La fessée appliquée

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Scénario

 

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Par Jean-Jacques 

L’équipe de tournage était arrivée un bel après-midi de juin 1960 dans ce petit village de Savoie, afin de réaliser quelques séquences d’une émission historique consacrée aux grands écrivains français. L’épisode en préparation concernait Jean-Jacques Rousseau, dont une partie de l’enfance s’était passée dans la région. On recruta sur place quelques garçons et filles des collèges, pour figurer les condisciples de l’écrivain, et une recherche plus fine fut entreprise pour choisir qui jouerait Jean-Jacques lui-même, à l’âge de 12 ans (et non 8 comme il l’écrit). Les acteurs principaux du film étaient des comédiens professionnels, certains étaient même célèbres, mais pour quelques scènes on se contenterait d’un jeune garçon du cru.

La responsable du casting, Madame David, reçut quelques candidats, jusqu’à ce que l’un d’entre eux retienne son attention. C’était un enfant de l’âge requis, c’est-à-dire 12 ans, à l’air intelligent et sensible, du moins ne donnait-il pas l’impression de passer sa vie à jouer au foot en rêvant d’être un jour une vedette dans ce sport, sans autre horizon. Non, ce garçon semblait occuper ses loisirs à lire ou à jouer à Robinson Crusoë dans les forêts toutes proches. Les parents, mis au courant, étaient d’accord pour que leur fils soit comédien pendant deux semaines. Le cachet serait versé sur son livret de caisse d’épargne. La famille allait prochainement habiter à la ville, loin de là, et avait bien l’intention de « pousser » l’enfant dans les études. Cette somme serait la bienvenue. 

Il restait une petite question à régler. Madame David convoqua, avant que ne soit signé le contrat, le garçon nommé Alain.

- Tu sais que tu devras porter un costume de l’époque. Il faudra te présenter chaque jour chez l’habilleuse deux heures avant le tournage. On te dira quels jours. Et puis, il faut que je te dise quelque chose. Tu pourras encore refuser si tu n’es pas d’accord.

Alain levait la tête dans l’attente de la suite.

- Il y a une scène où tu vas recevoir la fessée. Tu en as déjà reçu, je suppose ?

- Oui, madame.

- Il y a longtemps ?

- Oui, madame.

- Alors est-ce que tu accepterais d’en recevoir une pour le film ?

Alain sentait les idées se bousculer dans sa tête. D’un côté, il avait déjà claironné qu’il allait jouer dans un film. On lui avait dit que l’argent touché devait servir à ses études quand il serait plus grand. Et il ne savait pas dire non. D’un autre côté, la demande lui paraissait curieuse, mais ces gens étaient des professionnels, et savaient sûrement ce qu’ils faisaient. Jouer une telle scène était peut-être tout naturel dans ce milieu. Alain avait déjà assisté à des scènes de fessées au cinéma, mais c’étaient des dames qui la recevaient. Ça faisait rire dans la salle. Les seules scènes où il avait vu des garçons battus – et il n’aurait pas employé le mot « fessée » pour nommer des punitions aussi brutales et cruelles – étaient dans des films anglais, et c’était à cinglants coups de « cane » que ça se passait, rien à voir avec ce qu’il avait connu. Aussi osa-t-il quand même poser une question :

- Ça ne va pas être avec une badine ?

- Non, répondit en riant Madame David. Juste une bonne fessée comme ce que tu connais déjà. Peut-être plusieurs fois s’il faut recommencer la scène, mais je te promets que l’actrice ne sera pas méchante.

- Et mes copains ? Je ne veux pas que tous mes copains soient au courant.

- C’est une scène sans tes copains. Et quand le film passera à la télé, si j’ai bien compris, tu auras déménagé ? Alors, avec les costumes, on ne pourra pas te reconnaître.

