La fessée appliquée

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Sévères cours particuliers – épisode 6 et fin

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Par Cambaceres

En vacances avec Nicole

Ainsi j’allais partir deux semaines sur la côte belge avec Madame Nicole. Si on m’avait dit cela en décembre, je ne l’aurais pas cru, et d’ailleurs j’aurais refusé.

Certes elle était compétente mais stricte et son côté autoritaire, inflexible sur la tenue et la discipline, son adresse à manier le martinet au moindre écart, me l’avaient rendue antipathique les premiers temps. Mais voilà, depuis ce mardi fatidique, elle avait changé ; elle s’était montrée sous un jour que je ne connaissais pas. Sa façade tout en rigidité s’était fissurée.  Puis elle s’était effondrée, effrayée par ma détresse et mes larmes. Et une autre Nicole s’était révélée, pleine de sensibilité, qui avouait ses torts et me témoignait toute son affection.

Ma réaction de gamin blessé l’avait bouleversée. Et à mon tour, la découvrir sous un autre visage m’avait profondément troublé. Elle me traitait désormais, non plus uniquement comme un élève, mais d’abord comme un enfant avec ses défauts, ses doutes, sa fragilité, son besoin de reconnaissance.

Bien sûr, je n’avais pas voulu arrêter les cours ni modifier les règles qui les régissaient. Aussi ma répétitrice avait continué à m’administrer le martinet pour sanctionner mes insuffisances mais très différemment, toujours à regret, sans arbitraire, de façon juste et mesurée. Et je l’avais compris et accepté.

Maman m’avait préparé ma valise. Elle avait suivi les conseils de Madame Nicole : évidemment que des culottes courtes, deux shorts, mes chaussures de sport, mes sandales, des chemisettes et polos, un ou deux pullovers. Elle n’oublia pas du matériel de classe pour travailler aussi ; et elle ajouta le martinet au-dessus des vêtements. Et il n’y avait pas d’objections à faire.

« Des vacances, oui ! Mais Il doit travailler un peu chaque jour. Faites-lui réviser son anglais aussi, il est en baisse ! Et en cas de manquement, le martinet devra jouer son rôle ! » avait-elle tonné.

Madame Nicole ne trouvait pas cela vraiment nécessaire mais elle s’inclina.

« Quand je viendrai avec Catherine, Nicole me montrera tes notes, et si elle ne l’a pas encore fait, c’est moi qui te corrigerai » prévint-elle.

Depuis que Madame Nicole se montrait moins sévère, ma mère avait, si je puis dire, repris la main. Elle maintenait ses exigences pour mes résultats et, puisque je n’y trouvais rien à redire, considérait que le martinet gardait encore toute sa place éducative.

Madame Nicole avait loué un grand appartement au milieu de la côte belge non loin d’Ostende. J’avais déjà un peu parcouru cette côte quand j’étais plus jeune et avec ma mère et ma grand-mère, on y avait aussi loué un rez-de-chaussée. Madame Nicole était bien connue de l’agence et l’appartement se situait au deuxième étage sur la digue face à la plage. Nous avions vue sur la mer, ce qui m’enchantait. L’appartement possédait trois chambres, deux avec un grand lit et une avec deux lits d’une personne.

« Tu prendras la chambre à deux lits. Quand elles viendront, Catherine dormira avec moi et l’autre chambre sera pour ta maman. »

Madame Nicole m’aida à ranger mes affaires et à m’installer. Mais il restait le martinet que Maman avait tenu à ce que nous emportions.

« Où le met-on ? » demandai-je.

« Laisse-le dans la chambre dans un tiroir » répondit Nicole puisque désormais elle voulait être appelée par son prénom.

« Maman voudra le voir bien en vue quand elle viendra. »

Nicole s’assit près de moi sur mon lit en soupirant. Je la devançai.

