La fessée appliquée

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Souvenirs de mon Journal intime

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Par Brigitte

L’autre jour, en plein déménagement, je suis tombée par hasard sur un vieux carton contenant mon Journal intime. J’ai retrouvé quatre épais cahiers à la couverture rose framboise ornée de liserés blancs sur la tranche, emplis de souvenirs d’enfance et d’adolescence. C’est en me replongeant, non sans nostalgie, que je me suis souvenue d’une troublante fessée maternelle reçue par Maxime, mon frère de près de deux ans mon aîné.

En relisant mon Journal, une foule de petits détails et d’impressions ont refait surface. Et la découverte récente de ce blog m’a poussée à prendre la plume pour faire revivre de façon la plus réelle possible cette expérience enfouie dans ma mémoire de petite fille. J’aurais, certes, pu vous témoigner des fessées que j’ai reçues, car il y en a eu, mais pour cette première, je m’en tiendrai à celle dont mon frère fut le malencontreux bénéficiaire et moi l’indiscrète spectatrice.

Chers lecteurs, pardonnez par avance mes nombreuses digressions, mais, avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient que je vous dresse un petit portrait familial qui permettra de mieux situer cet événement dans son contexte et vous rendra son récit plus vivant.

Nous avons vécu, mon frère et moi, notre jeunesse dans une ville du sud de la France au tout début des années 80. Notre père, Parisien de souche, avait épousé notre mère, une Italienne qu’il avait rencontrée à Rome. Et ce n’est pas pour aller dans le sens des clichés, mais Maman avait un vrai tempérament méditerranéen, dont je pense avoir en partie hérité ; alors que Papa était plus retenu et distant. Je crois que nous avons tous les deux profité d’une enfance heureuse, remplie d’un amour maternel inconditionnel conjugué à une éducation stricte. Maman, qui vient d’un milieu populaire, a toujours eu un mélange de douceur maternelle doublée d’une intransigeance à toute épreuve. Si à l’extérieur, notre père paraissait arborer fièrement les habits de chef de famille, à la maison c’était elle la patronne incontestée et rares étaient les disputes conjugales au sujet de notre éducation.

Il n’y avait pas de martinet à la maison comme j’ai pu parfois en voir chez certaines familles de l’époque. Je crois que ce n’était pas du style de Maman qui a toujours privilégié le contact tactile. Et je crois par ailleurs que, culturellement, ce n’est pas quelque chose qui se pratiquait en Italie, du moins chez mes cousins italiens, je n’en ai jamais vu non plus. Et puis Maman était une femme robuste d’une corpulence un peu forte et plutôt grande pour l’époque. Il lui suffisait parfois d’une simple gifle ou d’une claque sèche sur l’arrière des cuisses pour brider nos incartades.

Les fessées, on y avait droit aussi, mais elles étaient plutôt rares et réservées aux fautes graves. Et puis, un événement est venu bouleverser la famille : Maman et Papa se sont séparés quand j’avais 8/9 ans. Ils n’ont pas divorcé, c’était très mal vu surtout du côté italien, mais Papa qui travaillait déjà à Paris et rentrait les week-ends dans le Sud, a fini par s’installer à Paris alors que Maman ne voulait pas habiter Paris. Je crois qu’elle n’imaginait pas vivre ailleurs qu’au soleil avec le plein air et la nature. Et puis je crois, pour en avoir discuté avec elle, qu’elle avait fait l’erreur d’avoir un deuxième enfant très rapproché, ce qui l’a complètement accaparée. Mais elle a surmonté cette épreuve avec courage en reportant son affection et son énergie dans l’éducation de ses deux enfants. Par contre, cette rupture a eu un effet plus perturbant sur Maxime lors de son entrée dans l’adolescence. Etre élevé dans un environnement exclusivement féminin le privait de repères masculins forts dont il avait sans doute besoin. Sans compter que Grand-Mère est venue habiter un temps à la maison pour aider Maman. C’est alors qu’on est entrés doucement mais sûrement dans le tunnel chaotique de la crise d’adolescence. Tous ceux qui ont été ado le savent, on la traverse tous à un moment ou un autre, même si c’est avec plus ou moins de turbulences. Comparée à la mienne, celle de Maxime fut plus que mouvementée.

