La fessée appliquée

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Le martinet… Rien que le martinet pour Antoine

J. Depaquit Le Rire det

Par Maelström X.

Le jeune Antoine ne pouvait prétendre vivre une enfance malheureuse, car sa mère – bien que rude parfois –, l’aimait incontestablement.

En retour, Antoine l’aimait aussi, bien qu’il nourrît toujours une pointe de crainte à son égard – crainte raisonnablement justifiée par les fessées qu’elle lui infligeait lorsqu’il faisait une bêtise. Cependant, la fréquence de ces corrections n’était pas disproportionnée – en outre, sa mère savait être juste et le punissait toujours pour une raison valable.

Antoine joue au coiffeur

Par exemple, il y eut cet été où il s’était amusé à couper l’une des tresses de sa cousine, Camille. Le garnement s’était approché, campé derrière elle, de lourds ciseaux de couture à la main. Avec dextérité, il avait coupé la natte, puis l’avait affichée sous les yeux de la pauvre petite – qui, immédiatement, s’était mise à hurler. Un peu désarçonné par sa propre initiative, Antoine l’avait regardée se précipiter hors de la pièce et était resté là, bras ballants, toujours armé de son ciseau – gagné par une bouffée d’appréhension et de peur.

La suite des événements ne fut pas difficile à imaginer : de derrière la cloison, il avait entendu sa cousine gémir auprès de sa tante et de sa mère, avant que le reste de la conversation ne se tarisse en murmures. Il y avait eu un silence, un bref instant de latence glaçant, puis sa mère avait fait irruption dans la chambre, visage pincé, instrument prêt à l’emploi.

L’instrument en question, Antoine ne le connaissait que trop bien : ce martinet, c’était la justice implacable, l’outil chargé de remédier à ses écarts les plus graves. En l’occurrence, la faute commise ici était impardonnable – il aurait été bien stupide d’imaginer qu’il puisse se soustraire à la sévère correction qui l’attendait.

Sa mère, aux mains d’ordinaire si douces et si aimantes, s’était montrée particulièrement vindicative lorsque son fils, déculotté et couché sur ses genoux, gémissait au rythme des cuisantes cinglées qu’elle lui avait infligées à toute volée.

En moins de deux minutes, la correction avait été expédiée ; mais ce souvenir pour Antoine faisait toujours écho à l’ardente cuisson qu’il avait conservée au sortir de cet épisode.

 Traditional Boy 1

Le gramophone et le martinet

Antoine et sa mère vivaient à Paris, au troisième étage d’un bel immeuble haussmannien.

Environ un an et demi après cette correction d’importance, la mère d’Antoine rentra un jour à la maison, transportant deux colis avec elle. Après avoir fermé la porte – non sans quelques difficultés puisqu’elle avait les mains prises –, elle se dirigea vers la table du salon, un sourire énigmatique aux lèvres. Intrigué, Antoine trotta derrière elle alors qu’elle déposait son paquetage sur la table. Toujours mû par la curiosité, il observa attentivement les boîtes, notant que l’une d’elles était de forme carrée, haute et imposante – et que l’autre, se démarquait par une forme plus fine et plus allongée.

La mère se tint devant son fils, mains sur les hanches, visiblement ravie. Antoine leva la tête dans sa direction, dans l’attente de réponses aux questions qui se bousculaient dans le corridor de ses pensées. Sans mot dire, elle se détourna et entreprit d’ouvrir le colis le plus gros. Antoine s’approcha un peu plus, contaminé par l’excitation de sa mère, puis se pencha au-dessus de la boîte lorsque celle-ci fut ouverte. À l’intérieur, se dessinaient les contours d’un gramophone tout neuf, au cuivre flamboyant, en tout point égal à ceux que sa mère désirait si ardemment depuis ces derniers temps. Ce nouveau venu allait faire des émules dans leur foyer !

Rapidement, le noble objet fut disposé précautionneusement sur le buffet, et quelques consignes de rigueur furent dispensées à l’intention d’Antoine. En aucun cas – sa mère fut très claire là-dessus –, il ne devait toucher au gramophone en son absence. Ces informations transmises, Antoine interrogea sa mère à propos du second colis. L’expression de son visage changea ostensiblement, et elle l’invita à découvrir ce qu’il en était de ses propres yeux.