« Je sais, Catherine m’en a parlé dimanche. Vous n’avez plus envie de me le donner. »

« Eric, tu n’as plus douze ans. Certes tu as encore l’allure d’un enfant. Mais d’abord tu es un garçon adorable, intelligent, obéissant, plein de bonne volonté. Tu es à une période difficile où beaucoup de jeunes se cherchent, et tu ne sais plus trop où tu en es. L’autre jour, j’ai découvert un enfant fragile, sensible, que jusque-là je n’avais pas voulu voir. Et tu m’as émue jusqu’aux larmes. Qui aime bien châtie bien, dit-on, mais il y a une limite. Corriger au martinet un garçon adorable, d’une grande gentillesse, docile, qui considère ses punitions comme normales – toi donc -, cela me pèse de plus en plus, je ne te le cache pas ; quand je te regarde, je n’en ai plus envie. »

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Nicole m’avait parlé d’une voix douce, aimante, emplie d’émotion. Elle m’avait passé le bras délicatement autour du cou et me serrait contre son épaule. Je la comprenais tout à fait. Cette femme m’aimait comme si j’étais son fils et cette discipline que Maman et moi avions établie ensemble lui devenait difficile à m’appliquer.

« C’est qu’il y a des règles. J’ai un accord avec Maman. On ne peut pas faire comme s’il n’existait plus. »

« Oui, je sais. Et moi aussi je me suis engagée vis-à-vis d’elle. Je dois en tenir compte. »

Un silence se fit.

« Je suis contente de t’avoir avec moi. Tu méritais ces vacances après tout ce qu’on t’a fait endurer. »

« Endurer » me disais-je, le terme était fort. Je le trouvais même exagéré.

« J’étais d’accord avec cette discipline sévère. J’ai même demandé à la maintenir. »

« Ta mère et moi surtout, sommes allées trop loin. Tu ne t’en rends pas compte mais tu es un garçon admirable qui accepte tout, supporte tout. »

Visiblement Nicole ne me trouvait que des qualités ; elle ne voulait voir que le côté positif de ma personnalité. Pourtant je me trouvais enfant, gamin même, immature. Et sur le plan travail, je n’étais guère satisfait de moi et le dit à Nicole.

« Ta maman vise l’excellence pour toi, et elle a raison, mais ne te dévalorise pas pour autant. Tu es brillant en histoire-géographie ; tu as bien progressé en français et tu n’es pas loin de l’excellence là aussi ; tu t’améliores en latin ; tu étais bon en langues mais c’est vrai que tu es un peu en baisse. Quant au grec, ça devient difficile, mais je crois qu’on t’en demande trop. Ta maman s’est montrée dure avec toi, mais à ce moment là c’était nécessaire. Après tu t’es montré dur avec toi-même en t’imposant cette discipline stricte et sévère. Au début, j’ai suivi, avec trop de zèle. Tu as dû me détester ? »

« Pas à ce point. Mais je trouvais que vous mettiez trop d’empressement à me punir. Sans contrepartie affective. Par contre, je comprenais assez bien vos cours et vos conseils et mes notes en classe suivaient. Et quand j’ai enfin compris que vous éprouviez de l’affection pour moi, j’ai tout pardonné. »

Nicole me serra un peu plus contre elle et m’étreignit longuement. Nous étions seuls et elle pouvait donner libre cours à son envie de m’exprimer son affection. Elle avait besoin de se libérer. Quand elle redressa la tête, elle pleurait et moi, je n’en étais pas loin.

« Excuse-moi, mais il fallait que ça sorte, dit-elle en s’essuyant les yeux. Il y a des moments où je me suis détestée, honteuse de ma sévérité envers toi. Et le pire, c’est que si j’avais eu un fils, je ne suis pas sûre que j’aurais été aussi sévère avec lui. Catherine a été facile à élever, trop facile, et elle apprenait avec une telle aisance. Et elle a su rapidement qu’elle voulait devenir médecin. »

J’écoutais Nicole avec une profonde attention. Par rapport à la « Madame Nicole » que j’avais connue, elle était transfigurée. Je percevais une femme d’une grande fragilité émotionnelle. Sans doute, elle avait dû être une femme d’un fort caractère. Mais la maladie de son mari, son décès, sa solitude, le regret de n’avoir pas eu de fils, tout cela l’avait fragilisée. Elle s’était reforgée l’image de quelqu’un de fort, strict et autoritaire, mais celle-ci n’avait pas tenu, à cause de moi. Ma propre fragilité l’avait bousculée dans ses certitudes et sa réalité émotionnelle avait repris le dessus.

Puis Nicole se ressaisit. Elle m’attrapa la main, me sourit et dit :

« On ne va pas rester là à pleurnicher sur nous-mêmes. Si on allait sur la digue manger un morceau ? »

J’acquiesçai.