A 10 ans passés, j’étais une petite fille pleine de vie, un peu espiègle et déjà très curieuse, c’est mon principal défaut, mais observatrice. Je m’entendais encore bien avec mon frère, mais, quand son comportement a commencé à changer, les chamailleries ont commencé. Le signe le plus tangible de ce changement fut sans aucun doute ses résultats scolaires qui ont commencé à chuter dès son entrée en 6ème au grand désespoir de Maman. Je me souviens de discussions animées certains soirs après dîner. Mais cela a empiré quand Maxime a commencé à dire des gros mots à la maison, sûrement appris dans la cour de récré. Il avait aussi une fâcheuse tendance à répondre et à désobéir aux injonctions de Maman. Bref, un comportement qui ne prêterait guère à conséquence de nos jours mais que les principes de Maman ne pouvaient tolérer. Maxime devait sûrement penser à tort que, puisque Papa n’était plus là, il allait devenir le petit homme de la maison. Mais c’est tout le contraire qui devait se produire. Rébellion et émancipation n’étaient pas du tout du goût de Maman qui a commencé à durcir les règles domestiques : pas de télé le soir, toutes les sorties étaient contrôlés et Maman choisissait tous les habits qu’elle nous achetait. Je me souviens qu’au début des années 80, les mœurs commençaient à évoluer et beaucoup de parents lâchaient du lest à cet âge là. On ne comptait plus les fois où l’on disait à Maman :

« C’est pas juste ! Untel, on lui laisse faire ceci ou cela… »

Mais Maman n’en avait cure. Elle n’avait de conseils à recevoir de personne.

Si j’avais été témoin de fessées que Maxime avait reçues étant enfant, elles ne m’avaient jamais émue outre mesure. Mais mon grand frère entré en 6e, tout fier de ses 12 ans, se prenait déjà pour un petit homme et bien que je sache par Maman qu’il continuait à recevoir la fessée, je n’avais pas assisté à une vraie correction depuis au moins 2 ou 3 ans. Quand on recevait la fessée, Maman veillait à ce que ce soit dans l’intimité de notre chambre, à l’abri des regards, pour préserver notre pudeur. Elle administrait souvent la fessée juste avant de nous mettre au lit. Il était rare qu’on reçoive la fessée sur-le-champ, au moment où nous la méritions. Maman se contentait le plus souvent de nous annoncer la promesse d’une sérieuse explication à la maison, ce qui pour nous signifiait qu’on devait se préparer à recevoir une bonne fessée le soir même. Je dois avouer d’ailleurs que cette attente inéluctable décuplait souvent notre angoisse.

Mais un jour, à cause d’un imprévu, je me suis retrouvée témoin d’une des fessées magistrales reçues par Maxime. C’était un samedi après-midi d’été. Comme tous les samedis, je m’apprêtais à rejoindre une copine pour aller à la piscine. Sa maman avait l’habitude de nous y emmener et nous surveillait en même temps. Mais en arrivant chez elle, elle m’annonça que la voiture était chez le garagiste pour une réparation. Alors, au lieu d’aller à la piscine, elle m’a proposé de rester jouer à la maison avec sa fille. Elle a prévenu ma mère et je suis restée.

Avec ma copine, on cherchait un jeu auquel on pourrait jouer dans le jardin et, comme j’avais une paire de raquettes et un volant dans le garage, j’ai proposé d’aller les chercher. Je suis donc retournée à la maison. Comme on habitait une maison avec un grand jardin un peu loin de la ville, on laissait le portail ouvert quand on était à la maison, je n’ai donc pas eu besoin de sonner. En entrant, j’ai entendu une sévère dispute entre Maman et Maxime. Je ne sais pas pourquoi mais, instinctivement, j’ai décidé de ne pas faire de bruit. Sûrement que mon côté espiègle avait dû percevoir qu’il y avait de l’orage dans l’air. Maman pensant sans doute que j’étais en train de m’amuser chez ma copine, Maxime n’était pas dans sa chambre mais bel et bien dans le grand salon au rez-de-chaussée. J’ai retiré mes sandales et je me suis alors accroupie, avançant lentement dans le couloir pour atteindre l’entrebâillement de l’entrée légèrement surélevée donnant sur le grand salon, telle une petite souris, ouvrant bien mes oreilles et pointant le coin de l’œil vers le salon.