L’emballage de papier fut déchiré, un boîtier en cuir fut révélé, renfermant en son sein quelque chose d’intrigant et de curieusement impénétrable. Les mains de sa mère s’affairèrent sur les clapets en métal, puis, quelques secondes plus tard, le couvercle s’ouvrit avec un claquement sec. Lorsque Antoine se pencha de nouveau, l’œil fiévreux, son sang ne fit qu’un tour à la vue du contenu de la boîte ; en effet, posé sur un écrin de velours, s’étendait un imposant martinet, sombre, luisant, d’une taille et d’une sévérité qui le laissèrent tout chose. Jamais de sa vie il n’avait vu pareil objet. Les lanières étaient longues, épaisses, carrées, au nombre de dix, toutes plus terrifiantes les unes que les autres. Le manche, d’un brun sombre, s’ornait d’élégantes arabesques, dessinées sur un bois vernis, parsemé par endroits d’éclats de lumière qui se révélaient à la lueur du jour.

Le cœur battant, Antoine prit douloureusement conscience que le traditionnel martinet qui officiait chez eux faisait pâle figure à côté de celui-ci. Il eut même la sensation de se liquéfier petit à petit sur place à la vue du terrible instrument. Face à son trouble, sa mère révéla finalement une anecdote qui inspira chez lui un profond soulagement. D’après ses dires, une de ses amies lui avait transmis ce martinet en guise de présent, et ledit objet n’était là que pour un usage dissuasif ; elle n’avait pas réellement l’intention d’en faire usage – pour le moment.

Trois semaines passèrent en toute quiétude, jusqu’à ce qu’un malheureux incident ne se déclare.

La mère d’Antoine était sortie faire une course, car il était convenu qu’un couple d’amis vienne le lendemain avec leur fille pour déjeuner. Durant son absence, Antoine s’occupait seul, jouant ou lisant – alternativement – avant qu’un certain ennui ne le gagne.

Avec le temps, les restrictions de sa mère à l’égard du gramophone s’étaient quelque peu étiolées dans son esprit ; ainsi, à deux reprises il s’était penché sur l’engin et l’avait fait fonctionner tout seul. Aussi, le redoutable martinet qui l’avait tant fait frémir ne constituait plus qu’une vague image sortie momentanément de sa tête.

Ce jour-ci, désireux d’entendre un peu de musique, il tenta de tourner la manivelle du gramophone pour remonter le ressort – en vain. Quelque chose semblait bloqué. Frustré, Antoine força dessus, un peu trop fort peut-être, car le craquement lugubre qui se fit entendre à l’intérieur n’avait rien de normal.

Impuissant, Antoine tenta désespérément de tourner la manivelle dans l’autre sens, mais tout le mécanisme semblait marcher à vide. Sans le savoir, il venait de rompre le ressort de mouvement du précieux gramophone de sa mère.

Les conséquences de cette bêtise monumentale allaient être terribles, il le savait – aussi, quand sa mère rentra de sa course, il se mura dans un silence nauséeux.

Après une soirée et une nuit troublées par l’angoisse, vint le lendemain pour Antoine.

Sur le coup de midi, les invités sonnèrent et sa mère les accueillit avec chaleur. De son côté, Antoine se tenait en retrait, discret, ce qui eut pour conséquence de surprendre la petite assemblée qui le savait d’ordinaire plutôt enthousiaste et turbulent. Néanmoins, cela ne souleva pas de soupçons outre mesure, et le déjeuner se déroula sans encombre.

À la suite du déjeuner, les adultes convièrent les deux jeunes gens à aller dans la chambre d’Antoine, pour prendre le café et parler de choses et d’autres. La fille du couple, qui s’appelait Sophie et qu’Antoine connaissait depuis peu, le suivit.

Toujours fuyant et d’une timidité inhabituelle, Antoine ne se fendait que de quelques bribes de paroles lorsque Sophie lui posait des questions sur ses occupations, ses passions… C’est d’ailleurs sans joie qu’il dévoila à sa demande sa collection de timbres dont il était si fier en temps normal. Sophie, d’une espièglerie sans failles, ne se formalisait outre mesure du comportement distant de son camarade et profitait du temps qu’ils avaient tous les deux pour le taquiner un peu.

Au salon, les conversations allaient bon train et les éclats de voix entre les trois convives étaient nombreux, jusqu’à ce qu’un brusque silence s’installe… et il ne fallut que quelques secondes pour que la voix de la mère d’Antoine s’élève, l’appelant à les rejoindre sur-le-champ.