« Tu ne vas pas être gêné de sortir avec moi en culotte courte quand même ? »

« Pas du tout, lui assurai-je ; ici, ce n’est pas comme à l’école. Et encore, là-bas, ils sont habitués maintenant. »

« En tout cas, moi ça ne me gêne pas ! Tu es absolument superbe en culottes courtes. Je crois bien que si j’avais eu un fils, je l’aurais gardé longtemps en culottes courtes aussi. »

Le temps était doux. Nombreux étaient les vacanciers qui se promenaient sur la digue. Ils avaient loué des vélos ou des « cuistax » (genre de kart à pédales) pour les enfants. Les tenues étaient décontractées ; pas mal de gamins étaient en short ou en culottes courtes, et je n’étais pas dépaysé. On s’installa à la terrasse d’un grand café salon de thé. Autour de nous, ça parlait français ou flamand. Puis en dressant mieux l’oreille, je perçus de l’allemand et aussi de l’anglais. J’en fis part à Nicole.

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« Tu vois, c’est déjà un exercice de langue ! Ta maman veut que je te fasse travailler l’anglais; en tout cas tu as déjà repéré des gens parlant l’anglais. Quant au français, parfois avec un accent, ce sont des bruxellois, des wallons ou des français. »

Au loin, par delà la plage où les vagues se mouraient en petits rouleaux, on apercevait parfaitement l’estacade d’Ostende. Une « malle » en provenance de Douvres s’en approchait et déverserait ses passagers d’ici quelques minutes au port tout proche de la gare.

Le soir, Nicole ne manqua de m’embrasser avant le coucher.

Cependant dès le lendemain matin, fidèle à la promesse faite à Maman, elle me fit travailler mon anglais.

« Cela me change du français, du latin et du grec » trouva-t-elle.

Elle m’avait donné un texte avec quelques questions de grammaire et de compréhension. Elle le lut à haute voix et, il n’y avait pas à dire, elle parlait fort bien l’anglais.

« Je suis allée plusieurs fois en Grande-Bretagne avec mon établissement en accompagnant des élèves, mais aussi avec mon mari et Catherine quand elle était au lycée. Je me débrouille assez bien à l’oral même si l’accent n’est pas toujours facile à prendre. »

Justement, moi l’oral et l’accent, c’était un peu mon problème. Je réussis assez bien à répondre aux questions de grammaire et de compréhension malgré quelques erreurs. Puis elle me demanda de passer à la traduction. Là, j’eus un peu plus de mal ; Nicole pointa deux contresens fâcheux.

« En effet, il y a du travail ; il faudra améliorer cela demain. »

L’après-midi, ce fut une promenade les pieds dans l’eau au bord de la Mer du Nord mais, malgré les sollicitations de Nicole, je la trouvais encore trop froide pour me baigner. Puis Nicole me loua un vélo pour pédaler sur la digue tandis qu’elle lisait sur un banc.

« Tu peux rouler où tu veux tant que tu restes sur la digue. T’aérer seul te fera du bien. Vas-y, j’ai confiance en toi. »

Elle avait raison ! Je pédalais jusqu’à la station balnéaire suivante, face au vent. Cette fraîcheur vivifiante me fit un bien fou. Je revins plus doucement en slalomant entre d’autres enfants en « cuistax ». Nicole sourit à mon retour puis ce fut gaufres et chocolat chaud.

Nicole s’efforçait de me faire plaisir pour tout. Elle jetait sur moi des regards émus comme une maman touchée par son enfant. Mais chaque matin, elle n’oubliait pas sa leçon d’anglais.

Compréhension de texte, grammaire, verbes irréguliers, vocabulaire, tout y passait. Et elle n’oubliait pas de me donner une leçon à réviser le soir. Mais je n’avais pas toujours la tête à ça.

Le jeudi matin, ce fut loin d’être parfait. Si en compréhension, c’était globalement satisfaisant, mes tournures grammaticales en thème laissaient à désirer et j’avais commis quelques fautes de vocabulaire.

Nicole me jeta un air sévère que je ne lui avais pas vu depuis longtemps. Il en disait long.

« Combien mettez-vous à ce travail ? » me hasardai-je, me doutant un peu de sa réponse.

« Pas plus de dix en étant indulgente » lâcha-t-elle navrée.

« Donc je mérite le martinet » dis-je avec fatalisme.

« On n’est peut-être pas obligé d’aller jusque là » osa Nicole.