Cette fois l’affaire était très sérieuse. Le vase d’orchidées en porcelaine préféré de Maman était brisé en mille morceaux. Maman tenait à la main une balle en mousse. Je l’avais rarement vue aussi furieuse. D’après ce que j’avais compris des explications que balbutiait le frangin, il regardait la télé tout en jetant sa balle sur le mur au dessus de la télé, mais apparemment il avait dû mal viser car il avait touché le vase placé sur l’étagère à côté de la télé. La balle était tolérée dans sa chambre car il n’y avait pas d’objets fragiles, mais pas dans le salon, et il le savait car Maman le lui avait interdit à plusieurs reprises.

« Mais tu me casses les pieds, je ne peux rien faire dans cette maison ! J’en ai marre… Les autres, ils peuvent sortir quand ils veulent. J’en ai marre quoi ! » s’époumonait mon frère qui visiblement avait les nerfs à vifs. Je le trouvais bien inconscient d’élever ainsi la voix devant Maman. Je me disais au fond de moi que s’il commençait à vouloir lui tenir tête, comme ça arrivait de plus en plus souvent, ça lui retomberait dessus un jour ou l’autre.

« Ah je te casse les pieds, tu crois que tu peux faire ce que tu veux dans cette maison ? Mais figure-toi mon petit, que ça m’est bien égal ce que peuvent faire les autres. Ici, c’est moi qui commande ! Mets-toi bien ça dans la tête. Et ce sera ainsi tant que tu seras sous mon toit. Cette semaine tu n’as pas arrêté de rouspéter pour tout. Tu n’as fait aucun de tes devoirs de vacances et j’en ai plus qu’assez de te voir traîner à rien faire. Vivement la rentrée, tu peux me croire ! »

C’était sa journée ! Et Maman qui bouillonnait, de renchérir :

« Je te jure que si tu continues comme ça, je t’envoie en pension l’année prochaine. Maintenant je vais te donner une fessée dont tu vas te souvenir. »

Et, comme pour se motiver, elle ajouta :

« Ah, tu vas me le payer ! »

Ses gestes ne trompaient pas. La main droite levée et menaçante, elle surplombait Maxime qui tentait impunément de braver le courroux maternel. Mais la colère de Maman avait quelque chose d’inflexible et d’inarrêtable. Je me souviens de la défiance dans le regard de mon frère, comme s’il voulait affirmer qu’il était un grand garçon et qu’une simple fessée ne l’empêcherait pas de dormir. Mais pour un regard extérieur, il n’était point permis d’avoir de doute sur l’issue de cette confrontation. Maman pesait presque le double et mesurait bien deux têtes de plus que lui. Il faut que je vous dise que Maxime a toujours été un enfant chétif, en retard de croissance par rapport aux garçons de son âge. Maintenant, je crois que sa crise d’adolescence a aussi été amplifiée par ses complexes physiques. On pourrait dire qu’il poussait en hauteur mais pas en largeur. Il est resté très fluet d’ailleurs. Je me souviens que pour le taquiner on l’appelait « Phil Defer » comme le personnage de Lucky Luke (n°8). Oui, il a une ossature très fine, ses poignets sont aussi fins que ceux d’une fille et il n’a presque pas de biceps, le pauvre. Je dis le pauvre car je sais qu’il en a énormément souffert, même si à l’époque je n’étais pas une sœurette très compatissante. Et puis, moi aussi je sais ce que c’est les complexes physiques. J’ai dû porter un appareil dentaire de longues années pour redresser mes dents de lapin et, moi aussi, j’ai eu parfois droit à de petits sobriquets moqueurs.

