacher volontairement, comme à un jeu de cache-cache, elle me croyait perdu ou blessé par une chute.)

Matty Marty

Michelle m’empoigna sans ménagement par un bras, et appela les 5 autres Louveteaux autour d’elle. Puis elle descendit sans commentaire ma culotte courte et mon slip jusqu’aux chevilles, et commença à me fesser copieusement, bien coincé sous son bras, devant les autres qui n’avaient jamais assisté, pendant ces après-midi de jeux bucoliques, à un tel gage. Je vous prie de croire que ce fut une bonne fessée, à la hauteur de l’angoisse qu’avait pu ressentir ma gentille Cheftaine. Enfin, elle me relâcha, et conclut d’une voix pleine de calme détermination :

-       Voilà, Monsieur le Sizenier. Mais tu n’es pas encore quitte pour autant. Tu vas rester près de moi jusqu’à la fin du jeu, et, ce soir, devant toutes les autres Meutes, je vais à nouveau te déculotter, pour que la leçon soit bien apprise. Ta maman m’avait prévenue, si la seule chose que tu comprends, c’est la fessée, tu auras des bonnes fessées, autant qu’il en faudra.

Comme annoncé, à la fin du jeu de piste, devant tous les Louveteaux rassemblés et leurs Cheftaines, Michelle annonça de quoi je m’étais rendu coupable. La fessée, si elle faisait partie des mœurs en famille ou à l’école, n’était pas en usage dans ces groupes d’enfants. Mais, devant une telle bêtise, qui, en outre, avait gâché l’après-midi des cinq autres gosses de ma sizaine, un châtiment exemplaire s’imposait.

-       Je n’ai pas l’habitude, de donner des fessées, conclut Michelle. Mais cette fois-ci, ce sera l’exception qui confirme la règle. Je vais déculotter Jean-Jacques et le fesser à nouveau devant vous tous pour que personne n’ait jamais plus l’idée de nous faire de telles frayeurs.

Mike

Et, devant la trentaine de gosses et les 5 monitrices rassemblés, je reçus, coincé sous le bras implacable de Michelle, une deuxième fessée déculottée encore plus honteuse que la première. Mais, vous l’avouerais-je, je n’en ai jamais voulu à ma Cheftaine, et je ne l’ai jamais oubliée.

Illustr. : 1) Churchward – 2) Unk 261  – 3) UnkB 652 – 4) [RW] 2anim – 5) Matty Marty – 6) Mike

4 commentaires »

  1. CLAUDE dit :

    Bonjour Jean Jacques. Merci pour ce brillant récit. Il m’arrive aussi d’être,comme vous et un auteur illustre : » A la recherche du temps perdu ». Apparemment les fessées que vous avez reçues ne vous ont pas traumatisé,moi non plus. Il vous est même arrivé de ressentir: »un certain trouble » après en avoir reçue une. Ce n’est pas mon cas,car j’étais bien moins « sage » que vous, et souvent mes parents devaient avoir recours au martinet pour me « discipliner »,et j’en avais bien besoin! Amicalement.CLAUDE.

  2. Jackie dit :

    Un récit délicieux , tendre, rafraîchissant . Je me suis régalé. Merci .J e me retrouve un peu dans le ton badin de mes petits poèmes . Quoique finalement avec la cheftaine , ça n’a pas été si badin que cela, d’autant que de mon temps aussi, les louveteaux étaient le seul groupe de petits garçons où ne se donnait pas de fessées. Vous étiez, pour « Akéla » un cas exceptionnel ! vos réflexions sur l’évolution sont fort sages et apportent un éclairage nouveau dans un débat agité. Toutefois prenez en compte que beaucoup, principalement ado, ont connu des fessées d’un tout autre genre et les ont vécues tout autrement.
    Bien chaleureusement.

  3. Rémi dit :

    Bonjour Jean-Jacques,
    Visiblement votre Cheftaine comme ma monitrice au patronage avait compris comment ramener l’ordre au sein des Meutes !
    Il est certain que l’exercice n’est pas toujours aisé et que cela nécessite sans doute une pratique répétée.
    Bien entendu, je plaisante et recevoir la fessée déculottée durant mon enfance n’a jamais constitué une partie de plaisir, encore moins en public !.
    Cordialement, Rémi

  4. jacko49 dit :

    J’ai bien aimé votre commentaire suivant :
    «le monde ne s’écroulait pas pour eux, ils n’étaient pas réconfortés par une cellule d’aide psychologique»
    C’est tellement juste.

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