Précipité par cette sourde angoisse qui ne l’avait pas quitté depuis la veille, Antoine prit violemment conscience qu’il se trouvait – d’une façon ou d’une autre – au pied du mur. Son « crime » avait été découvert – aucune échappatoire ne semblait possible. Ses fesses tressaillaient déjà à la perspective de la terrible fouettée qui les attendaient.

La mort dans l’âme, il quitta Sophie pour rejoindre le salon d’un pas lent et flageolant.

Le regard de sa mère se voila d’une froideur et d’une colère contenue, lorsqu’il entra dans son champ de vision. Sèchement, elle pointa son doigt, désignant le gramophone ; l’avait-il oui ou non touché malgré son interdiction ? Le gramophone ne fonctionnait plus, qu’avait-il à répondre à ça ?

Les deux invités se tenaient un peu à l’écart, comme en suspens. Antoine baissa la tête et ne dit rien. Sa mère posa deux doigts sous son menton d’un geste sec pour qu’il la regarde dans les yeux, et c’est quand il croisa son regard qu’il explosa, se mettant à pleurer à chaudes larmes. Oui, c’était lui le fautif, oui, c’était lui qui avait cassé le gramophone, oui, c’était lui qui était bien maladroit et honteux maintenant…

Curieusement, le visage de sa mère tressaillit à cette annonce mais, cela mis à part, elle s’abstint de tout commentaire. Embarrassée et furieuse sans aucun doute, elle ne savait comment réagir en présence de ses invités. Et finalement, au prix d’un effort manifeste, elle parla d’une voix blanche, d’une octave plus haute que d’habitude – et ses seuls mots pour son fils furent :

« Retourne dans ta chambre, nous réglerons ça plus tard. »

Il ne fallut pas longtemps avant que les invités ne prennent congé de leurs hôtes – et que, Sophie, visiblement sensible à l’immense trouble qu’Antoine manifestait depuis son retour, ne lui jette un dernier regard, empreint de douce compassion. Elle ignorait tout de l’histoire et du sort auquel il se préparait, mais elle sut par intuition, que la situation était critique pour lui.

Lorsque sa blonde chevelure disparut de l’embrasure de la porte, Antoine ressentit une solitude, un abîme intérieur d’une profondeur incommensurable.

Dix minutes plus tard, sa mère l’appela. Plus pâle et plus tremblant que jamais, il s’exécuta et marcha en direction du salon.

Au centre, était disposé un large fauteuil, à la facture noble. Juste à côté – sa mère, droite et belle, sévèrement comprimée dans sa robe noire. Un peu plus loin, le martinet – solitaire, menaçant – enroulé sur lui-même sur la table et prêt à mordre sans vergogne.

La voix de la mère d’Antoine trancha le silence :

« Tu as commis la bêtise la plus grave de ta vie, jeune homme. Désobéissance, dégradation d’un bien qui m’est cher en parfaite connaissance de cause… Dissimulation de la vérité – mensonges ! Tu ne perds rien pour attendre, je te le promets… Devant mes invités en plus ! La correction magistrale à laquelle tu vas avoir droit va te servir de leçon pour longtemps… »

Suivant cela, l’ordre de sa mère lui parvint avec la précision d’un couperet :

« Maintenant, baisse ton pantalon et le reste. »

Les mains moites, Antoine baissa son pantalon – puis son slip – avant de se pencher contre le rebord rude du fauteuil. La surface matelassée accueillit ses genoux, et l’arc du dossier, ses bras. À partir de là, il appuya son menton sur le sommet du dossier et son attention ne se focalisa plus que sur le parquet.

Ensuite, il attendit.

L’attente fut longue – en vérité, elle lui parut interminable avant que le premier coup de martinet ne s’abatte et le fasse sursauter.

Très vite, sa mère balança les lanières de toutes ses forces, et leurs impacts n’en finirent pas de pleuvoir sur ses fesses qui se crispaient, rougissaient, cuisaient jusqu’à l’obtention d’une douleur uniforme, vive et continue, ondoyante, entrecoupée parfois d’un accroissement vertigineux, lorsqu’un coup était donné plus sèchement et plus vertement qu’un autre.

Également, prise dans de brusques accès de fureur, sa mère procédait parfois à de rapides séries de coups qui lui semblaient lui mettre la peau à vif.

Il eut beau gémir, remuer, sangloter, demander pardon, supplier, sa mère resta intraitable du début à la fin de l’insoutenable correction.

Arrivé au terme de longues – très longues minutes –, sa mère cessa de le fouetter.