Enfin, comme vous pouvez le constater, on est à l’opposé tous les deux ! Lui tient de notre père, avec une peau en cachet d’aspirine qui rougit facilement, alors que moi j’ai le teint mat de Maman. A l’adolescence, Maxime était devenu susceptible et irritable. Sûrement, diraient les psychologues, que le petit garçon qu’il était avait du mal à affirmer une virilité qui pointait à peine le bout de son nez alors que d’autres au même âge étaient déjà dans leur puberté. Bref, je ne sais pas trop pourquoi, vers cet âge-là il a commencé à développer une pudeur de jeune fille. En habitant dans le Sud et au grand air, on allait souvent à la plage en famille et avec des amis, et on se promenait tout l’été en maillot de bain. Mais le frérot portait toujours un t-shirt, même en plein soleil. Il disait que c’était pour ne pas attraper de coups de soleil ; alors Maman achetait de la crème solaire juste pour lui. Mais il faisait la moue quand elle l’obligeait à retirer son polo et restait souvent sous le parasol à l’abri des regards à feuilleter ses bandes dessinées. Du coup, il jouait peu avec les autres et passait pour un garçon solitaire et renfermé. Il est vrai qu’avec son petit slip de bain rouge, on aurait dit une petite crevette ! Oh je sais ce que vous pensez, vous devez me trouvez bien moqueuse ! Oui, j’aime bien le taquiner, mais sachez que je l’aime bien mon grand frère et qu’on s’entend très bien aujourd’hui.

Mais revenons aux choses sérieuses. Maman, qui d’ordinaire aurait conduit Maxime dans sa chambre pour lui administrer sa fessée, l’a saisi par le haut de son bras et, à ma grande surprise, l’a traîné vers le grand canapé du salon. Je ne sais pas ce qui m’a pris, mais dans mon Journal intime, j’avais même noté qu’il portait une paire d’Adidas Lendl ! Vous vous souvenez de ce joueur de tennis qui tirait toujours la tête ? Eh bien, en y repensant, je trouve que Maman avait bien choisi la marque ! Ah oui, je crois me souvenir que c’est parce qu’elles étaient toutes neuves. Il en était tout fier car c’était un nouveau modèle, lui qui, le plus souvent, faisait des salades pas possibles chaque fois que Maman lui achetait des vêtements qu’il jugeait souvent ringards ou démodés. Pour le reste, il portait son petit short de sport à élastique et un maillot de corps blanc.

C’est alors que Maman, tout en s’asseyant, entraîna mon frère en travers de ses genoux. Je le vois qui tentait de résister :

« Non Maman ! Non, non ! Pas la fessée !… Je t’en prie Maman, je serai sage ! »

« Trop tard mon petit ! Il fallait y penser avant de faire tes bêtises. Ah, tu réfléchiras peut-être après la bonne fessée que je vais te flanquer Maxime ! » répliqua-t-elle en le faisant basculer en travers de ses genoux. Maman s’est alors décalée de côté afin que le buste de Maxime repose sur le canapé, son visage enfoui dans le coussin moelleux, et ses fines jambes bien à l’extérieur pour éviter de salir le canapé. De mon côté, j’avais une vue imprenable : je voyais presque tout, sauf la tête de mon frère. De peur que Maman ne me découvre, j’ai reculé un peu en attendant que la fessée démarre.

Et puis, j’ai aperçu Maman se saisir de l’ourlet du short. D’un coup, mon frère a crié « Non ! » en tentant de s’interposer en jetant son bras en arrière pour retenir comme il le pouvait son malheureux petit short. Je n’avais que 10 ans, mais j’avoue que cet instant a provoqué en moi une certaine appréhension mêlée d’excitation. Pudique comme il était, c‘ il était rare que je puisse le voir cul nu. Et même si je savais que Maman le déculottait quand elle donnait des fessées sévères, ce n’était jamais en ma présence. Tout juste pouvais-je entendre les cris et les pleurs à travers la porte de sa chambre. Mais là, tout à coup, mon grand frère était en passe de se faire déculotter devant moi.

« Arrête Maman ! Non pas ça ! Je t’en prie arrête ! Naaanaa !… »

Déjà le son de sa voix se faisait plus plaintif que rebelle.