Il est inutile de préciser qu’une telle scène serait impossible à concevoir de nos jours. Le scénariste se retrouverait sous les verrous, ainsi que le metteur en scène et quelques autres du réseau. Mais en 1960 on n’était pas si regardant. On ne voyait pas le mal partout, et le texte des Confessions était suffisamment explicite. Alain se décida enfin. Il déclara d’un air suffisant, pour masquer la gêne indéfinissable qui l’envahissait :

- Bon, ben d’accord. Puisque c’est pour le cinéma. Mais vous ne mettrez pas mon nom sur l’affiche !

- Promis ! répondit Madame David, qui n’avait jamais eu l’intention de citer les figurants, même s’ils prononçaient quelques phrases.

Le tournage devait commencer au mois de juillet. En attendant, une costumière vint prendre les mesures d’Alain, et on lui donna quelques feuilles dactylographiées où son rôle était expliqué, afin qu’il apprenne les répliques, et se familiarise avec les scènes à tourner. Le mot « fessée » n’était même pas écrit, on pouvait juste lire « Mlle L… le saisit pour le corriger » dans la partie qui inquiétait Alain. Rien d’effrayant, et pourtant il y pensait souvent.

Après la distribution des prix, ce furent enfin les grandes vacances, et avec elles le début du tournage. Alain dut essayer son costume, un peu gêné que les habilleuses lui demandent d’essayer aussi le caleçon, et pour cela de retirer son slip. Mais il obtint de pouvoir se changer derrière un paravent, et se sentit juste un petit peu « chose » quand ces dames vérifièrent les boutons, les boutonnières, et que le caleçon ne formait pas de faux-plis. Le reste du costume lui plaisait bien quoi que malcommode pour une partie de ballon. Mais ça, on sait qu’Alain s’en moquait. Ses camarades, par contre, n’eurent de cesse que les quelques séquences où l’on voyait un groupe d’enfants furent achevées, afin de quitter ces oripeaux qu’ils jugeaient ridicules. Alors commencèrent les scènes où Alain allait vraiment jouer, si restreint que fut son rôle. Des scènes avec le pasteur Lambercier, avec sa sœur Gabrielle, sérénité, bonheur, paradis perdu… le rôle avait été dévolu à Carole Montaigu. C’était une femme blonde, aimable, d’âge mûr à en juger par les ridules sur son visage. Mais elle était agréable à regarder, et, quoique son personnage de sœur du pasteur Lambercier ne l’autorisât pas à porter une robe décolletée, ses formes plantureuses attiraient les regards. Au reste, les ridules disparurent au maquillage. Elle était censée avoir 35 ans.

Le jeune garçon était fasciné par ce pouvoir qu’avaient les comédiens, et en particulier Carole Montaigu, de jouer soudain un personnage de façon aussi crédible. C’était comme si une autre personne était subitement venue prendre la place de la première. Quand ils élevaient la voix, Alain avait envie de se cacher. Il ne savait plus où était la réalité et où était la comédie.

Ensuite, d’autres scènes suivirent, troublantes, bien qu’enchaînées avec tant de naturel qu’Alain doutait de lui-même : était-il donc le seul à éprouver quelque chose à propos de fessées ? Était-il vicieux ou anormal ? Bien sûr, il garda toutes ces questions secrètes.

La première scène était muette, ou plutôt accompagnée d’une voix off qui lisait quelques phrases des Confessions :

« Comme Mlle Lambercier avait pour nous l’affection d’une mère, elle en avait aussi l’autorité, et la portait quelquefois jusqu’à nous infliger la punition des enfants, quand nous l’avions méritée. »