« Ce ne serait pas honnête vis à vis de Maman. Nous avons des règles. Vous étiez d’accord pour les appliquer. »

« Je sais. Je m’y suis engagée. Mais il faudra bien un jour renoncer à cette discipline, Eric ! Tu ne vas pas rester tout le temps un enfant. Il faut apprendre à grandir ! »

« C’est vrai. Mais pas maintenant. On verra à la fin de l’année scolaire ; avec Maman, on s’est mis d’accord pour l’année. »

« J’espère que tu n’as pas fait exprès de bâcler ton travail ? » demanda Nicole.

« Est-ce mon habitude ? »

« Non » reconnut-elle après une courte réflexion.

J’allai chercher le martinet dans ma chambre et le tendis à Nicole.

« Allons-y, ça ne sera qu’un mauvais moment à passer. Pour nous deux » lui dis-je pour l’inciter à faire son devoir.

Gerhard Windisch

Etait-ce de colère d’avoir à me corriger malgré tout. Malgré elle. Mais Nicole ne me ménagea pas. Les dix coups de martinet furent bien sentis et quelques « aïe ! » les ponctuèrent. Je me frictionnai un moment pour atténuer le feu de mes cuisses.

Nicole avait simplement posé le martinet sur le buffet. Puis, comme elle en avait pris l’habitude, elle m’embrassa avec douceur, s’excusant presque.

« Eric, fais quand même des efforts, s’il te plaît. Tu sais que ça ne me plaît pas d’avoir à te punir. »

Le problème se présenta le midi quand nous sortîmes pour déjeuner. Nicole me fit remarquer qu’on voyait nettement les traces des lanières et qu’on ne se ferait aucune illusion sur l’origine de ces traces. Il est vrai que la Belgique possédait les mêmes habitudes éducatives que la France et que les petits belges connaissaient eux-aussi les affres du martinet.

« Tu veux qu’on mange un morceau à l’appartement ? » proposa Nicole.

« Non ! Tant pis pour moi ! Je n’avais qu’à mieux travailler. Et puis, cet après-midi, ça se verra quand même aussi. De toute façon ça fait partie de la punition ; et j’en ai l’habitude. »

Mais Nicole avait raison. Sur la digue, certains regards se dirigèrent sur mes cuisses et on entendit chuchoter. Quand on s’installa à une table de la brasserie, ce fut pareil.

« Maman, dit une petite fille ; je crois que le garçon a reçu le martinet. »

« C’est qu’il n’a pas dû être sage. »

Je me sentis un peu gêné et je m’empressai de m’asseoir sur la chaise. Cela fit sourire Nicole.

« C’est toi qui as insisté pour sortir » me rappela-t-elle.

L’après-midi, nous avions prévu d’aller sur le port d’Ostende acheter des crevettes et de pousser jusqu’au bout de l’estacade. Mais nous étions loin d’y être les seuls. Pas mal de parents ou grands-parents avec des enfants venaient aussi admirer le ballet des bateaux de pêche et des « malles » allant ou venant d’Angleterre.

Mes cuisses encore chaudes furent encore l’objet de regards intéressés et de commentaires agaçants. Heureusement le vent du large les rafraîchit. Un moment, je m’appuyai contre la barrière pour observer la sortie d’une « malle » ; une nuée de mouettes virevoltait autour. Des passagers nous firent un signe amical du navire ; je les saluai à mon tour. Une maman et ses deux garçons de dix-douze ans en faisaient autant à côté de moi tandis que Nicole poursuivait vers le bout de l’estacade. Une fois, le bateau parti, cette dame me sourit et me lança :

« Tu as pris une bonne correction, mon garçon ! Le martinet t’a bien marqué. Qu’as-tu fait pour ça ? » me dit-elle dans un français impeccable.

Je rougis littéralement, surpris par la question, et balbutiai piteusement :

« Je… J’ai… bâclé des devoirs. »

« Effectivement, c’est un bon motif. Ta maman a eu raison. Vous avez entendu les enfants, ça peut vous arriver aussi ! »

Les gamins, qui tout comme moi exposaient bien leurs cuisses dans leurs culottes courtes, prirent une moue dubitative et se gardèrent de répliquer. Encore heureux qu’elle n’ait pas demandé mon âge, me dis-je en moi-même. Nicole n’avait rien remarqué et j’évitai de lui mentionner cette péripétie.