« Ah, pas d’histoires hein ! Cette fois c’est déculottée que tu vas l’avoir. Tu l’as assez cherchée comme ça ! »

Et Maman lui flanqua une bonne claquée sur l’arrière des cuisses pour détourner son attention et lui faire lâcher prise. Elle lui saisit alors le bras qu’elle lui ramena en arrière, ceintura sa petite taille de son épais bras gauche, tout en se penchant en avant pour bien l’immobiliser. Elle libéra son autre bras qui plongea vers le short et là, d’un coup sec, elle baissa en même temps short et slip, découvrant la lune toute blanche de mon frère sous mes yeux hébétés. Lui tressauta, se raidit comme un planche et trépigna en gémissant :

« Naaaann ! Naann ! Arrête, arrête !… »

Maman dut s’y reprendre à plusieurs fois pour faire descendre short et slip par à-coups secs jusqu’à mi-cuisses, tout en maintenant mon frère en place. Mais en y regardant de plus près, la lutte paraissait inégale tant la différence de gabarit était flagrante.

« Non Maman ! Non, arrête ! Ça suffit !… Je veux pas, je veux plus !… C’est pas juste ! » implorait-il désormais.

« Maxime, ne m’énerve pas davantage. Il n’y a pas de « c’est pas juste » qui tienne. Tu le sais bien, cette fessée tu l’as bien méritée… J’en ai plus qu’assez de toi. A ton âge tu pourrais donner l’exemple. Regarde comment se comporte ta sœur ! »

A l’écoute de ces derniers mots, j’éprouvais une fierté intérieure qui me fit pousser un grand sourire. Même si je ne suis pas attirée par les maigres, j’ai toujours pensé que mon frère n’en avait pas moins un joli petit derrière tout rond comme un ballon de plage. C’était sûrement à cause de sa scoliose qui faisait qu’il avait le dos cambré. Je trouve la nature parfois injuste, il avait même plus de fesses que moi, le morpion !

C’est alors que la fessée magistrale commença. Maman lui flanqua une tannée mémorable. Sans tour de chauffe, elle démarra tambour battant, encore sous le coup de la colère. Elle fessait sans relâche sur un rythme alerte tout en le sermonnant copieusement. On ne pouvait deviner où s’abattraient les claquées, tant sa main fessait tous azimuts, même si parfois elle s’acharnait sur un endroit qui devenait tout de suite plus rouge. Au début, je n’entendais que de petits cris étouffés comme si Maxime tentait péniblement de retenir ses larmes. Il avait le visage enfoui dans le coussin, mais je voyais bien que les claquées de Maman faisaient leur effet rien qu’en regardant ses jambes : le pauvre avait le short et le slip complètement entortillés autour des chevilles à force de gigoter.

Et puis, Maxime a commencé à pleurer pour de vrai. Mais Maman ne faiblissait pas d’un pouce et ne prêtait aucune attention à ses gémissements. Vous savez, quand vous êtes une petite de 10 ans et que vous voyez un grand de douze se mettre à pleurer comme ça, c’est assez impressionnant. Au bout d’un moment, Maman s’est fatiguée. Il faisait chaud et elle était en nage. Elle s’est essuyée le front avec l’avant-bras, reprenant un peu son souffle. Mais elle n’en avait pas fini pour autant. Elle s’est alors penchée en avant et a saisi l’une de ses tongs en plastique. Et la fessée reprit de plus belle. Quand Maman a commencé à le fesser avec sa tong, les pleurs de mon frère ont redoublé. A ce moment, je commençais à éprouver une compassion sincère pour lui. Je trouvais qu’elle y allait fort. Je n’étais plus la petite fille espiègle qui voulait espionner la fessée de son grand frère mais je voulais voler à son secours.