Lentement, Antoine se laissa tomber du fauteuil, vaincu.

Lorsqu’il chercha à se rhabiller, la voix de sa mère le scia dans son élan :

« T’ai-je dit que ta punition était finie ? Non – alors, reste où tu es. »

C’est alors que sa mère s’éclipsa de la pièce…

Que voulait-elle insinuer par : « t’ai-je dit que ta punition était finie » ? N’avait-il pas eu son compte ? Antoine se figeait, pris d’une horrible intuition.

 martinet 4

Son regard se déroba au parquet et lorsque sa tête pivota contre son épaule, il vit revenir sa mère, tenant en main l’autre martinet.

Un vent de panique absolue le gagna, et il se contracta d’un mouvement qui tendait vers la fuite.

« Non, non, non, Maman !… Pas ce martinet !… Non, je t’en supplie !… »

Sans une once d’apitoiement, sa mère déclara :

« Reste où tu es, je t’ai dit – sinon je double. À présent que la première partie de ta punition est terminée, je vais procéder à la deuxième. Tu m’as vraiment mise en colère mon garçon – et plus encore, tu m’as déçue. Cet instrument qui à l’origine était là pour te maintenir dans le droit chemin par sa seule présence, va servir pour de bon. En conséquence, tu recevras vingt coups. »

La seconde correction qui suivit fut de loin la plus terrible qu’Antoine eût jamais connue. De celle-ci, il n’en garda qu’un souvenir trouble, confus, avec pour seul point d’accroche l’image de ses fesses dans le miroir après la correction, cramoisies, parcourues de marques violettes à certains endroits, boursouflées pendant plus d’une semaine.

Il se souvint également que pour cette occasion sa mère lui avait ordonné de compter les coups, et qu’au bout du sixième, il se tordait déjà comme un ver tant les lanières carrées de cet implacable instrument cinglaient fort…

Mais avec du recul, il s’était dit qu’il l’avait bien méritée, cette correction.

 Illustr. : 1) J. Depaquit – 2) Traditional Boy

 

7 commentaires »

  1. CLAUDE dit :

    Bonjour MalstromX. Ce récit est très bien écrit et de plus ne comporte aucune outrance. Toutefois, je pense que la 1re faute d’Antoine est totalement inexcusable ! Couper la tresse d’une jeune fille est un outrage suprême. Et si j’avais été à la place de sa mère je l’aurais fouetté avec le martinet le plus sévère. Quant au gramophone il n’avait pas l’intention de nuire en le maniant. Ceci bien sûr méritait aussi une correction, mais à mes yeux moins sévère car cet acte était une imprudence, coupable certes, mais sans intention de nuire. Merci encore pour ce récit. Cordialement. CLAUDE.

  2. Marco dit :

    Ceci est une histoire, rien qu’une histoire montrant ce qui se passait à la fin du XIX ème début du XXème siècle dans des familles bourgeoises.
    A ne pas prendre pour argent comptant, les temps ont changé et avant de châtier avec rigueur corporellement un peu d’explications, de pédagogie envers le fautif cela pouvait se faire aussi, quitte à le consigner au pain sec et à l’eau dans sa chambre un jour entier ou à se retrouver « la boule à zéro » histoire de voir ce que ça lui fait de perdre ses cheveux comme elle ! (sourire)
    Cordialement
    Marco

    • CLAUDE dit :

      Bonjour Marco. Bien sûr, les temps ont changé (un peu trop à mon goût) et il ne s’agit pas de prendre pour argent comptant ce récit. Pour autant, ne pensez vous pas que l’on aurait intérêt à revenir, mutatis-mutandis à ces bonnes et efficaces méthodes d’éducation ? Cordialement. CLAUDE

  3. Edmée dit :

    De fait, ce récit décrit avec élégance l’art et la manière d’éduquer d’une époque aujourd’hui révolue. Certains s’en félicitent, d’autres le regrettent. Où en est le curseur ?

    • CLAUDE dit :

      Bonjour Edmée. En effet où est le curseur? Je crains hélas qu’il ne soit au point zéro, compte tenu de l’état d’esprit de la société actuelle, toujours empêtrée dans cette sous-psychologie qui déferle ,(et pas seulement chez nous) depuis les années 70 . Cordialement. CLAUDE.

  4. monenfance88 dit :

    Bravo ! Bonnes fessées, bien décrite, mais malheureusement, on ne sait pas de quel martinet la mère d’Antoine se sert pour la 1re des deux.

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