Puis elle m’emmena vers les bâtiments du port et la gare où elle me fit déchiffrer des inscriptions en anglais. Puis nous repartîmes vers la place pour prendre le tramway. En chemin, Nicole s’attarda sur les devantures des magasins. Puis elle me montra quelque chose dans la vitrine : des culottes courtes, tenue très en vogue en Belgique.

« Je crois qu’il y en a qui devraient t’aller » me dit-elle et elle m’attira à l’intérieur sans me demander mon avis.

« Je voudrai voir les culottes courtes pour le jeune homme, comme celles en vitrine, de la flanelle, je crois. »

La vendeuse confirma et revint assez vite avec trois culottes. Je dus les essayer ; ce n’était pas sans me rappeler les essayages avec Maman. Nicole en choisit une bleu foncé.

« Pourrait-on la faire aussi courte que celle qu’il porte ? »

« Bien sûr Madame, il n’y aura qu’à l’ajuster d’un revers. »

Et elle s’accroupit pour la retrousser légèrement et mettre ses épingles. Elle dut apercevoir les zébrures car elle poussa un murmure « HUM ! HUM ! » tout en m’adressant un petit sourire en coin. Une demi-heure plus tard, après un petit tour dans la rue en attendant, je me retrouvai avec une culotte courte neuve. Le soir au repas, alors que j’avais toutes les difficultés à décortiquer les crevettes, Nicole revint sur cette correction.

« Pour moi, tu peux faire beaucoup mieux en anglais, tu sais ; ce matin, tu n’as pas été assez attentif à ton travail. Je n’avais aucune envie de te corriger, mais c’est vrai que tu le méritais. Enfin, c’est toi qui as décidé. Je trouve que tu es assez grand pour éviter ça. Enfin, c’est toi qui reçois le martinet, et tu l’as bien senti. »

« C’est curieux, lui avouai-je ; mais après une punition, je me sens soulagé d’avoir payé mon mauvais travail. »

« Je te comprends ; une punition est faite pour ça aussi. Quand un enfant reconnait qu’il l’a méritée, c’est que sur le plan éducatif elle a une utilité, et finalement c’est peut-être aussi pour lui une nécessité pour se faire pardonner. »

Nicole avait vu juste. C’était à peu près mon état d’esprit.

« Même si je trouve que tu n’en a plus vraiment l’âge, les punitions prévues en accord entre ta maman et toi se placent bien dans ce cadre éducatif. Par contre, les corrections données sous le coup de la colère sont souvent inefficaces ; elles soulagent les parents sur le moment, c’est tout. Et je ne suis pas la mieux placée pour le dire ; Catherine et ses cousins se sont parfois pris des fessées uniquement parce que j’étais énervée à ce moment-là. Mon mari était beaucoup plus calme et posé et se mettait rarement en colère » reconnut Nicole avec franchise.

« Quand Maman est passée au martinet, elle a fixé des règles précises pour son emploi et j’étais averti à l’avance. Elle m’a toujours puni avec raison. »

« En tout cas tu t’y es habitué et tu t’es soumis au martinet assez facilement. Et tu t’y soumets encore. Tiens, ce matin c’était pour ton insuffisance en anglais. Sais-tu comment, là-bas en Angleterre, on punit les élèves indisciplinés ou inattentifs à l’école ? »

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J’en avais vaguement entendu parler. Je savais que les écoles anglaises pratiquaient les châtiments corporels, mais sans plus. Ma mère m’avait raconté que la Reine et son mari, le Prince Philippe, avaient envoyé leurs enfants dans des collèges les pratiquant. Et comme elle avait eu l’air de présenter cela comme un bien, je lui avais demandé si elle aurait été d’accord qu’on en fasse autant en France, et là elle m’avait répondu « non ».

« Je sais qu’ils pratiquent les châtiments corporels », répondis-je à Nicole.

« Ils sont corrigés à coups de « cane » sur les fesses. »

« Une canne ! » m’exclamai-je car je ne connaissais que les cannes sur lesquelles on s’appuie, totalement rigides et épaisses. Nicole comprit ma méprise.