Mais ce qui fut pour moi un vrai choc, ce fut d’entendre qu’au bout de quelques minutes de ses torrents de larmes, la tonalité de ses pleurs avait totalement changé. Si une personne étrangère était entrée à ce moment et avait simplement entendu les pleurs de Maxime, elle aurait conclu sans aucun doute que c’était ceux d’un gamin de 4 ans, mais certainement pas à ceux d’un garçon de douze. Il m’était, certes, arrivé de voir mon frère pleurer à chaudes larmes, parfois même en cachette dans sa chambre. Mais jamais vers cet âge, la sonorité de ses sanglots n’avait eu si peu de retenue. En fait, la dernière fois que j’ai souvenir de ces grosses larmes de bébé c’était quand Maxime s’était échappé, puis perdu dans le centre commercial. Il devait avoir 5 ans et Maman ne le quittait jamais d’un pouce. Je me souviens : nous l’avons retrouvé chez l’agent de sécurité et il pleurait tellement fort que Maman l’a consolé tout le voyage de retour à la maison sans le réprimander. Mais je crois aujourd’hui que Maman savait exactement jusqu’où il fallait aller pour que cette fessée retentissante atteigne son objectif sur le long terme. Je dois donc en déduire que ce n’était pas de la méchanceté, mais bien de la perspicacité maternelle : elle connaissait tellement bien son petit garçon qu’elle savait au son de ses larmes s’il était sincèrement repentant.

Alors qu’elle avait terminé la fessée, mon frère demeurait affalé en travers de ses genoux, ses fesses d’un beau rouge brique, et ses gambettes si remuantes pendouillant sans réaction. Du haut de mes 10 ans, j’étais totalement bouleversée par autant de larmes et d’émotions exprimées par mon frère d’ordinaire si pudique et réservé. Impuissante, j’aurais voulu accourir pour l’aider à se calmer mais je restais bien sage, regardant Maman relever mon frère ruisselant de larmes et le visage tout rougi. Et puis tel un petit oiseau tombé du nid, elle le saisit dans ses bras pour l’asseoir sur ses genoux. D’un geste qui m’a paru d’une infinie tendresse, elle lui a posé délicatement une main derrière la nuque pour appuyer sa tête qui reposait contre son épaule, tout en lui tapotant doucement le dos.

« Allez, allez ! C’est fini, c’est fini !… C’est rien mon chéri, pleure un bon coup… C’est rien ! Maman t’aime tu sais, mais tu dois comprendre que dans cette maison c’est moi qui commande. Je veux que tu cesses de te comporter comme un petit garçon mal élevé, sinon tu auras droit encore à une bonne fessée. Allez, allez ! C’est fini, c’est fini !…»

Maxime restait le visage plongé dans le creux de la nuque de Maman, pleurnichant toujours et hoquetant de larmes. Ses petits bras entouraient le cou de Maman comme celle d’un petit enfant perdu qui vient de retrouver sa mère. Après l’effroi de la tannée, c’était devenu un spectacle attendrissant. Je n’étais sûrement pas consciente de tous ces détails à l’époque mais mon Journal intime atteste, certes avec maladresse, du choc des émotions liées à ce souvenir mémorable.

Jamais je n’avais vu mon frère aussi anéanti par une fessée de Maman. Mais aussi jamais autant relâché : ses nerfs purgés, comme vidés de toutes ces tensions accumulées ces dernières semaines à défier inutilement l’autorité maternelle. Lui qui était tout le temps grincheux et agressif devenait doux et humble, comme totalement pacifié. C’est comme s’il était redevenu un petit enfant sans aucune retenue ni pudeur. Maman est restée de longues minutes à le consoler ainsi. Je me suis rendu compte à quel point mon frère, malgré son âge, était encore un petit enfant fusionnellement attaché à sa mère au point d’être jalouse de l’affection qu’elle lui prodiguait. Au bout de quelques minutes, Maman a séché ses larmes et l’a aidé à se relever. Lui, d’ordinaire si pudique, restait là les fesses à l’air et les bras ballants, incapable de bouger, laissant Maman lui remonter son slip et son short. Maman l’a pris par la main et s’est dirigée vers l’escalier menant à l’étage et aux chambres.