Le scénario qu’Alain avait étudié précisait qu’on voyait alors en ombres chinoises Mlle Lambercier corriger un enfant. On installa donc, au fond d’une pièce, un projecteur et une caméra. Les ombres de Gabrielle Lambercier et de Jean-Jacques seraient projetées sur un mur blanc. Un comédien lirait le texte pendant la prise de vue. Quand le clapman eut crié « moteur », Alain sentit qu’une main décidée le saisissait puis le plaquait contre la comédienne. Elle le courba sous son bras gauche, et commença à le fesser sans ménagement, à la grande surprise du garçon qui croyait qu’elle ferait semblant. Ses fesses le cuisaient suffisamment pour qu’il ne pense plus à rien d’autre, à la fois surpris et soumis. La fessée fut courte, le temps pour le lecteur de réciter les phrases des Confessions, mais par contre elle fut répétée six fois, et Alain sentait son corps se blottir de lui même contre la fesseuse au fur et à mesure des prises de vue. A la fin, Carole l’invita à goûter après qu’ils seraient tous deux démaquillés et vêtus normalement. Derrière son paravent, il se tordit le cou pour regarder ses fesses rouges, complètement déstabilisé. Au goûter, il ne trouva aucun mot à dire, regardant la dame qu’il trouvait très belle, la plus belle de toutes les actrices. Il ne comprenait rien à ce qu’il éprouvait. Aurait-il dû être vexé, en colère ? Non, puisque c’était lui qui avait accepté le rôle. Pourtant il sentait qu’il aurait pu l’être. Et il ne ressentait qu’une envie, celle de se blottir contre la belle Carole.

La scène suivante concernait justement les menaces de correction de Mlle Lambercier.

« Assez longtemps elle s’en tint à la menace, et cette menace d’un châtiment tout nouveau pour moi me semblait très effrayante. »

Là, Mlle Lambercier s’adressait à lui d’un air sévère, et il était censé baisser la tête en rougissant. Mais on n’entendrait pas la voix de Carole, juste le récitant. Encore une scène muette. Pour le réalisme des expressions, la comédienne s’adresserait toutefois à lui avec les mots qu’elle choisirait.

Moteur.

- Allez, monsieur, la journée ne s’achèvera pas sans que je ne vous fesse !

Nouvelle prise.

- Continuez comme ça, monsieur, et vous serez fessé d’importance !

Nouvelle prise.

- Jean-Jacques, vous allez recevoir la fessée !

Nouvelle prise.

- Encore une fois, monsieur, et je vous administre une bonne fessée !

Alain recevait chaque phrase comme une gifle, tellement Carole mettait de réalisme dans sa voix. Il n’y eut aucun besoin de lui demander d’avoir l’air penaud, il était confus comme si c’eut été une maîtresse d’école qui l’avait morigéné devant toute la classe. La fin de cette série fut ponctuée, comme précédemment, d’un goûter, où Carole s’adressa à lui comme à un camarade de tournage, amicale, le traitant d’égal à égal. Alain était totalement déboussolé. Ses émotions occupaient tout le champ de sa pensée, oscillant entre l’élan vers Carole Montaigu, et une anxiété sans objet précis. Il ne pouvait pas penser ce qui allait arriver, juste éprouver un sentiment très fort, très trouble, et très agréable.

Le jour suivant, on devait mettre sur la pellicule la fameuse fessée déculottée évoquée dans les Confessions. Cette fois, la voix du récitant se tairait au beau milieu de l’action. Alain eut, pendant qu’on l’habillait, la visite de Carole, qui observa comment on boutonnait le caleçon, puis la culotte de velours brun, à la grande confusion du garçon. Mais il refusa de se demander pourquoi elle agissait ainsi, pris dans un mouvement qui le dépassait.

Moteur.

On voit Mlle Lambercier, et Jean-Jacques debout face à elle. Voix du récitant, alors que le visage de l’actrice prend un air courroucé, puis impérieux, et tend une main vers son élève.

« Mais après l’exécution, je la trouvai moins terrible à l’épreuve que l’attente ne l’avait été, et ce qu’il y a de plus bizarre est que ce châtiment m’affectionna davantage encore à celle qui me l’avait imposé. »

Alors, Alain se sent capté par deux mains dominatrices, qui défont un à un les boutons de sa culotte, puis de son caleçon. Ceux-ci dûment baissés jusqu’aux genoux, Mlle Lambercier (ce n’était plus Carole, pour Alain subjugué par le jeu), trousse la chemise aux reins, puis, tournant le postérieur du garçon vers la camera, se met à fesser, jusqu’au signal d’arrêter. Lorsqu’elle le lâche, il esquisse le geste de se remonter les culottes, mais une voix demande à Carole de recommencer, tournée différemment, afin que l’on filme le visage du garçon. Comme précédemment, il n’y a pas besoin de directives pour que son visage exprime de la surprise et de  la douleur.