« C’est une sorte de baguette mince et souple en rotin, très flexible, m’expliqua-t-elle. Il paraît que c’est très douloureux. Parfois ils emploient le « strap », une sorte de grosse lanière de cuir, pour frapper la paume des mains ou les fesses. »

« Je n’aimerais pas aller dans ce genre d’école ; et puis je n’ai jamais reçu de fessée. Maman m’a toujours claqué les cuisses nues à la main puis au martinet. »

« Tu sais Eric, le martinet est très courant en France et en Belgique. Beaucoup de parents en possèdent un chez eux. En Angleterre, dans les familles on trouve souvent une « cane » en rotin ou un « strap », c’est dans leurs traditions éducatives. Si un élève est corrigé en classe, les parents ne protestent pas ou rarement car cela fait partie du règlement, que ce soit dans une école publique ou privée. Par contre tu n’y serais pas dépaysé : chaque collège a son uniforme et la culotte courte est souvent de rigueur même pour les garçons de ton âge. »

Férule - Tawse - Copie

« Là au moins je n’aurais pas été le seul. Mais non merci ! Vous avez vu des élèves se faire corriger ? »

« Non, mais des collègues d’anglais ont souvent passé un ou deux ans dans des collèges anglais comme lecteurs de français, et certains en ont été les témoins. Ils en ont été impressionnés. Du coup il leur arrivait de refuser de faire punir des élèves pour leur éviter la « cane ». »

« C’était bien de leur part. Vous êtes un peu comme eux, vous n’aviez pas envie de me corriger. »

« C’est vrai. C’est toi qui as insisté. »

Nous avions une drôle de conversation, mais c’était de ma faute après tout.

Le vent s’était levé le lendemain matin. On se promena quand même sur la plage mais un vent de sable nous fouetta les jambes ; ça me piquait un peu.

Le soir, Maman arriva avec Catherine. Elle me serra contre elle comme si elle ne m’avait pas vu depuis longtemps. Catherine m’embrassa affectueusement.

Durant le repas, nous racontâmes nos ballades sur la côte et à Ostende. Maman s’enquit aussi de mon travail.

« Je lui ai fait réviser son anglais. Hier après-midi, je lui en ai fait écouter les conversations des anglais à leur descente de la « malle » venant de Douvres et je lui ai fait déchiffrer les panneaux en anglais sur le port. Tout s’est très bien passé. »

Nicole avait tenté un petit mensonge par omission ; mais les résidus de la punition au martinet se voyaient encore sur mes cuisses. Maman me passa la main sur les cuisses et aperçut de fines traces rosées qui commençaient à s’estomper. Catherine fronça les sourcils en les voyant à son tour. Ma mère prit son air sévère allant de moi à Nicole.

« Nicole n’y est pour rien, dis-je pour la dédouaner ; je n’ai pas bien réussi mes exercices d’anglais. Elle ne voulait pas me punir. C’est moi qui ai insisté pour le martinet. »

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« Tu le méritais donc ! J’ai bien fait de mettre le martinet dans ta valise » constata ma mère.

« C’est vrai ; je ne voulais pas mais Eric m’a rappelé les règles. Je les ai donc suivies » reconnut Nicole.

Catherine nous regardait tous les trois d’un œil noir ; elle était visiblement agacée par la conversation.

« Pourrait-on parler d’autre chose que du martinet ? Eric est un garçon qui ne mérite pas d’être traité comme ça ! Il va sur ses seize ans ! Il faut cesser de l’infantiliser. Aidez-le à grandir ! » avait lâché Catherine qui ne retenait plus son exaspération.

La discussion s’arrêta net. Nous étions tous ébahis et muets devant la réaction épidermique de Catherine.

« Catherine a raison. Il est ridicule de parler de ça maintenant » dit Nicole.

Maman l’admit. Après tout, nous étions les invités de Nicole. Cependant l’intervention de Catherine nous avait impressionnés.

Le lendemain, personne ne remit le sujet sur le tapis. On profita de la digue, de la plage, on laissa de côté tous nos problèmes. Je préférai me vider la tête et laisser faire le temps. On fit même un golf miniature.

A un moment donné, Catherine vint s’asseoir sur le sable près de moi. Elle me regardait en souriant.

« Maman aurait voulu avoir un fils aussi ; j’aurais bien aimé avoir un petit frère. Je l’aurais entouré, cajolé, protégé » me dit-elle tout en caressant doucement mes cheveux ; puis elle déposa un baiser sur mon front.