« Allez, viens Maxime ! Tu vas prendre une bonne douche, ça va te calmer. Ensuite tu feras un gros dodo, hein ?… Et Maman va te préparer un bon goûter pour tout à l’heure en attendant que ta sœur rentre. »

Je me suis vite faufilée au bout du couloir le temps d’entendre Maxime bredouiller des « Oui Maman » à tout ce qu’elle disait. Je ne voulais pas risquer de me faire remarquer, alors je suis partie au garage chercher les raquettes et le volant car ma copine devait sûrement m’attendre depuis le temps. Je n’ai parlé à personne de ce que j’avais vu ou ressenti ce jour là. Toute la journée j’étais comme absente, encore tout émue. Je suis rentrée pour le goûter et j’ai vu mon frère descendre les yeux encore rougis. Je n’ai rien dit, même si je l’observais en silence. J’ai bien remarqué qu’il pouvait à peine s’asseoir sur le tabouret de la cuisine. Sur le coup je ne voulais pas l’embêter mais, plus tard, j’ai quand même demandé d’un air innocent à Maman :

« Dis Maman, il a l’air bizarre Maxime ce soir. On dirait qu’il a pleurniché. »

« Oui, Brigitte ! Pendant que tu étais chez Sandrine, ton frère a reçu une bonne fessée pour avoir cassé le vase à orchidées du salon. Mais n’en profite pas pour l’asticoter, sinon ça va être ton tour. Je suis épuisée ce soir alors vous irez vous coucher tôt. »

Cette fessée mémorable m’a toujours servi de piqûre de rappel bénéfique. Maman était ainsi capable d’une sévérité à la mesure de nos fautes mais aussi d’une tendresse maternelle considérable pour ses enfants. En revanche après ça, j’avoue que je voyais mon frère différemment. J’ai cessé de le considérer comme un grand frère, même comme un grand tout court. D’ailleurs je n’ai jamais trop eu besoin de lui pour me défendre. Ce n’était pas de sa faute, mais je gardais cette image du grand bébé recroquevillé sur les genoux de Maman, fesses à l’air, sanglotant comme une madeleine. Je crois que Maxime est resté un fils à Maman.

Oui, il est vrai qu’à sa décharge, ce n’était pas facile de s’émanciper d’une mère autoritaire et envahissante comme la nôtre, mais mon frère n’avait tout simplement pas le caractère qui fallait pour lui résister. Maman a tenu bon la bride et la grosse crise d’ado du frangin s’est essoufflée toute seule.

18 commentaires »

1 2
  1. Jacques dit :

    Je n’ai rien à ajouter : superbe!
    Une émotion, une écriture, on voudrait encore vous lire, Brigitte !

  2. Jean-Jacques dit :

    Magnifique histoire ! Belle fessée, décrite avec le talent consommé de quelqu’un qui en connaît très long sur le sujet. J’aime aussi beaucoup la finesse de l’analyse psychologique :
    « Mais aussi jamais autant relâché : ses nerfs purgés, comme vidés de toutes ces tensions accumulées ces dernières semaines à défier inutilement l’autorité maternelle. Lui qui était tout le temps grincheux et agressif devenait doux et humble, comme totalement pacifié. »
    C’est l’une des raisons pour lesquelles la fessée devient UNE BONNE FESSÉE et qu’elle nous laisse un souvenir si ému. En dehors de l’émotion ressentie (je parle en tant que fessé, et non en tant que fesseur) par la blessure à la pudeur infligée par le déculottage, ( une immense honte sur le moment, une intense excitation lorsque l’on y repense plus tard ), l’apaisement des tensions que procure la fessée n’est pas pour rien dans le goût que manifestent tant d’adultes pour cette correction bienfaisante.
    Je ne doute pas un seul instant que Maxime ne repense avec attendrissement à celle que vous avez si bien racontée, Brigitte. Un grand merci à vous.

  3. Mamie Charlotte dit :

    Un grand merci pour le bain de tendresse dans lequel vous m’avez plongée en lisant vos souvenirs.
    Vous avez osé nous faire entrer dans votre univers familial et su décrire avec beaucoup de sensibilité l’amour de votre maman (doux nom que vous utilisez pratiquement toujours pour désigner votre mère) et vos relations avec votre frère aîné. C’est, selon moi, un élément fort de votre récit, de même que votre analyse très fine des effets de la fessée sur Maxime et la description du moment d’immense tendresse qui l’a suivie.
    L’éducation que vous avez reçue me rappelle la mienne et celle que je crois avoir donnée à mes enfants : mélange dosé de tendresse et de fermeté… et aussi de fessées, à la différence près que Maman et moi étions des adeptes inconditionnelles du martinet !
    Avec une telle mère, votre frère et vous, devez être bien armés pour affronter la vie !
    Vous présentez ce texte comme une première, aussi j’espère lire bientôt le récit de fessées que vous avez reçues. D’ailleurs, êtes-vous bien sûre que Maxime n’ait pas assisté à l’une d’elles en regardant par le trou de la serrure de la porte de votre chambre pour voir votre petit popotin ?