Il faudra encore quelques prises, Jean-Jacques sur les genoux de la Lambercier, ou la fessée administrée à un tempo différent. De jour en jour, Alain souhaite presque que la scène soit ratée, afin que l’on en tourne une nouvelle. Il faut même toute la vérité de son affection pour Carole et toute sa douceur naturelle pour l’empêcher de chercher le retour du même traitement en le méritant par son mauvais jeu ; car il a trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité qui lui a laissé plus de désir que de crainte de l’éprouver derechef par la même main.

Cette récidive, qu’il éloigne sans la craindre, arrivera sans qu’il y eût de sa faute, c’est-à-dire de sa volonté.  Il en profitera, à maintes reprises, la conscience en paix.

illust. Calbet – Rousseau 

5 commentaires »

  1. Gobert J dit :

    Qu’est ce que j’aurais aimé tout comme Jean-Jacques jouer ce rôle et qu’il faille recommencer souvent les scènes pour quelques défauts de tournage!
    Je suis sûr que j’aurais été tout comme lui très ému et aurais souhaité qu’elle m’invitât chez elle pour m’en donner de bien plus longues et exquises.

  2. Jean-Jacques dit :

    Il sera invité chez elle, Gobert. La suite va venir.

  3. chris dit :

    Vivement la suite Jean-Jacques de ce récit.

  4. CLAUDE dit :

    Bonjour Jean Jacques au prénom prédestiné! Toutes mes félicitations pour avoir si bien tourné cette scène de fessée qui reproduit les sensations de votre illustre prédécesseur. Votre récit est si plein de vérité qu’on croirait lire « les Confessions »! Et comme lui vous ne détestiez pas les fessées que « la belle Carole » vous administrait pendant le tournage! « Envie de se blottir contre la belle Carole » écrivez vous.Ainsi que « sentiment trouble et agréable » comme Rousseau! La nature est ainsi faite et nul n’y changera rien n’en déplaise aux différents censeurs dans le domaine des mœurs!Cordialement.CLAUDE.

  5. cambaceres dit :

    Bonjour Jean-Jacques,
    J’avoue que je découvre tardivement votre beau récit sur le tournage (imaginaire ?) de ce film adapté des « Confessions » de J.J.Rousseau. Il m’est arrivé de me promener dans le parc d’Ermenonville là où il se laissait aller aux « Rêveries du promeneur solitaire ». Je me reconnaissais un peu en lui et je me remémorais certains de ses écrits lus lorsque j’étais en première.
    Bien sûr à l’époque, j’avais été un peu surpris par ce passage de la fessée. Le plus curieux c’est que je n’avais jamais reçu de fessée comme celle de Jean-Jacques mais que je faisais toujours l’expérience du martinet sur les cuisses. Et on m’avait toujours affirmé que c’était autre chose et que mes punitions étaient plus douloureuses. Cependant, savoir que le grand écrivain avait été fessé enfant me rendait fier de connaître moi aussi un châtiment presque identique. Il me revenait aussi en mémoire les téléfilms du théâtre de la jeunesse de Claude Santelli qui m’avaient tant inquiété : « Le général Dourakine, David Copperfield, « Un bon petit diable » où les enfants recevaient fouet, « cane » ou martinet, à une période où ce dernier m’était encore inconnu.
    Plus tard, je me suis demandé si cette fessée avait influencé Jean-Jacques pour « Emile ou l’éducation ». Peut-être.
    Mais je crois bien que dans la réalité, aucun réalisateur ni producteur n’aurait autorisé qu’un jeune acteur ou figurant ne se fasse réellement corrigé. En principe ce type de scène n’était que suggéré ou mimé. Bon, vous allez me dire que dans « Quai des brumes » la claque de Jean Gabin à Pierre Brasseur avait été bien réelle et sonore et que ça se voyait à l’écran. Alors, cher Jean-Jacques, oui, vous pouvez rêver.
    Cordialement
    Cambaceres

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