« Tu auras seize ans cette année et tu gardes une allure de petit garçon. Bien sûr tu es adorable en culottes courtes. Mais il va falloir te mettre en tête qu’à ton âge, il faut passer à autre chose. Maman me dit que tu raisonnes bien, que tu es même capable d’être brillant. Il faut cesser de te conduire en gamin qui a besoin d’être puni pour progresser. Tu n’avais pas assez bien travaillé ton anglais, et alors ! La belle affaire ! Non, ça ne mérite pas du martinet ! Tu n’es pas paresseux, tu fais ton travail scolaire, tu suis les cours particuliers de Maman, tu n’as pas beaucoup de temps pour toi, et en plus tu acceptes encore ces punitions infantiles et douloureuses. Je suis sûr que tu peux travailler correctement sans la menace du martinet. Et peu importe si une note est moins bonne que les autres, on fait avec et on se promet de faire mieux la prochaine fois. »

Strap

Catherine m’avait parlé d’un coup en toute franchise. Je n’avais pas osé la couper mais ses paroles me paraissaient pleines de bon sens et me donnaient à réfléchir. Je voyais Maman et Nicole, plus loin, discuter ensemble au bord de l’eau. Catherine reprit :

« Je dis ça pour toi, pour te protéger de toi-même. Ta maman et toi, vous vous êtes enfermés dans une logique éducative qui était sans doute nécessaire quand tu étais plus jeune, mais maintenant ce n’est plus d’actualité. Si encore tu étais un gamin insolent qui n’arrête pas de faire des bêtises, mais ce n’est même pas le cas.

Je souris à Catherine. Le vent se levait et balayait mes cheveux. Elle m’attrapa, m’embrassa tendrement et me serra contre elle. Décidément, me disais-je, Maman, Nicole, Catherine, j’ai de la chance avec toutes ces femmes qui veulent m’embrasser. Je trouvai Catherine sublime et irrésistible mais elle était de onze ans mon aînée. Maman et Nicole revinrent vers nous.

Maman me prit à son tour par le cou et m’embrassa.

« Nicole et moi avons parlé de toi, en toute franchise, me dit-elle tendrement ; il va peut-être falloir que nous changions certaines de nos habitudes. Elle pense que tu n’as plus besoin d’être puni au martinet. »

« Moi, c’est Catherine qui a tenté de me convaincre. »

« Mon chéri, si on laissait de côté le martinet ? Nicole ne souhaite plus beaucoup s’en servir ; et moi, à la réflexion, pas tellement non plus même si je ne le montrais pas. C’est vrai qu’il a rendu bien des services à un moment où c’était vraiment nécessaire, et tu l’as bien compris et accepté. Mais est-ce encore utile ? »

« Je suis quand même le premier concerné, rappelais-je. En octobre, j’en avais vraiment besoin. C’est vrai qu’aujourd’hui c’est moins vrai et grâce à Nicole, mes résultats de français se sont bien améliorés. Je comprends vos scrupules. Je pense bien passer en Première et alors, d’accord, on laissera le martinet à son clou et on verra ce que ça donne. »

Je les voyais sourire toutes les trois visiblement satisfaites de mes paroles.

« Mais pour cette année, ajoutai-je, finissons la comme elle a commencé, avec la même discipline. Je ne suis pas encore en Première même si j’en suis sur le chemin. »

« Décidément tu es incorrigible » me dit Maman qui, on peut dire, avait le sens de la formule.

« Je vous promets de tout faire pour éviter qu’il serve » déclarai-je pour les rassurer.

Catherine, qui me dépassait de plus d’une tête, me prit par l’épaule :

« Tu n’es pas encore au bout du chemin à faire, mais tu es sur la bonne voie. »

« Tu t’es engagé pour la Première, c’est déjà ça » ajouta Nicole qui me couvait d’un regard attendri.

« En attendant, jusque-là, je compte encore profiter de mes culottes courtes, précisai-je. A l’école aussi ! Puisque j’en ai remis depuis un mois, autant aller jusqu’à la fin de l’année scolaire. »

Cette remarque les fit rire. Finalement toutes ces dames n’étaient pas si pressées que ça de se priver de leur « petit garçon ».

Cependant j’avais bien conscience qu’une page de ma vie était en train de se tourner.

 

Illustr. 1) Unkn 2) – R. Hegemann – 3) Alina – 4) Gerhard Windisch – 5) Unkn – 6) Unkn Férula – 7) Ian Hamilton – 8) Unkn strapping

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