  4. Nat dit :

    Magnifique, Brigitte!
    Ravissant récit et superbement bien conté.
    Merci!
    Nat

  5. francois-fabien dit :

    Voilà un récit auquel il est impossible de rester insensible…
    Mené de main de maître, il donne à la fois à voir et à ressentir…
    L’analyse des relations entre votre mère, votre frère et vous est d’une subtilité remarquable…
    Bref… Je ne peux, moi aussi, que souhaiter avoir très prochainement l’occasion de lire d’autres textes de vous…

  6. Laurent dit :

    Très belle histoire en effet, mélange de sévérité et de tendresse, et remarquablement racontée. Merci !

  7. Frédéric B. dit :

    Je me promène de temps en temps sur ce site et je dois dire qu’il est rare de lire d’aussi beaux récits. De toute évidence Maxime a eu une adolescence plus difficile que la vôtre. Comme vous le dites, en manque de repères masculins, sa timidité et sa pudeur excessive en faisaient un garçon en grand besoin de sécurité, comme en témoigne son abandon total au flot de ses émotions. À travers sa sévérité inflexible et sa tendresse maternelle naturelle, votre maman montre qu’elle assume parfaitement ce double rôle parfois compliqué à tenir pour une mère seule. Certes, cela peut-être aussi plus délicat de s’émanciper, comme vous le dites avec intuition, il est « resté un fils à Maman », mais en même temps votre maman a dû s’épargner une belle crise d’ado et tous les soucis qui s’ensuivent avec soulagement. Il est certain que Maxime doit lui en être aujourd’hui bien reconnaissant. Petite indiscrétion, jusqu’à quel âge votre frère a-t-il reçu la fessée ? Et aussi, est-il au courant de votre témoignage sur ce blog ? En vous remerciant encore Brigitte de nous avoir fait partager ce souvenir intime et si touchant et espérant comme tous ici, vous relire prochainement…

  8. Brigitte dit :

    Bonjour à tous et merci pour vos encouragements. Je me décide enfin à réagir à vos commentaires pleins d’éloges. J’ai toujours aimé l’écriture et je me suis essayée pour la première fois avec ce témoignage/souvenir sans savoir qu’il serait apprécié, surtout parmi les belles plumes qui ornent ces pages.

    Mamie Charlotte, à ma connaissance cela lui est effectivement arrivé, mais il s’agissait toujours de fessées non déculottées données hors du domicile. Dans ce cas notre maman tolérait la présence de l’autre. En revanche nos chambres étant voisines, il a dû sûrement entendre les effets de quelques bonnes fessées à diverses occasions.

    Frédéric, pour répondre à vos petites indiscrétions… de mémoire je crois que sa dernière fessée remonte à ses 15 ans. Mais rien de comparable à celle ci. Et non, Maxime n’est pas au courant de cette publication. Je ne lui a pas demandé la permission. J’ai effectivement eu quelque hésitation à publier, mais à part maman qui n’a pas Internet, et lui, aucune autre personne se saurait, je pense, le reconnaître. Et le connaissant, il n’ira certainement pas s’en vanter.

  9. Alain dit :

    La délicate évocation de cette intrusion dans l’intimité familiale est un vrai plaisir. On en évente les secrets avec les yeux gourmands et coquins de Brigitte. Gageons qu’elle nous donnera bientôt une suite avec le même bonheur d’écriture.

  10. ELMARRE dit :

    Maman est décédée alors que je n’avais que 14 ans,… Lire le récit « Nos belles-mères, de vraies fesseuses ».

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